Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le premier drame meurtrier de l’année dans la Manche, pour les migrants qui veulent rejoindre le Royaume-Uni, a eu lieu à proximité d’une plage de Wimereux, dans le Pas-de-Calais. Plusieurs dizaines de personnes ont tenté la traversée, cinq ont perdu la vie et trente-deux ont été secourues. Parmi les rescapés figurent des familles entières avec des enfants, dont certains en bas âge. Informé du drame, le ministre des Affaires étagères britannique, David Cameron, a affirmé au micro de la BBC que cette nouvelle « déchirante » lui « brisait le cœur », tout en ajoutant que ceux qui réussiraient à prendre pied en Grande-Bretagne seraient déportés… vers le Rwanda. Une compassion qui n’a pas duré plus de temps qu’une interview.

En 2023, 8 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté, soit 5,3 millions de personnes, selon l’Observatoire des inégalités. Un chiffre en constante hausse depuis le milieu des années 2000. Une personne est considérée comme pauvre si elle touche moins de 940 euros par mois, ce qui correspond à la moitié du revenu médian. L’aggravation de la pauvreté est à la fois due à la baisse des revenus et des aides en 2022, mais surtout à l’augmentation du coût de la vie. Les prix alimentaires ont encore augmenté de 7 % en 2023 et ceux de l’énergie de 23 %. Si la pauvreté touche tous les âges, les plus concernés sont les jeunes adultes entre 18 et 29 ans. Près de 50 % des étudiants vivent avec moins de 400 euros par mois. Les femmes sont également parmi les plus touchées. Elles représentent 57 % des personnes accueillies par le Secours catholique. Dans le même temps le cours des actions des sociétés citées au CAC 40 ont explosé.

Amélie Oudéa-Castéra, la ministre de l’Éducation nationale, avait déclaré que son mari et elle avaient décidé d’envoyer leur fils dans l’établissement catholique privé et ultra réac Stanislas, proche de leur domicile, parce qu’ils ne pouvaient plus supporter l’absentéisme des enseignants de l’école publique Littré où ils avaient d’abord scolarisé leur bambin. Or celle qui était à l’époque son institutrice a témoigné qu’elle n’avait jamais été absente cette année-là. En fait c’est parce que la direction de l’école avait refusé un passage anticipé de leur fils en moyenne section qu’ils avaient décidé de le changer d’établissement pour obtenir satisfaction… en payant. Encore une ministre prise les doigts dans la confiture.

La porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, a déclaré sur France Inter qu’elle n’a « pas l’impression » que le nouveau gouvernement du Premier ministre Gabriel Attal soit « de droite », mais plutôt composé de « gens qui ont envie de travailler ». L’un n’empêche pas l’autre, car tout dépend au profit de qui on travaille : pour les exploiteurs ou pour les exploités ? Mais Thévenot est vraiment la seule à faire semblant de ne pas voir le tournant droitier du nouveau gouvernement qui suscite un malaise jusque et y compris dans une partie de la majorité présidentielle que l’on peut difficilement soupçonner d’être « de gauche ».

Ce week-end, une manifestation a rassemblé près d’un millier de personnes à Blendecques, venant des communes d’Arques, de Wizernes et d’autres villes sinistrées par cette deuxième vague d’inondations. Permis de construire en zone inondable, canaux non entretenus et pompes d’évacuation des eaux insuffisantes : cette situation n’a rien d’une fatalité. La colère visait l’incurie des pouvoirs publics et les assureurs, qui n’assument pas leurs responsabilités et ne sont toujours pas venus sur place. Les habitants ne peuvent compter que sur l’entraide entre voisins. Avec une évidence, exprimée par une belle pancarte : « Si Blendecques était une banque, on l’aurait déjà sauvé »… Autrement dit, si les gens touchés avaient été des riches, les choses se feraient beaucoup plus vite. En attendant, la population s’organise, à l’image du Soulèvement des Eaux de France et des nombreux collectifs qui sont en train de se créer.

Avec des voitures électriques qui descendent difficilement sous les 25 000 euros, primes à l’achat comprises, il est clair que la plupart des travailleurs ne pourront s’acheter un véhicule électrique neuf. Les industriels se tournent alors vers la location, accompagné par le gouvernement avec une subvention appelée « leasing social » – façon d’assurer les profits des constructeurs avec nos impôts. En revanche, ce dispositif sera restreint aux trajets domicile-travail : les travailleurs doivent pouvoir venir bosser, mais qu’ils se débrouillent pour les week-ends et les congés !

La nouvelle ministre de l’Éducation, Oudéa-Castéra, a été épinglé pour avoir mis ses enfants au très catholique collège Stanislas, établissement privé d’élite, aux mœurs tout à fait réactionnaires. Elle s’est justifiée en disant avoir eu « marre » des « paquets d’heure non sérieusement remplacées » du public. Mais les 15 à 20 % de postes des concours de l’enseignement primaire et secondaire non-pourvus chaque année sont le produit de la politique de ses prédécesseurs : stagnation des salaires et dégradation des conditions de travail font fuir les candidats.

Le 11 janvier, les États-Unis et le Royaume-Uni ont bombardé le Yémen suite aux attaques houthistes sur des navires de commerce en mer Rouge, zone clé des échanges mondiaux. Les rebelles houthistes, prétendant soutenir ainsi les Palestiniens, ont répliqué par une manifestation monstre à Sanaa, la capitale du pays. Quand l’État d’Israël effectue un nettoyage ethnique en Palestine, avec des dizaines de milliers de victimes, les grandes puissances ne font rien. Quand c’est la machine à profits qui est menacée, ils bombardent d’abord, posent les questions ensuite.

Quelques heures après l’annonce du nouveau gouvernement, Attal et Vautrin, la nouvelle ministre du Travail et de la Santé, sont allés parader au CHU de Dijon. Ils se sont payés le luxe de mentir éhontément : « Nous allons continuer à investir massivement pour l’hôpital »… Mais personne n’est dupe, à chaque fois le budget annoncé est bien en dessous des besoins les plus élémentaires. Au final, que sont-ils venus défendre ? La régulation aux urgences pour faire le tri des patients à l’entrée, le retour des soignants retraités au boulot tellement les services sont exsangues… Bref, accentuer la pénurie de tout à l’hôpital. Les soignants ne s’y trompent pas qui les ont accueillis aux cris de « L’hôpital est en train de mourir ! ». Seules les grèves pourront le réanimer.