Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

En déplacement à Rungis sur les pas de Sarkozy qui y avait sorti, il y a quelques années, son « travailler plus pour gagner plus », Macron en appelle au « bon sens » pour nous convaincre d’accepter sa réforme des retraites : si on ne travaille pas plus longtemps, dit-il, comment créer les richesses pour financer l’hôpital, l’éducation, la protection sociale ?
Entre deux rognons, il reconnaît au moins que c’est nous qui, par notre travail, produisons les richesses. Alors, pour répondre à sa question : prenons sur les fortunes de ceux qui s’approprient notre travail, milliardaires et autres grands patrons du CAC 40, et avec qui Macron aime tailler la bavette !

Le groupe SNCF vient d’annoncer un bénéfice record de 2,4 milliards d’euros en 2022, doublant ainsi ses prévisions. Ce résultat s’explique en partie par la hausse de fréquentation dans les trains que la SNCF n’a pas anticipée, dégradant fortement les conditions de travail des cheminots. Mais ceux-ci ne sont pas près d’en bénéficier, tout comme les usagers. La SNCF prévoit d’en consacrer une partie dans le réseau qui peine à être rénové, et une autre pour compenser partiellement l’inflation qui n’empêchera pas une nouvelle hausse du prix des billets.

Dans le cadre d’un projet d’exploitation pétrolière en Tanzanie et en Ouganda, Total prévoit la construction d’un immense pipeline, le forage de plus de 400 puits au cœur d’un parc naturel… et des milliards de profits. Tout ça au risque de tuer un écosystème fragile et d’affamer des populations qui vivent de la pêche dans la région où le pétrole sera stocké, et perdront leur seule source de revenu lorsque Total privatisera la zone.
Mais pas de panique, Patrick Pouyanné va faire la charité. L’entreprise promet qu’elle mettra la main à la poche pour développer « les services publics et l’éducation »… Après avoir détruit tout le reste.

Les autorités italiennes ont immobilisé un navire humanitaire de Médecins sans frontières (MSF), accusé d’avoir enfreint les nouvelles règles sur les missions de sauvetage de migrants en Méditerranée. Le Geo Barents restera à quai dans un port sicilien pendant vingt jours et l’ONG devra payer une amende comprise entre 2 000 et 10 000 euros. La mise sous séquestre a eu lieu alors que le Geo Barents se trouvait en Sicile, quelques heures seulement après que le Parlement, dominé par l’extrême droite, a adopté les nouvelles règles controversées sur le sauvetage des migrants. Le bateau de MSF avait débarqué à Ancône, le 17 février dernier, 48 naufragés sans avoir fourni aux autorités toutes les informations requises. La cheffe du gouvernement, Giorgia Meloni, leader du parti néo-fasciste Fratelli d’Italia, a fait de la lutte contre les migrants et ceux qui les soutiennent un des axes de sa politique. Finalement en ligne avec la plupart des autres pays de l’Union européenne.

La SNCF a dégagé l’an dernier un chiffre d’affaires record de 41,45 milliards d’euros, en progression de 19 % par rapport à 2021, à la faveur notamment de la forte reprise de la fréquentation de ses trains après les restrictions sanitaires liées au Covid-19. Le chiffre d’affaires de SNCF Voyageurs, la compagnie qui fait rouler les trains – TGV, TER et banlieue parisienne –, a progressé de 26,7 % pour atteindre 17,38 milliards d’euros. Mais l’activité considérée, selon le PDG, comme « second poumon économique du groupe » est le transport de marchandises sur la route chapeautée par sa filiale, Geodis. Son chiffre d’affaires a fait un bond de 19,2 % pour atteindre 13,72 milliards d’euros. C’est désormais un des leaders du transport routier en Europe qui emploie 44 000 personnes et est présent dans 168 pays. Chacun sait que le rail est plus vertueux que la route d’un point de vue écologique. Mais personne n’a pensé à le dire à la direction de la SNCF.

