Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le gouvernement espagnol a infligé une amende de plus de 64 millions d’euros à la plateforme Airbnb pour avoir publié des annonces de logements qui n’étaient pas éligibles à la location à court terme. Une infraction qualifiée de « grave » en pleine crise du logement dans le pays. En effet, des dizaines de milliers de familles vivent dans la précarité, tandis que quelques-uns s’enrichissent grâce à des modèles économiques qui expulsent les gens modestes de chez eux. Nombre de propriétaires se débarrassent sans état d’âme de leurs locataires pour se tourner vers la location touristique, nettement plus rentable. L’Espagne n’est pas le seul pays dans ce cas. Mais il y a peu de chance que cette amende record change beaucoup de choses. Car dès l’instant où le logement est considéré comme une marchandise comme une autre, dont le prix fluctue au gré du marché, les plateformes comme Airbnb continueront de prospérer au détriment des plus pauvres. Plus que jamais il faut se battre pour que le slogan « un toit est un droit » devienne une réalité.

Roger Lumbala a été condamné par la cour d’assises de Paris à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité des crimes contre l’humanité commis par ses soldats en 2002-2003 en République démocratique du Congo. Viols utilisés comme armes de guerre, esclavage sexuel, travail forcé, tortures, mutilations, exécutions sommaires, pillages systématique, rackets, captation des ressources (diamants, coltan…) : durant un mois, la cour avait écouté le récit d’exactions commises par l’ex-chef de guerre de 67 ans et ses hommes. Pour le condamner, les magistrats avaient invoqué la compétence universelle qu’ils peuvent s’octroyer pour juger les crimes contre l’humanité. Mais ce qui est dérangeant dans ce jugement est le deux poids, deux mesures. Car les crimes commis par Lumbala sont comparables à ceux perpétrés par Netanyahou. Et bien que ce dernier soit poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, des pays comme la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont fait savoir à plusieurs reprises qu’il jouirait d’une immunité et pourrait donc mettre le pied sur leur sol sans être inquiété. Certains crimes contre l’humanité seraient-ils moins graves que d’autres ?

Sept ans après les faits, un policier a été mis en examen pour « violences aggravées par trois circonstances (arme, réunion et par une personne dépositaire de l’autorité publique) » mais aussi pour « non-assistance à personne en danger » pour avoir grièvement blessé Angélina, une jeune femme de 19 ans, atteinte par un tir de LBD à la cuisse et qui avait eu le crâne fracturé alors qu’elle quittait son travail et rentrait chez elle. Ce jour-là, le 8 décembre 2018, trois manifestations différentes (Gilets jaunes, contre les logements insalubres, marche pour le climat) se déroulaient simultanément dans la cité phocéenne et la police avait imposé une véritable omerta dans ses rangs pour couvrir les responsables des violences. Vu la gravité des faits, le parquet avait requis un placement en détention provisoire – « compte tenu des risques de concertations avec ses collègues » – mais le juge des libertés a décidé de le placer sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer. Quant aux autres flics concernés, ils continuent de se taire. Car si, pour le commun des mortels, la « non-dénonciation de crime » est un délit, pour les policiers c’est une habitude tenace… surtout lorsque l’un des leurs est impliqué.

Les salariés du Louvre, à Paris, réunis en assemblée générale à l’appel d’une intersyndicale CGT-CFDT-Sud, ont voté la grève reconductible à l’unanimité pour dénoncer la détérioration des conditions de travail, les problèmes de sous-effectifs et la dégradation de l’accueil du public dans le musée le plus visité au monde. « Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant », écrivent les syndicats CGT, CFDT et Sud dans leur préavis de grève envoyé à la ministre de la Culture, Rachida Dati. Le musée a fait parler de lui récemment après le cambriolage spectaculaire des bijoux de la couronne et différents malfaçons dues à la vétusté apparue dans les structures. Deux audits sur ces questions avaient été communiqués à la direction du musée au cours des années mais n’avaient jamais été suivis d’effet. Un premier résultat après l’annonce de la grève : la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation publique au Louvre, prévue dans le projet de loi de finances 2026, a été annulée.

