Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Selon L’Humanité, qui se base sur les déclarations de patrimoine dévoilées par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et des documents d’archives exhumés par ses soins, le gouvernement d’Élisabeth Borne comptait 19 ministres millionnaires sur 43, soit 44 %. Son successeur, Gabriel Attal, fait mieux puisque leur pourcentage grimpe, désormais à 50 %. Le quotidien affirme que deux tiers des membres du gouvernement posséderaient un patrimoine supérieur à 716 000 euros et se classeraient parmi les 10 % les plus fortunés de France. La moitié se situerait au-delà de 1,03 million d’euros – parmi les 5 % les plus fortunés – et neuf d’entre eux se trouveraient même dans la tranche des 1 % les plus riches, à plus de 2,2 millions d’euros. C’est ce qu’on appelle un gouvernement des riches, par les riches et pour les riches.

3 000 à 4 000 personnes sont descendues dans la rue à Bordeaux pour protester contre le projet de forage de huit puits de pétrole dans la forêt de La Teste-de-Buch, sur le bassin d’Arcachon. Ils dénonçaient notamment le double discours du gouvernement, écologique côté cour et grand supporter des pétroliers côté jardin. Parmi les slogans scandés par les manifestants : « On veut garder nos huîtres, pas le pétrole ». C’est la société canadienne Vermillon, premier producteur de pétrole dans l’Hexagone où elle possède 27 concessions, qui devrait exploiter ces nouveaux puits. « On est là quand des multinationales françaises sont en train de faire des puits de pétrole en Ouganda », a lancé le militant écologiste Camille Étienne devant une foule rassemblée place de la Victoire, « alors quand c’est une entreprise canadienne qui vient détruire notre forêt, et pas n’importe où, l’endroit où précisément il y a eu des hectares qui ont disparu sous les flammes, on est là aussi ! »

En se basant sur un décompte établi par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation indépendante basée aux États-Unis qui défend la liberté de la presse à travers le monde et le droit des journalistes à couvrir l’actualité en toute sécurité, Mediapart affirme que depuis le 7 octobre et le début de la guerre, 81 journalistes ont été tués à Gaza et au Sud-Liban. Selon le CPJ « la concentration de journalistes tués dans la guerre entre Israël et Gaza est sans précédent… » et « plus de journalistes ont été tués au cours des dix premières semaines de la guerre entre Israël et Gaza qu’il n’y en a jamais eu dans un seul pays sur une année entière ». De son côté, la Fédération internationale des journalistes, dénombrait au moins 89 journalistes et professionnels des médias tués depuis le début de la guerre, des Palestiniens dans leur grande majorité mais aussi quelques Libanais et Israéliens. Plusieurs ONG ont accusé l’armée israélienne de viser sciemment les journalistes et deux plaintes ont été déposées par Reporters sans frontières auprès de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Le tribunal de commerce de Paris examine jusqu’au 26 février la « procédure de sauvegarde accélérée » du groupe Casino, en grande difficulté financière, présentée par les milliardaires Daniel Kretinsky et Marc Ladreit de Lacharrière, adossés au fonds d’investissement britannique Attestor, habitué des restructurations de dettes, c’est-à-dire du rachat des entreprises mal en point en les étranglant pour rentabiliser ses investissements. Les syndicats estiment que le plan de sauvegarde en question pourrait se traduire par un minimum de 6 000 suppressions d’emplois parmi les 50 000 salariés du groupe. Pourtant la première chose à sauvegarder ce sont les emplois, pas les profits des capitalistes.

La dette publique a dépassé les 3 000 milliards, assurant aux banques 51,7 milliards d’intérêts en 2023. Ces sommes servent essentiellement de cadeaux aux grandes entreprises. Les intérêts sont prélevés dans les caisses publiques, alors que les hôpitaux et l’éducation manquent du minimum. L’Oxfam révèle que les 42 milliardaires français ont empoché 230 milliards supplémentaires de dividendes depuis 2020, soit l’équivalent du total des dépenses de santé en 2022. Et après on nous dira qu’il n’y a pas d’argent pour les services publics !

L’Ocean Viking, navire de l’ONG SOS Méditerranée, vient d’écoper de nouvelles sanctions en Italie : une nouvelle détention de 20 jours, la troisième depuis novembre, et 3 333 euros d’amende. Il est accusé de ne pas avoir suivi les ordres des garde-côtes libyens, qui menacent régulièrement l’équipage lors des opérations de sauvetage. En coopérant avec un pays, la Libye, qui emprisonne et torture les exilés et en multipliant les mesures administratives pour immobiliser les navires humanitaires, l’Italie, et à travers elle l’Union européenne, bafoue le droit au secours en mer et sont responsables des milliers de morts qui ont lieu chaque année en Méditerranée.

Sept députés du parti présidentiel d’extrême droite ont présenté un projet de loi pour faire annuler la loi de 2020 qui autorisait l’avortement jusqu’à 14 semaines et le dépénalisait au-delà sous certaines conditions. Le projet revient même sur un décret de 1921, en voulant interdire l’interruption volontaire de grossesse y compris en cas de viol, et en augmentant les peines encourues par les femmes qui avorteraient clandestinement et les personnes qui pratiqueraient les actes.

En pleine tourmente après le retrait forcé de sa loi fourre-tout, qui prétendait tout à la fois lui donner des pouvoirs exceptionnels pour légiférer en matière économique, fiscale, énergétique ou administrative, privatiser une trentaine d’entreprises, attaquer le droit de manifestation, Milei a déclaré qu’il ne s’agissait pas là d’une « initiative gouvernementale ». À d’autres.

Quoi qu’il en soit, le souvenir de la conquête de cette légalisation de l’avortement après des mois et des années de mobilisations massives est trop vivace pour que cette proposition de loi passe comme une lettre à la poste. Le 8 mars promet une nouvelle marée verte, couleur des foulards des manifestantes, en Argentine !

Un médecin du travail a été sanctionné d’un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, par l’Ordre des médecins. En deux ans, il a délivré six certificats d’inaptitude au travail à des salariés d’une entreprise de fabrication de portes et serrures blindées. C’est après une plainte du patron, qui s’estimait « lésé », qu’il a été sanctionné sans que l’Ordre ne mène d’enquête sur les conditions de travail dans l’entreprise ni ne fasse d’expertise médicale des salariés. Et ce type de recours n’est pas isolé contre les médecins du travail qui font leur travail. Car le patronat ne tolère qu’une médecine à ses ordres.

Alors que le président du Sénégal, Macky Sall, vient d’annoncer le report de l’élection présidentielle prévue le 25 février, les manifestations ont repris pour dénoncer ce coup de force. Vendredi et samedi dernier, elles ont déjà fait au moins trois morts parmi les manifestants. Un appel à une mobilisation générale a été lancé pour mardi 13 février ainsi qu’à une poursuite des manifestations chaque vendredi. Au pouvoir depuis 2012, Macky Sall a fait écarter ses principaux opposants. La condamnation de son principal opposant, Ousmane Sonko, en juin 2023 avait déclenché d’importantes manifestations et la répression avait fait plus de 23 morts. Le pouvoir sénégalais mais aussi des intérêts français, comme Auchan ou Total, avaient été pris pour cible. La France fait mine de se préoccuper de la démocratie au Sénégal, mais veille surtout à préserver ses intérêts, à travers Macky Sall ou un successeur qu’elle adouberait.