Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Onze heures par jour, sept jours sur sept, c’est à ce rythme qu’ont travaillé pendant un an les équipes d’effets spéciaux de Spiderman across the spiderverse. Rien d’exceptionnel dans le secteur : certains travailleurs évoquent des journées de quinze heures pour des animations payées à la tâche et pas à l’heure. Une situation révoltante qui a poussé les travailleurs des studios Marvel à se syndiquer à l’unanimité. Un premier pas dans un secteur encore marqué par la lutte des scénaristes et acteurs.

La Cour suprême a estimé que « le délit d’avortement dans le Code pénal fédéral est inconstitutionnel » parce qu’il est « contraire au droit à décider des femmes et des personnes en capacité de gestation ». Et de poursuivre : « La criminalisation de l’avortement constitue un acte de violence et de discrimination pour raison de genre. » Une décision saluée par le Groupe d’information sur la reproduction choisie (Gire), qui avait saisi la Cour suprême. L’avortement était déjà dépénalisé dans une douzaine des 32 États qui composent le pays, mais il est désormais reconnu sur tout le territoire national.

Humidité, moisissure, rats… Le Royaume-Uni accueille les familles de demandeurs d’asile avec enfants dans des hébergements provisoires dans des conditions « inhumaines » et inadaptées, dénonce l’ONG Human Rights Watch dans un rapport qui vient de sortir. Dans ce texte, l’ONG et une autre organisation de défense des droits humains, Just Fair, concluent que ces conditions terribles résultent d’un « échec de longue date » des politiques publiques. Pour sa rédaction, elles indiquent avoir interrogé plus de 50 demandeurs d’asile, dont 27 enfants, vivant ou ayant récemment vécu dans des hébergements temporaires. Nombre de familles ont indiqué qu’elles ont dû y passer des mois, parfois même plus d’un an, malgré l’objectif proclamé du gouvernement que les familles avec enfants rejoignent un hébergement plus pérenne dans les 19 jours. Le rapport souligne les difficultés soulevées par les demandeurs d’asile – manque d’espace, humidité, moisissure, présence de nuisibles – mais aussi difficultés à se nourrir sans pouvoir faire la cuisine et à scolariser les enfants, qui ne peuvent s’inscrire immédiatement dans les écoles. « L’hébergement inhumain et inadapté de personnes qui cherchent à être en sécurité n’est jamais acceptable, et certainement pas dans la sixième économie mondiale », a déclaré Yasmine Ahmed, directrice Royaume-Uni chez Human Rights Watch. Et la situation des demandeurs d’asile n’est guère meilleure de ce côté-ci de la Manche.

À la maison d’arrêt de Besançon, 23 % des 377 détenus travaillent, une proportion plus faible qu’ailleurs. La Chancellerie a donc invité une délégation de chefs d’entreprise de la région pour les inciter à sous-traiter une partie de leur production en milieu carcéral, voire à y implanter leur propre atelier au sein de la prison. Deux entreprises l’ont déjà fait. « Nous disposons de 700 m2 au sein de la maison d’arrêt et il y a encore de la place », souligne de son côté Kamel Laghoueg, le chef d’établissement. On met en avant le fait les détenus qui acceptent de travailler améliorent leurs chances de réinsertion sociale à la sortie de prison. C’est peut-être vrai. Mais on insiste nettement moins sur le fait qu’ils ne sont rémunérés que 45 % du Smic pour, en moyenne, 25 heures par semaine, c’est-à-dire un peu plus de 5 euros de l’heure alors que le taux horaire du Smic s’établit à 11 euros. À l’enfermement s’ajoute l’exploitation capitaliste.

Les parquets de Reims et de Châlons-en-Champagne ont ouvert des enquêtes après le décès de plusieurs vendangeurs ces dernières semaines. Sont pointées du doigt les fortes chaleurs, le mercure ayant largement dépassé les 30 degrés, voire les 35 par endroits. Mais la température n’est pas seule en cause. Il n’y a bien souvent pas d’aménagement d’horaires pour les saisonniers obligés de travailler en pleine canicule. De plus nombre d’entre eux sont hébergés dans des camps de fortune. Ils dorment sous des tentes ou des bâches et n’ont pas accès à l’eau courante. On compte 120 000 saisonniers agricoles dans la région, souvent venus de l’étranger pour la récolte. Certains travaillent au noir et d’autres ne reçoivent pas toujours leurs feuilles de paie. Quant au Syndicat général des vignerons de Champagne, l’organisation patronale, il a refusé de répondre aux journalistes. De son côté la CGT du ministère du Travail demande l’établissement d’un seuil de température au-delà duquel toute activité dans les vignes devrait cesser.

