Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

À l’issue d’une rencontre entre le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et son homologue grec, Kyriakos Mitsotakis, Londres a fait savoir qu’elle ne s’opposera pas à un retour éventuel des frises du Parthénon – actuellement exposées au British Museum – sur leur site original à Athènes. En 1802, époque où la Grèce était occupée par l’Empire ottoman, ces fresques vieilles de 2 000 ans, avaient été découpées à la scie à l’initiative de l’ambassadeur britannique de l’époque, Lord Elgin, qui avait fait ensuite une juteuse affaire en les revendant au musée londonien. Alors que les Grecs ont toujours considéré qu’il s’agissait d’un pillage de leur patrimoine culturel, les différents gouvernements britanniques ont parlé d’une simple transaction commerciale normale et d’une acquisition légale. Bien mieux, une loi britannique de 1963 empêchait le musée d’effectuer des restitutions. Mais les choses commencent à changer. Selon un sondage YouGov de 2023, une majorité de Britanniques se montre désormais favorable à leur restitution. Et le British Museum n’y est plus complètement opposé. Ces fresques ne sont d’ailleurs qu’un exemple parmi d’autres de toutes les œuvres d’art pillées en Afrique, en Asie, en Amérique latine… et en Europe par les ex-puissances coloniales.

L’Humanité a eu la bonne idée de consacrer un article aux « visas dorés » (golden visas) qui permettent aux très riches d’obtenir sans problème des titres d’entrée et de séjour sur le Vieux Continent alors même que les pays de l’Union européenne se barricadent contre les migrants et rendent de plus en plus difficile la régularisation d’hommes et de femmes qui travaillent dur dans des métiers souvent mal payés. C’est en 2014 qu’a été lancé ce dispositif, qui permet de se voir accorder un titre de séjour, voire la citoyenneté, en échange d’un investissement immobilier consistant, de l’achat d’obligations d’État ou de la création d’entreprises. Une brèche dans laquelle se sont engouffrés des hommes d’affaires russes, chinois, indiens, nigérians ou philippins qui souhaitaient bénéficier d’un second passeport et voyager plus aisément. Un de leurs pays de prédilection, la Grèce, a porté en mars dernier le seuil d’investissement nécessaire pour obtenir un tel visa de 260 000 à 800 000 euros. Pour les plus riches, les frontières ne sont pas un problème. Elles ne sont là que pour repousser les damnés de la terre.

La journaliste du média en ligne d’investigation Disclose, Ariane Lavrilleux, est convoquée au tribunal de Paris le 17 janvier 2025 en vue d’une possible mise en examen pour « appropriation et divulgation d’un secret de la défense nationale ». Elle risque jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Il y a quinze mois, elle avait subi une garde à vue de 39 heures et vu son domicile perquisitionné par des policiers de la Direction générale de la sécurité intérieur. Motif invoqué : avoir participé, avec trois autres journalistes, à une enquête sur une opération militaire secrète, baptisée « Sirli », menée par la France en Égypte, en coopération avec les autorités militaires locales, et qui s’était traduite par l’exécution arbitraire de centaines de civils égyptiens, le tout sur fond de vente d’armes. Ce n’est évidemment pas la première ni la dernière fois que le ministère de la Défense recourt au bras judiciaire pour tenter de museler des journalistes qui dénoncent ses opérations militaires sanglantes. Pour le Syndicat national des journalistes, la convocation de la journaliste n’a « qu’un but : l’intimider afin de connaître ses sources ». Ce qu’elle refuse de révéler.

Un drone israélien a tué Mahmoud Almadhoun, très connu à Gaza et dans les pays arabes pour avoir créé « la soupe populaire » qui, depuis février dernier, distribuait des milliers de repas chaque jour aux habitants du nord de l’enclave palestinienne. Il a été abattu alors qu’il sortait de l’hôpital de Kamal Aswan où il se rendait chaque jour dans le cadre de son action humanitaire. Interviewé dans les colonnes du quotidien américain le Washington Post, en avril dernier, ce chef de 33 ans expliquait son travail et affirmait souhaiter nourrir ses voisins le plus longtemps possible. Pour l’instant, Israël n’a pas réagi à son assassinat ciblé, mais il est probable que la propagande sioniste le présentera comme un « terroriste » qui cachait sans doute des bombes dans ses marmites.

