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Brèves

L’actualité en bref

Le possible rachat de La Repubblica et de La Stampa par un milliardaire grec proche de Donald Trump et lié au Qatar et à l’Arabie saoudite, provoque quelques remous dans le pays. Jusqu’à présent les deux titres étaient dans le giron de la richissime famille Agnelli, co-propriétaire de Stellantis. Mais cette dernière a décidé de les céder à Theodore Kyriakou, un ultra-conservateur qui ne cache pas son admiration pour Trump mais aussi pour la cheffe d’extrême droite du gouvernement italien, Giorgia Meloni. Les journalistes de deux titres, et une partie de l’opinion publique craignent, à juste raison, que le nouveau propriétaire fasse taire les critiques à l’égard du gouvernement. Mais ainsi va la liberté de la presse sous le capitalisme : ce sont les propriétaires qui dictent leur ligne aux médias qu’ils contrôlent.

Trois Afghans, qui tentaient de rejoindre l’Iran clandestinement, sont morts de froid dans la province de Hérat dans l’ouest du pays. Leur groupe avait été stoppé par les garde-frontières afghans et avait dû rebrousser chemin. Il s’agit d’un drame du quotidien. Depuis la prise du pouvoir par les talibans, des millions d’Afghans ont fui le pays pour se réfugier dans les pays voisins, notamment l’Iran et le Pakistan. Et le mouvement se poursuit. Ces deux pays tentent par tous les moyens de les renvoyer chez eux. Par exemple, selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés, qui évoque une majorité de « retours forcés », plus de 1,8 million d’Afghans ont été poussés à rentrer en Afghanistan par les autorités iraniennes entre janvier et fin novembre 2025. Le Pakistan mène aussi une campagne d’expulsion de migrants afghans et plus de 850 000 d’entre eux sont rentrés, souvent complètement démunis, depuis le début de cette année. Beaucoup ont de nouveau tenté de quitter le pays par des chemins montagneux et par un froid glacial. Nombre d’entre eux ont perdu la vie. Dans l’indifférence générale.

Mediapart a dévoilé lundi l’histoire de Majdouline B., une soignante de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, révoquée en octobre pour avoir porté… un calot chirurgical. Absurde ? Oui.

Insupportable surtout, car ce sont des dizaines d’employées de la Pitié et d’autres hôpitaux qui se font pousser vers la sortie parce qu’elles portent un « couvre-chef » (bonnet, calot, bandeau, charlotte). Elles sont ciblées par les directions au prétexte de la laïcité, ce qui est complètement bidon : une charlotte n’a jamais influencé personne ! Sans compter que leur laïcité est à sens unique : l’État verse chaque année 14 milliards d’euros à l’enseignement catholique. Et le nouveau téléphérique du Val-de-Marne a été « béni » par un prêtre à son inauguration !

Alors cette chasse aux couvre-chefs, c’est une attaque contre nous tous et toutes. Les directions des hôpitaux n’ont pas à sanctionner de façon complètement arbitraire. Et certainement pas à faire fuir des soignantes à l’heure où la santé manque déjà cruellement de bras. Le problème est de soigner les patients et de le faire tous ensemble : un hôpital devrait être géré en fonction de cet objectif.

Pour soutenir Majdouline, qui conteste sa révocation devant la justice, rassemblement mardi 23 décembre à 9 heures devant le tribunal administratif de Paris.

Plus de 1 000 personnes sont décédées entre juillet 2024 et la fin du mois dernier dans la bande de Gaza alors qu’elles attendaient leur évacuation médicale, a annoncé l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 1 092 patients sont précisément mentionnés sur le réseau social X par le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui estime cependant que ce chiffre est sans doute sous-estimé. Aujourd’hui, plus de 15 600 personnes nécessitent encore une évacuation sanitaire d’urgence, souvent bloquée par l’occupant israélien. Cela s’ajoute aux 70 000 Gazaouis assassinés, aux 170 000 blessés, et aux 377 00 disparus, dont la moitié sont des enfants. Tout à la fois un crime de guerre, un crime contre l’humanité et un génocide.

