Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Domenico Lucano, l’ancien maire de la petite ville calabraise de Riace, a été condamné par la cour d’appel de Reggio de Calabre à dix-huit mois de prison avec sursis. Ce jugement annulait celui prononcé en première instance, en 2001, de plus de treize ans de réclusion pour « association de malfaiteurs aux fins d’immigration irrégulière », « pratiques frauduleuses » et « détournements de biens publics ». Le seul crime de l’ancien maire, qui dirigea sa commune de 2004 à 2018, fut d’avoir accueilli à bras ouverts tous les migrants qui se présentaient, faisant de lui un symbole de la tolérance et de l’hospitalité, mais aussi une cible de la droite et de l’extrême droite, en particulier de Matteo Salvini, le leader du groupe fascisant la Ligue, à l’époque ministre de l’Intérieur. Et tout ce beau monde a voulu faire payer au prix fort Lucano pour son attitude fraternelle à l’égard des gens venus d’ailleurs. Alors aujourd’hui il est libre, ce qui est une bonne chose. Mais malgré tout, sa condamnation à dix-huit mois avec sursis reste scandaleuse.

Après son décès, on nous a rebattu les oreilles sur Jean-Pierre Elkabbach présenté par nombre de médias comme un intervieweur hors pair, un présentateur exemplaire, un journaliste de talent, etc. En oubliant d’indiquer au passage que, durant toute sa vie professionnelle, il fut un familier des allées du pouvoir et un serviteur des riches. À tel point que le 10 mai 1981, après l’élection à la présidence de François Mitterrand, la foule massée place de la République pour célébrer l’évènement reprit en chœur « Elkabbach, démission ! ». Cerise sur le gâteau de ces flagorneries, le fait de rebaptiser « Maison Jean-Pierre-Elkabbach » le bâtiment principal de France Télévisions à Paris en présence de Macron comme maître des cérémonies. Et ce malgré les protestations indignées des sociétés et des syndicats de journalistes CGT et SNJ qui ont rappelé à l’occasion qu’Elkabbach fut contraint de démissionner de son poste de président de France Télévisions six mois avant son terme après que la Cour des comptes ait pointé du doigt qu’il avait fait bénéficier certains animateurs-producteurs (Jean-Luc Delarue, Nagui, Michel Drucker, Mireille Dumas, Arthur et Jacques Martin) de contrats excessivement juteux, sévèrement réprouvés dans leurs conditions d’attribution comme dans leur finalité et ne visant qu’à « l’enrichissement intéressé ». Et il devait terminer sa carrière comme conseiller de Vincent Bolloré, le milliardaire et magnat ultra-réac de la presse. Macron honore les idoles qu’il mérite…

Les vingt-sept pays de l’Union européenne ont échoué à s’entendre sur la proposition de Bruxelles de reconduire pour dix ans l’autorisation du glyphosate, l’herbicide produit par Bayer, le géant allemand de l’agrochimie, et qualifié de cancérigène par plusieurs études scientifiques. Une nouvelle réunion est prévue début novembre. La France s’est abstenue parce qu’elle souhaite simplement mieux encadrer son utilisation. Et ce malgré les engagements de Macron qui s’était engagé, en 2017, à l’interdire en 2021. Des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient.

Mercredi 11 octobre, un jeune intérimaire de 25 ans est mort à Decathlon La Madeleine, à Paris, écrasé par le gerbeur qu’il devait manœuvrer dans une forte pente. C’était son premier jour de travail sur place. Depuis une quinzaine de jours, l’ascenseur permettant de descendre « la récep » au sous-sol était en panne, et la boîte avait fait appel à des intérimaires pour aider au déchargement des camions. Deux premiers accidents en quelques jours, et les alertes répétées lancées par les vendeurs et syndicalistes du magasin n’ont pourtant pas suffi à ce que la direction réagisse et prenne la mesure du danger. Business is business, il fallait remplir coûte que coûte les rayons !