Après Camaïeu, GoSport, Pimkie ou encore Kookaï, c’est au tour de la chaîne de magasins de vêtements Burton of London d’annoncer la fermeture ou la cession de 62 de ses 119 points de vente avec, à la clé, 221 licenciements sur un total de 441 salariés. L’actionnaire majoritaire de l’enseigne, Thierry Le Guénic, qui avait racheté le groupe fin 2020 pour un euro symbolique, a déclaré qu’il envisageait « de créer un nouveau projet pour Burton, qui passe par le fait qu’on doit rentabiliser l’entreprise ». Le même Le Guénic, qui possède également l’enseigne d’ameublement Habitat, avait annoncé il y quelques jours la mise en liquidation judiciaire d’une autre de ses sociétés, le chausseur San Marina. Et, comme toujours, tout cela se fait sur le dos des salariés. Il serait grand temps que ces derniers se fassent entendre en exigeant qu’il n’y ait aucun licenciement et que tous les salariés soient repris dans d’autres magasins du groupe.

Emmanuel Macron a inauguré le 59e Salon de l’agriculture qui se tient à la porte de Versailles à Paris. Une occasion de se faire un peu de pub et de s’afficher aux côtés de Christiane Lambert, la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), largement dominée par les gros agriculteurs. Cette symbiose entre l’État et les tenants de l’agriculture intensive n’est pas nouvelle et se poursuit, quelle que soit la couleur des gouvernements en place. Les ministres de l’Agriculture n’hésitent jamais à sortir leur carnet de chèques pour soutenir les céréaliers ou les betteraviers, les viticulteurs du Bordelais ou de Bourgogne, les filières porcines et bovines, les éleveurs de canards, etc. C’est un domaine où le « quoi qu’il en coûte » est toujours de mise, la plupart du temps au profit des plus gros. Par contre, l’agriculture biologique est systématiquement ignorée ou laissée de côté, les aides qui lui sont destinées étant le plus souvent négligeables. De plus, les pouvoirs publics ont laissé les grandes marques de distributeurs utiliser une multitude d’étiquettes du genre « haute valeur environnementale », « sans pesticides », « sans nitrites » ou vantant une dimension éthique qui n’ont rien avoir avec le bio mais trompent le consommateur. Car l’agriculture est aussi un domaine où l’écoblanchiment se porte bien.

Plus de 300 jeunes manifestaient dans les rues de Paris jeudi 23 février, bien décidés à ne pas laisser de trêve au gouvernement malgré les vacances scolaires. Avec plusieurs banderoles, des pancartes et des slogans scandés à la voix ou au mégaphone, cette manifestation a animé le quartier latin pendant plus de deux heures, passant devant plusieurs sites universitaires et grossissant à chaque étape. Devant les étudiants et les passants, les manifestants appelaient à se mobiliser dans la rue dès le 7 mars et les jours suivants, et à s’organiser partout en assemblées générales.
À l’origine de cette manifestation, l’assemblée générale interfac, une coordination étudiante qui réunit des étudiants mobilisés de la plupart des facultés et écoles parisiennes au moins une fois par semaine depuis le début du mouvement. Dans ce cadre, les équipes militantes de chaque fac ont pu créer des liens, et s’organiser à une échelle qui rompt l’isolement, jusqu’à l’organisation d’une manifestation ce jeudi.
C’est bien en nous organisant ainsi, de façon démocratique et à tous les niveaux que nous pourrons construire une mobilisation capable de faire reculer le gouvernement.

Alors que la monnaie locale, la livre libanaise, ne cesse de plonger face au dollar, des enquêteurs venus de France, d’Allemagne et du Luxembourg ont auditionné à Beyrouth plusieurs responsables du secteur bancaire dont Riad Salamé, le gouverneur de la Banque du Liban, la banque centrale du pays. En poste depuis 1993, Salamé est soupçonné d’avoir utilisé sa position pour s’être livré, avec l’aide de ses proches, à des opérations de blanchiment et d’enrichissement illicites à hauteur d’au moins 300 millions de dollars (284 millions d’euros). En Suisse, un procureur général poursuit une enquête parallèle le concernant. Salamé a toujours refusé de se présenter devant la justice malgré les nombreuses plaintes, convocations, enquêtes et une interdiction de voyager émise à son encontre il y a un an. Et, malgré tout, il est toujours en poste. Symbole de la corruption généralisée qui touche la classe dirigeante libanaise et de l’impunité dont elle bénéficie.