La galerie L’Esprit d’Escalier, située dans le 12e arrondissement de la capitale, a eu ses vitrines taguées par des slogans du style « Israël vaincra », agrémentés d’une étoile de David. Cette signature indique bien évidemment que les auteurs de ce méfait sont des partisans du génocidaire Netanyahou. Il faut dire qu’elle organise actuellement une exposition intitulée « Gaza Sumud, trois artistes en résistance » qui rassemble les œuvres de Sohail Salem, Mohammed Zaanoun et Romain Zeder. Dans un communiqué les responsables de la galerie expliquent : « Les dégradations, découvertes ce matin à l’ouverture de la galerie, visent clairement à perturber et à faire taire la voix des artistes que nous exposons. Elles attaquent non seulement un lieu physique, mais aussi l’esprit même de ce projet : rendre visible, par l’art, une réalité trop souvent occultée. En s’en prenant à notre espace, les auteurs de cet acte cherchent à étouffer le témoignage et la créativité. » Malgré ces actes de vandalisme l’exposition se poursuit jusqu’au 24 décembre.

Gaza Sumud : trois artistes en résistance. Galerie L’Esprit d’Escalier. 10 avenue de Corbera 75012. Tous les jours de 13 à 20 heures.

Des agents de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ont mené des perquisitions aux domiciles de Rachida Dati, ministre de la Culture, ainsi qu’à son ministère et à la mairie du 7e arrondissement de Paris dont elle est maire. Elle est soupçonnée d’avoir perçu 299 000 euros d’honoraires de GDF Suez (devenu Engie) entre 2010 et 2011, alors qu’elle était députée européenne, sans en déclarer la provenance au Parlement européen. Dati est déjà impliquée dans une affaire similaire pour laquelle elle devra comparaître aux côtés de l’ancien tout-puissant patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn. Là on lui reproche de s’être fait grassement payer (900 000 euros) par le constructeur automobile pour une activité d’avocate qui n’a pas laissé de trace. Enfin la ministre de la Culture est aussi visée par une autre enquête du parquet de Paris pour avoir omis de déclarer 420 000 euros de bijoux dans ses déclarations de patrimoine. Là encore, elle a reçu le soutien de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice qui est toujours de tout cœur du côté des riches délinquants.

Libération a recensé des ouvrages négationnistes, antisémites, racistes et des pamphlets suprémacistes interdits en France… mais proposés à la vente sur Internet par les grandes enseignes culturelles et autres leaders du secteur comme la Fnac, Cultura et Amazon. Parmi ces ouvrages poubelles, on trouve pêle-mêle des textes du négationniste Robert Faurisson, du néonazi américain William Luther Price, le manifeste du tueur norvégien d’extrême droite Anders Behring Breivik, Les Protocoles des sages de Sion, un texte antisémite rédigé par le régime tsariste ou le pamphlet L’Ordre SS, éthique et idéologie, d’Edwige Thibault. Suite à ces révélations, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, va faire un signalement à la justice. Fort bien. Mais cela n’empêchera pas à l’avenir les sites en ligne de continuer à proposer tout ouvrage qui se vend et leur permet d’arrondir leur chiffre d’affaires. La liberté du commerce va rarement de pair avec des considérations éthiques.

Le Parlement a adopté à l’unanimité une loi mémorielle pour réhabiliter les femmes condamnées pour avortement avant la loi Veil de 1975. Cette loi reconnaît la responsabilité de l’État dans les souffrances infligées à des milliers de femmes avant la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Plus de 11 660 personnes ont été condamnées entre 1870 et 1975 pour avoir pratiqué ou eu recours à une IVG. À la fin du 19e siècle, une femme ayant avorté, et toute personne l’ayant aidé, était passible de la peine de mort. Une pratique remise au goût du jour et en pratique par le régime de Pétain (1940-1944) avec l’appui enthousiaste de l’extrême droite et de l’Église catholique. Avant 1975, des dizaines de milliers de femmes avortaient chaque année dans la clandestinité souvent au risque de leur vie. Reconnaitre aujourd’hui leurs souffrances est un minimum mais qui vient bien tard. Et il y a encore beaucoup à faire pour que la société accepte la liberté sexuelle et reproductive de la femme comme un droit inaliénable.

Une commission d’enquête parlementaire, initiée par la droite et notamment par Laurent Wauquiez, avait été mise en place pour examiner les liens supposés entre des mouvements politiques et des réseaux islamistes. Elle visait en particulier la France insoumise. Mais, comme on pouvait s’y attendre, malgré des dizaines d’auditions et un battage médiatique d’ampleur, son rapport final n’apporte aucun élément nouveau et se contente d’empiler les lieux communs sur les « complaisances » et la « proximité » supposées de l’extrême gauche avec les islamistes. Sans rien démontrer de concret. En fait la montagne d’accusations en tout genre, relayées complaisamment par la presse Bolloré, a finalement accouché d’une souris. Rien d’étonnant. Car pour Wauquiez et ses amis, l’important était surtout d’alimenter au quotidien la campagne contre les musulmans qui est devenue la raison d’être des réacs de tout poil.