Les représentants des branches ultramarines du syndicat d’enseignants SNUIPP-FSU alertent sur les conditions d’enseignement dans les territoires d’outre-mer. Elles « ne sont pas acceptables et pèsent lourdement sur les conditions d’apprentissage », a expliqué Guislaine David, secrétaire générale du syndicat, lors du lancement d’une campagne baptisée « École en sous-France ». Le syndicat lance un cri d’alarme quant à la « situation dramatique des écoles » dans les départements ultramarins, évoquant un « délabrement du bâti » et des « atteintes à la santé » des élèves. En Guyane, les écoles sont infestées de « moustiques, rats, chauves-souris », en Martinique la chaleur dans les salles de classe, avec « des brasseurs d’air qui ne fonctionnent pas », rend les cours insupportables pour les élèves et les enseignants alors qu’à Mayotte les établissements ferment leurs portes faute d’eau dans les robinets. À cela s’ajoutent le sureffectif chronique et la pénurie d’enseignants et de personnel spécialisé. Enfin, le syndicat signale que nombre d’enfants n’ont pas été scolarisés à la rentrée en raison « d’une forte pression démographique » et « d’un manque de places » dans les classes, notamment à Mayotte et en Guyane. Mais à part ça, la rentrée a été un « succès » comme ne cessent de la répéter Macron et son ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal.

Le procès de l’une des principales associations de défense des droits des femmes de Turquie, accusée d’activités « contraires à la morale », a repris à Istanbul. Parmi les dizaines de femmes rassemblées devant le tribunal, deux ont été interpellées avant l’ouverture du procès. Un procureur d’Istanbul avait demandé l’an dernier la dissolution de la plateforme « We Will Stop Feminicide » (nous arrêterons les féminicides) pour « activités contraires à la loi et la morale ». Les dirigeantes de l’ONG, fondée en 2010, dénoncent un procès politique depuis son ouverture en juin 2022. À l’origine du procès, des plaintes déposées par des particuliers qui reprochent aux membres de l’association de « détruire la famille au prétexte de défense des droits des femmes ». La plateforme avait organisé plusieurs manifestations pour le maintien de la Turquie dans la Convention d’Istanbul, un traité international établissant un cadre légal et institutionnel pour lutter contre les violences sexistes et dont la Turquie s’est retirée en 2021 en affirmant que ce traité « encourageait l’homosexualité et menaçait la structure familiale traditionnelle ». Selon la plateforme, 189 femmes ont été tuées depuis le début de l’année dans le pays contre 403 en 2022.

Plus légaliste que jamais, Jean-Luc Mélenchon dénonce l’appel de Fabien Roussel à « envahir les préfectures » contre l’inflation et martèle : « Je crois donc qu’il ne serait pas raisonnable de s’y associer compte tenu de la violence qu’elle supposerait dans cette impréparation totale. » Détail révélateur : lors des émeutes qui avaient éclaté dans le sillage de la mort de Nahel, c’est le secrétaire général du PCF qui avait affirmé : « Je me désolidarise totalement des propos de Jean-Luc Mélenchon et de certains de ses députés qui ont refusé d’appeler au calme », affirmant vouloir incarner une gauche « qui ne cède rien aux valeurs de notre République, qui défend la justice et la sécurité, mais aussi l’ordre et la sécurité ». Preuve que dans le monde politique de ces gens-là on peut dire tout et son contraire. Va-t-on bientôt assister au sein de la Nupes à une course à l’échalote pour savoir qui est le meilleur défenseur de l’ordre bourgeois ?

Le magazine Complément d’enquête, sur France 2, a consacré un de ses numéros à la façon dont s’y prennent certains franchisés des supermarchés Leclerc pour rogner sur les contrats de travail de leurs employés de façon illégale. En caméra cachée, une journaliste explique être à la recherche d’un CDD de trois mois. Apparemment cela n’existe pas dans ce magasin. On lui propose à la place un CDI assorti « d’une lettre de démission stipulant que suite à la reprise de vos études, vous démissionnez ». La lettre est évidemment post-datée de trois mois. Le directeur, qui ne sait pas qu’il est filmé, n’a l’air ni surpris, ni embarrassé par la situation. Il explique qu’« un CDD est taxé de façon très importante » pour l’employeur, notamment s’il multiplie ce genre de contrats courts. Alors que si le salarié met fin de lui-même à un CDI cet inconvénient n’existe pas. Une pratique illégale mais qui semble largement répandue. Pour certains patrons il n’y a pas de petits profits.