Un rassemblement a eu lieu vendredi devant le magasin pour rendre hommage à B., et exiger l’abandon du processus actuel de réception.

Un rapport d’Amnesty International affirme que des employés sous contrat dans les entrepôts d’Amazon en Arabie saoudite ont été trompés par des agents de recrutement et des sociétés de fourniture de main-d’œuvre, spoliés de leurs revenus, logés dans des conditions épouvantables et se sont vus empêcher de changer d’emploi ou de quitter le pays. Selon Steve Cockburn, responsable du département « Justice économique et sociale » de l’ONG, bon nombre des personnes interrogées ont subi des abus si graves qu’ils peuvent être assimilés à de la traite d’êtres humains. Les autorités saoudiennes ont promis « d’enquêter ». Dans un pays où les syndicats sont interdits et toute grève sauvagement réprimée on peut légèrement douter qu’elles puniront sévèrement les patrons voyous d’Amazon et ses sous-traitants locaux.

C’est aujourd’hui que le Conseil de l’Union européenne doit se prononcer sur l’homologation pour dix ans supplémentaires du glyphosate, produit notamment par le géant allemand de la chimie, Bayer, qui a racheté Monsanto, la firme qui avait mis au point ce produit commercialisé sous le nom de round-up. Pour justifier sa position, le Conseil s’appuie sur l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments qui a estimé que ce produit n’était pas dangereux pour la santé en s’appuyant exclusivement sur des études fournies… par Monsanto. Et en s’asseyant sur les avis des scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et sur ceux du Centre international de recherche sur le cancer qui ont souligné la dangerosité du produit pour la santé et la biodiversité. La France fait partie des pays poussant à l’autorisation. Avant son élection de 2017, Macron avait promis d’interdire le glyphosate… en 2021. Il se hâte lentement.

Selon un sondage effectué par l’institut OpinionWay auprès de 2 148 jeunes de 16 à 20 ans, 37 % des personnes interrogées ont déjà vécu une forme de violence sexiste ou sexuelle de la part d’une personne de leur tranche d’âge parmi les situations suivantes : sexisme, agression sexuelle, harcèlement sexuel, discrimination liée à son orientation sexuelle, viol ou diffusion de photo à caractère sexuel sans l’accord de la personne concernée. Chez les adolescentes et jeunes femmes, ce chiffre s’élève à 55 %, contre 20 % chez les garçons. Le genre n’est pas le seul facteur d’exposition à la violence : chez les jeunes lesbiennes, gays ou bisexuels la proportion de victimes est plus élevée (65 %) que chez les jeunes hétérosexuels (31 %). Enfin, quand ils rencontrent ces situations les jeunes interrogés semblent ne pas pouvoir en parler dans de bonnes conditions. 31 % n’en ont pas parlé du tout, et 26 % en ont parlé et ne se sont pas sentis soutenus. Malgré quelques progrès, dus notamment à l’action de mouvements comme #MeToo pour libérer la parole des victimes des violences sexistes et sexuelles, celles-ci restent à la fois fréquentes et difficilement exprimables pour de nombreux jeunes.

Les niches fiscales – ces réductions d’impôts qui permettent généralement aux riches, mais surtout aux très riches, d’être beaucoup moins imposés sur leur fortune que le commun des mortels sur ses revenus – ne sont pas près de disparaître. Selon le site Fipeco, spécialisé dans l’examen des finances publiques, leur nombre est passé en six ans de 451 à 467 pour un montant qui a grimpé de 75 milliards à plus de 91 milliards d’euros dans le budget 2024. Les riches peuvent dire merci à leur président.

Michel-Édouard Leclerc, le dirigeant du groupe de distribution du même nom, n’est pas content. Il l’a fait savoir sur BFMTV. L’objet de son courroux : TotalEnergies et les carburants. Selon lui : « Total ne fait pas d’effort, c’est juste de la com. » Il a raison ! Mais en matière de com trompeuse et démagogique Leclerc en connait un rayon…