L’annonce, début septembre, par la direction de Volkswagen de la possible fermeture de trois usines et jusqu’à 30 000 licenciements en Allemagne ne passe pas. Alors qu’on avait vendu aux salariés une « modération salariale » contre une promesse de maintien des emplois, on leur annonce finalement une baisse de 10 % des salaires et des suppressions de postes ! Pourtant les bénéfices de Volkswagen sont bien réels : 17,9 milliards en 2023, en augmentation de 13 %. Dans plusieurs villes comme Hanovre, Zwickau ou Wolfsburg, des milliers de salariés du groupe ont débrayé et manifesté leur opposition à cette offensive lundi 2 décembre, une mobilisation qui pourrait se poursuivre toute la semaine. À Hanovre, une banderole affichait « Vous voulez la guerre, nous sommes prêts » : les patrons de l’automobile mènent la guerre aux salariés pour préserver leurs profits, aux salariés de leur rendre coup pour coup.

… d’après le bulletin Stellantis Poissy

C’est tard dans la nuit du 3 décembre, à 23 heures locales, que le président Yoon Suk-yeol a pris toute la société coréenne de court. Le dirigeant conservateur a déclaré la loi martiale afin de « protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes et […] anti-étatiques ». La rhétorique anticommuniste n’est qu’un paravent faire taire toute opposition contre son gouvernement impopulaire. Au-delà de son opposition libérale (mais tout aussi conservatrice), ce sont les travailleurs qu’il voulait faire taire. Les syndicats du ferroviaire menaçaient d’appeler à la grève concernant leurs conditions de travail, les ouvriers de Samsung ont tenu durant l’été une grève dure et les médecins luttent depuis le début de l’année contre une réforme de leur secteur. Aussitôt après la déclaration de la loi martiale, la plus importante confédération intersyndicale du pays a appelé ses 1,2 million de membres à entamer une « grève générale illimitée » jusqu’à la démission du président et des milliers de personnes se rassemblaient devant le Parlement, empêchant l’armée d’y entrer. Devant la réaction populaire, le président a finalement été contraint de renoncer et est désormais menacé de destitution.

Bernard Arnault, patron de LVMH et homme le plus riche de France, a été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, comme bien des grands bourgeois avant lui. Ils reconnaissent en lui le représentant le plus éminent de leur science (la recherche du profit), leur morale (l’exploitation) et leur politique (se gaver d’argent public). Une récompense qu’il n’a donc pas volée, contrairement à ses milliards !

Épinglée il y a quelques mois pour ses pratiques homophobes, ses discours sexistes et ses atteintes multiples à la laïcité, l’école privée catholique Stanislas, situé dans le 6 arrondissement de Paris, s’était vu privée d’une subvention annuelle de 1,3 million d’euros par la mairie de Paris. Elle vient d’être rétablie après la promesse du directeur de l’établissement de prendre plusieurs mesures pour rectifier le tir, comme l’absence de mention de convictions religieuses dans le dossier d’inscription, la distinction claire entre les heures de catéchisme et les autres, le respect des programmes d’éducation à la sexualité, etc. « Nous ne disposons que du témoignage du directeur de Stanislas, il n’y a aucun élément tangible de mise en conformité », a cependant regretté l’écologiste Jean-Noël Aqua, vice-président de la commission municipale sur l’éducation. Son groupe va donc déposer un amendement à la prochaine réunion du Conseil de Paris pour faire annuler la décision « précipitée » de l’exécutif municipal et de la maire socialiste, Anne Hidalgo, toujours désireuse de ne pas braquer les curés.

Dans une tribune libre publiée dans Mediapart l’association Henri Pézerat, Santé travail-environnement, la CGT et l’Association des familles victimes de saturnisme attirent l’attention sur les risques sanitaires que la cathédrale fait courir aux travailleurs qui ont pris part à sa reconstruction et aux riverains, adultes et enfants, tous exposés à la contamination par le plomb. Les signataires écrivent : « Le 15 avril 2019, Notre-Dame était en flammes. Le nuage qui s’en échappait emportait, sur l’île de la Cité et bien au-delà, les 400 tonnes de plomb qui recouvraient la toiture et la flèche. Dès avril 2019, nous demandions d’urgence l’application des règles de prévention les plus élémentaires concernant le plomb, substance neurotoxique, néphrotoxique, reprotoxique et cancérogène. » Non seulement aucune mesure de précaution n’a été prise mais, comble de l’aberration, la « reconstruction à l’identique », voulue par Macron, a pris la forme absurde de nouvelles toitures et flèches recouvertes de plomb laminé, alors même qu’en 2021 le Haut Conseil de la santé publique se prononçait pour son interdiction comme matériau de couverture en raison de sa toxicité, alors que des alternatives (cuivre, zinc…) existent. Une plainte, toujours en cours d’instruction, a d’ailleurs été déposée en juin 2022. En inaugurant l’édifice, le 7 décembre prochain, Macron va, encore une fois s’auto-congratuler, sans un mot sur les conséquences sanitaires désastreuses de ses choix, ni une pensée pour les victimes actuelles et futures.