Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

En l’espace de quelques jours, deux cheminots sont morts au travail. Les accidents se sont produits lors du travail sur une rame au technicentre de Bischeim, et sur les voies à Dijon lors du passage d’un train. À ce jour, les circonstances exactes ne sont pas connues. Mais les cheminots ne connaissent que trop bien le genre de circonstances souvent révélées lors des enquêtes indépendantes après un accident du travail. La hausse de la pression sur les cadences, la désorganisation du travail à cause des politiques du « flux tendu » ou du « zéro stock » qui augmentent les risques, ou le sous-effectif qui conduit à faire plusieurs choses à la fois. Tout cela, c’est au détriment de la sécurité des travailleurs. Dans les hautes sphères de la direction, c’est sûr qu’on n’a jamais risqué de mourir étouffé avec un petit four.

Aux urgences de l’hôpital Bichat à Paris, rien ne va plus. La direction déclare des plans blancs pour que l’ARS débloque des lits. Les infirmières ne décident pas, elles ne font plus que réagir. Le matin, quand elles arrivent, c’est comme si c’était le plein milieu de l’après-midi. Il faut sortir les patients qui ne devraient pas sortir, ceux qui devaient rester la nuit… On en arrive à un jeu de ping-pong qui donne l’illusion de libérer des places, mais les services se renvoient les patients et les trajets sont multipliés. Un système complètement grippé… même sans grippe. Le remède contre la grippe, c’est de réinjecter de l’argent, du personnel et des lits.

Au CHU de Montpellier, les agents de sécurité doivent travailler depuis trois mois avec des plannings qui alternent journées et nuits. Ils ont décidé de faire grève le 12 mars, malgré les menaces. Ceux qui sont en CDD ont été menacés que leur contrat ne serait pas reconduit : un chef aurait dit : « Vous n’aurez plus qu’à aller bosser chez Gifi si vous faites grève. » Ces conditions de salaire et de travail à Montpellier sont les mêmes que celles que connaissent beaucoup d’agents de sécurité d’autres établissements de santé. Ceux de Montpellier ont compris que pour se faire respecter, leur véritable arme, c’est la grève.

Les Jeux olympiques approchent et rien n’est prêt dans les hôpitaux, ou presque. On s’attend à avoir jusqu’à 15 millions de touristes, 15 000 athlètes et 40 000 représentants des médias, soit 150 000 personnes par jour, et donc 150 passages aux urgences par jour d’après l’AP-HP (ensemble des hôpitaux publics parisiens). À part proposer des primes inégales et incertaines et obliger le personnel à sacrifier une partie de ses vacances, l’AP-HP ne propose ni d’ouvrir des lits supplémentaires ni d’embaucher pour ces JO. Aux JO il y a des épreuves de natation, mais, pour le personnel, la direction des hôpitaux ne prévoit que des épreuves de nage coulée. Nous retrouver au fond du bassin, non merci !

La Nobel de la paix Narges Mohammadi, incarcérée depuis 2021 dans une prison de Téhéran, a réclamé « une pression systématique et globale » contre l’Iran face au durcissement de la répression. « Je m’adresse à vous avec une grande inquiétude », affirme Narges Mohammadi dans sa déclaration lue par l’ONG Ensemble contre la peine de mort lors de débats au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur l’Iran. « Avec la récente vague de protestations et de mouvements en faveur de la vie et de la liberté des femmes, la répression s’est intensifiée », a-t-elle poursuivi. Incarcérée depuis novembre 2021, Narges Mohammadi a été maintes fois condamnée et emprisonnée depuis 25 ans pour son engagement contre le voile obligatoire pour les femmes et la peine de mort. Elle souffre de graves problèmes cardiaques et pulmonaires, ce qui met sa santé en grand danger.

Pas spécialement connu pour ses penchants féministes, le gouvernement taliban avait cependant maintenu jusqu’alors un ministère des Affaires féminines censé prouver au monde que les mollahs se préoccupaient malgré tout du deuxième sexe. Eh bien c’est terminé. Le ministère en question a été fermé et ses locaux réquisitionnés par la police des mœurs du régime, connue sous le nom de ministère pour la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice. Plusieurs messages sont apparus sur les réseaux sociaux montrant des salariées dudit ministère manifestant devant le bâtiment, et affirmant avoir perdu leur emploi. « Personne n’entend nos femmes », s’est insurgée une internaute sur Twitter, tandis qu’une autre s’interrogeait : « Que pouvons-nous attendre d’autre de ces animaux ? » Dans le même temps, le ministère de l’Éducation a annoncé la réouverture des collèges et lycées pour garçons, et le retour au travail des professeurs hommes… sans aucune mention des enseignantes ou des collégiennes et lycéennes. Qui devront rester chez elles une fois de plus… ou bien organiser des classes clandestines, une pratique qui semble se répandre.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) calcule chaque année l’indice de développement humain (IDH) dans chaque pays de la planète. Cet indice – qui tient compte notamment du produit intérieur brut par habitant, de l’espérance de vie à la naissance et du niveau d’éducation des enfants – a progressé l’an dernier moins vite dans tous les pays, mais l’écart entre les moins développés et les plus développés ne cesse de s’accroître. En 2023, les 38 membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, c’est-à-dire les pays les plus riches, ont tous enregistré un IDH plus élevé qu’en 2019 et qui atteint un niveau record. Par contre, la moitié des pays les plus pauvres ont régressé et n’atteignent toujours pas le niveau qui était le leur en 2019. Et les choses risquent encore de s’aggraver et les inégalités de s’exacerber. Malheur aux pauvres !

Un jeune homme de 18 ans qui conduisait un scooter, Wanys R., est mort à la suite d’une collision avec un véhicule de police. Le drame, qui s’est produit à Aubervilliers, serait lié, selon les autorités, à une course-poursuite engagée après un refus d’obtempérer et la collision purement accidentelle. Mais cette thèse est contestée par maître Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille de Wanys R. et du passager blessé. « La vidéo montre que c’est le véhicule de police qui fait une embardée et qui percute à contresens et volontairement le scooter », a-t-il estimé dans un communiqué. En signe de protestation des tirs de mortiers de feux d’artifice ont été tirés dimanche par une cinquantaine de manifestants contre le commissariat de La Courneuve, d’où est originaire le jeune homme décédé. Neuf personnes ont été interpellées et de nombreux renforts de police envoyés sur place. Le maire a appelé au calme, mais il est peu probable que cela suffise à calmer la colère suscitée encore une fois par la mort d’un jeune homme d’un quartier populaire aux mains de la police.

L’arrêté portant création de groupes de niveau au collège en français et en mathématiques vient d’être publié au Journal officiel. Si le terme a été abandonné au profit de celui de « groupes […] constitués en fonction des besoins des élèves identifiés par les professeurs » en français et en mathématiques, il s’agira bel et bien d’une mesure de stigmatisation des enfants à partir de la 6e et de la 5e qui reviendra, à terme, à séparer les « bons » élèves de ceux considérés comme des « cancres ». Pas étonnant que parents d’élèves et syndicats d’enseignants soient vent débout contre une réforme qualifiée d’« inique » et qui, selon le Snes-FSU, reviendra à procéder à « un tri social extrêmement stigmatisant ». Dans les colonnes de L’Humanité, le sociologue Pierre Merle, spécialiste des politiques éducatives et de la ségrégation scolaire, a ainsi résumé cette réforme : « Les groupes de niveau sont un équivalent moderne du bonnet d’âne. » Et ces mesures risquent d’accroître un peu plus le fossé entre les élèves des classes populaires et ceux des milieux favorisés. Une réforme technique ? Non, une réforme de classe !