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Brèves

L’actualité en bref

Le 17 octobre 1961, dans les rues de Paris, les travailleurs algériens et leurs familles qui protestaient contre le couvre-feu qui leur était imposé ont été réprimés dans le sang par la police : entre 200 et 300 morts (on n’a jamais su les chiffres exacts), la police tirant sur les manifestants, des cadavres jetés dans la Seine, 12 000 arrestations et tabassages dans les commissariats. Du côté des journaux et de la télévision soutenant le gouvernement, c’était l’omerta. Aujourd’hui, pour ce 17 octobre 2023, Darmanin, digne héritier du préfet de police de Paris qui a ordonné le massacre de 1961, a décidé d’interdire le rassemblement en hommage des victimes. Ça n’empêchera pas l’indignation de s’exprimer.

La veille de la conférence sociale sur les bas salaires du gouvernement, Élisabeth Borne propose la mise en place d’un « Haut conseil aux rémunérations » : une nouvelle commission bla-bla. Et la seule préoccupation de la Première ministre serait les grilles qui démarrent en dessous du Smic et pour lesquels on pourrait demander aux patrons (pas contraindre !) à payer le salaire minimum. ? Pour les augmentations qu’il nous faut, il vaudra mieux compter sur nos grèves. C’est au moins :
• 400 euros de plus par mois qu’il nous faut à tous et toutes
• 2 000 euros de salaire minimum
• aucune pension, aucun minimum social inférieur à ce montant.

L’assassinat de Dominique Bernard, ce professeur poignardé par un jeune originaire de la république d’Ingouchie, de nationalité russe, dans son établissement scolaire à Arras, a relancé la campagne anti-migrants et l’accusation de « laxisme » à l’égard d’une partie de la classe politique. Dernier en date des personnalités mises sur la sellette : Manuel Valls, qui fut ministre de l’Intérieur (2012-2014), puis Premier ministre sous Hollande, avant de se rallier à Macron. Une partie de la droite et de l’extrême droite lui reprochent de n’avoir pas pas fait appliquer début 2014 une mesure d’expulsion collective de la famille du meurtrier. Et celui-ci de se justifier longuement dans Le Télégramme de Brest en expliquant que la loi ne permettait pas à l’époque de pratiquer une telle expulsion. D’où la demande du dirigeant LR Éric Ciotti de changer la législation et de proclamer l’état d’urgence et celle de Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, de voir le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, démissionner. C’est à qui sera le plus « sécuritaire ». Une pente dangereuse que Macron n’est pas le dernier à emprunter…

Un rapport, élaboré par le cabinet indépendant Progexa pour le comité social et économique central d’Amazon, dénonce une forte augmentation des accidents du travail, un absentéisme alarmant, un turn-over important. Il passe au crible les pratiques sociales dans les entrepôts de l’entreprise tandis que les salariés évoquent des pratiques illégales et une culture de la « pression ». Un chiffre ressort de ce document : le nombre d’accidents du travail avec arrêt a plus que doublé en 2022, soit 1 132 contre 482 l’année précédente. Chiffre sans doute minoré, Amazon faisant tout pour ne pas déclarer les accidents du travail et en faisant systématiquement porter la responsabilité aux salariés. Le taux d’absentéisme, à 15,9 %, s’explique notamment par la très forte hausse des arrêts maladie (+ 91 %) d’une année sur l’autre. L’étude porte sur les huit entrepôts et le siège. Interrogée, la direction explique, sans rire, qu’elle a investi plus de 25 millions d’euros en 2022 dans des projets visant à améliorer la sécurité et le bien-être de ses salariés sur les sites logistiques.

Le parti Europe Écologie-Les Verts a décidé à Pantin, en Seine-Saint-Denis, devant 1 300 personnes, son changement de nom. En février prochain, il deviendra « Les Écologistes », la nouvelle dénomination s’inscrivant, paraît-il, dans une stratégie d’élargissement du parti voulue par sa secrétaire nationale, Marine Tondelier. Cette dernière a déclaré : « On a besoin d’être au moins un million pour remporter la bataille culturelle » d’ici à 2027. Il y a du pain sur la planche. Mais ce changement de nom n’entraînera pas de changement de ligne politique et le mouvement continuera cahin-caha son bout de chemin avec la gauche réformiste. En oubliant toujours que sans renversement du capitalisme l’écologie n’est que du jardinage.

Militant de la cause palestinienne et plus vieux prisonnier politique de France et d’Europe, détenu depuis 1984, George Ibrahim Abdallah entame sa 39e année de prison. Militant anti-impérialiste libanais, engagé depuis son plus jeune âge dans la lutte de libération du peuple palestinien, il fut un temps membre du Front populaire de libération de la Palestine avant de cofonder les Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl). En 1987, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité dans l’assassinat de diplomates israéliens et américains à Paris. Des accusations qu’il a toujours niées. Son procès fut un simulacre marqué par la fabrication de fausses preuves, un avocat qui était en fait un agent des services secrets français, en passant par des campagnes médiatiques pour le salir. Depuis il a toujours clamé son innocence. Pour demander sa libération, et dans le cadre d’une campagne internationale, un meeting à l’appel d’organisations de gauche, de syndicats et d’associations de soutien au peuple palestinien aura lieu mercredi 18 octobre à 19 heures à la Bourse du travail de Paris (3, rue du Château-d’Eau).

De plus, le 21 octobre, un rassemblement de soutien aura lieu devant le centre pénitentiaire de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) où il est emprisonné.

Les Australiens ont massivement voté « non » lors d’un référendum visant à reconnaître les droits des Aborigènes qui vivaient dans le pays avant l’arrivée du colonisateur britannique. Ils furent exterminés, parqués dans des camps, leurs terres volées et une partie de leurs enfants enlevés pour être élevés dans des familles « blanches et chrétiennes ». Aujourd’hui, leurs descendants ne représentent plus que 984 000 personnes, soit 3,8 % de la population. Bien que jouissant des mêmes droits que les autres Australiens, ils continuent de souffrir de discrimination et de vivre dans des conditions économiques et sanitaires souvent indignes. Loin de mettre fin à ces discriminations, le référendum visait plus modestement à instituer un conseil consultatif auprès du Parlement et du gouvernement, appelé « La Voix », qui pourrait émettre des avis sur les lois et les politiques publiques qui affectent les populations autochtones. Cette consultation a donné lieu à une violente campagne raciste dont les tenants affirmaient – faussement – qu’une réponse positive au référendum permettrait aux Aborigènes de faire valoir leurs droits sur les terres qui leur avaient été volées. Deux siècles après le début de la colonisation britannique la légitimité des premiers habitants du pays n’est toujours pas reconnue.

L’assassinat de Dominique Bernard, un professeur de lettres du lycée d’Arras, par un de ses anciens élèves originaire de la république d’Ingouchie, de nationalité russe, soulève une légitime émotion. Aucune cause ne peut justifier ce crime horrible. Mais l’instrumentalisation de ce drame par le gouvernement et toute une partie de la classe politique et des médias est elle aussi criminelle. Elle vise à diriger la colère contre les musulmans et les migrants, comme si ceux-ci avaient la moindre responsabilité dans cet acte.

Les crimes commis par des individus isolés, et souvent un peu dérangés, dans des établissements scolaires, se sont multipliés au cours de ces dernières décennies dans les pays riches. C’est aux États-Unis qu’ils font le plus grand nombre de victimes en raison de la libre circulation des armes à feu. Les auteurs de ces tueries se revendiquent parfois de différentes idéologies, pas seulement de l’islamisme mais aussi de l’extrême droite ou de l’intégrisme chrétien, voire de toutes sortes d’idées morbides. Derrière les motivations avancées par les criminels et le milieu familial et social qui les a influencés, il y a souvent un profond mal-être, une souffrance qui a provoqué une haine nihiliste. C’est un phénomène très différent du terrorisme organisé, même si des évènements internationaux ou nationaux peuvent avoir un impact sur des individus fragiles. Quant au véritable terrorisme, qui opère avec des moyens autrement meurtriers que des couteaux, il est le plus souvent la conséquence des conflits. Bien souvent, c’est la retombée des interventions de l’armée, dont l’armée française, dans des pays pauvres. C’est l’arme des États et organisations qui ne disposent pas de missiles et d’avions pour bombarder leurs ennemis.

La solidarité avec la famille et les collègues de cet enseignant et la colère contre ce crime ne doivent pas nous égarer et nous laisser manipuler par ceux qui cherchent à semer la haine et à creuser un fossé entre les uns et les autres dans la population laborieuse.

Les événements catastrophiques (inondations, sécheresses, tempêtes, insectes ravageurs, crises sanitaires mais aussi les guerres qui ne sont nullement « naturelles »…) ont causé, en 30 ans, 3 800 milliards de dollars (3 616 milliards d’euros) de pertes en récoltes et productions animales, estime dans un rapport l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cela correspond à environ 123 milliards de dollars (117 milliards d’euros) par an, ou 5 % des richesses produites par les agriculteurs entre 1991 et 2021, détaille le document. Le changement climatique est le principal responsable du fait que l’on est passé d’environ 100 catastrophes naturelles par an dans les années 1970 à 400 dans les vingt dernières années. Chaque année ce sont en moyenne 69 millions de tonnes de céréales, soit la production annuelle de la France, 40 millions de tonnes de fruits et légumes et 16 millions de tonnes de viande, produits laitiers et œufs, qui sont perdues. Environ 23 % des pertes économiques des catastrophes sont subies par le secteur agricole, et les pays les plus pauvres d’Asie et d’Afrique sont les plus touchés. Ces dégâts représentent l’équivalent des besoins alimentaires d’environ 450 millions personnes chaque année, alors qu’une partie de la population du globe souffre de la faim. Et les choses ne risquent pas de s’améliorer.