Le bilan des inondations et glissements de terrain qui ont dévasté l’ouest du pays a dépassé les 1 000 morts, a annoncé l’Agence nationale de gestion des catastrophes, alors que de nouvelles fortes pluies sont attendues sur la région. Si les spécialistes s’accordent à dire que les pluies torrentielles qui se sont abattues sur quatre pays de cette région (Indonésie, Malaisie Thaïlande et Sri Lanka) sont dues au réchauffement climatique, la situation a été aggravée dans l’île indonésienne de Sumatra par la destruction massive des forêts, conséquence de la politique délétère du président Prabowo Subianto. Et, encore une fois, la nature se venge… malheureusement sur les plus pauvres.

Dans un rapport qu’elle vient de publier, l’Unicef France dresse un constat alarmant sur la situation des enfants à Mayotte depuis le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Sur l’archipel, on estime qu’un habitant sur deux a moins de 18 ans, donc la question des droits de l’enfant est une priorité. Or, entre 5 000 et 9 000 d’entre eux ne sont pas scolarisés du fait notamment des pratiques discriminatoires adoptées par certaines communes à l’égard d’enfants de familles venant des autres îles des Comores. Les pouvoirs publics laissent faire en ignorant délibérément la loi. Bien mieux, l’an dernier, à cause du durcissement des conditions d’accès à la nationalité, 1800 mineurs ont été placés en rétention. Et, en juillet dernier, les députés adoptaient une loi sur « la refondation de Mayotte » qui passait complètement la question sous-silence. Le néo-colonialisme dans toute sa splendeur.

Le Rassemblement national, par la voix du député de la Somme Jean-Philippe Tanguy, prépare une proposition de loi visant à rouvrir les maisons closes fermées depuis la loi Marthe Richard de 1946, et demandant également que les clients des prostituées ne soient plus pénalisés. Mais comment peut-on imaginer faire reculer la violence sexuelle dans un monde où l’accès au corps des femmes est présenté et monnayé comme dans les rayons des grands magasins, imprimant l’idée que la femme est un objet que l’on peut manipuler à sa guise ? Décidément, l’extrême droite, après ses déclarations en faveur des profits du patronat, n’en finit pas d’éclairer son programme, déjà connu pour son racisme et désormais contre l’émancipation des femmes.

Une idée lumineuse de Guirec Le Bras, procureur de la République de Pontoise (Val-d’Oise), pour résoudre la question de l’engorgement des services de police et des tribunaux : classer sans suite toutes les plaintes concernant les petits délits. Dans une note datée de septembre 2025, que l’Humanité a pu consulter, le magistrat ordonne aux policiers d’« adapter » la politique pénale à la situation ; c’est-à-dire concrètement de ne pas tenir compte des plaintes quand le préjudice financier, ou autre, est considéré comme faible. Le risque évidemment est de voir tous les petits délinquants et les escrocs à la petite semaine choisir le Val-d’Oise pour privilégier leurs douteuses activités. Pas de quoi rassurer la population locale.

Les agriculteurs ont de nouveau bloqué des routes et des bâtiments officiels, notamment dan le Sud-Ouest, pour protester contre l’abattage systématique des troupeaux dans le cadre de la lutte contre la dermatose bovine. Cette catastrophe vient après la fièvre ovine, les importations massives de produits agricoles ne correspondant pas aux normes sanitaires et environnementales, et l’annonce de la baisse probable des aides prévues dans le cadre de la politique agricole commune. Résultat de ces calamités en série : de plus en plus d’agriculteurs ne parviennent pas à joindre les deux bouts et, d’année en année, leur nombre ne cesse de diminuer. Face à cela, certaines organisations syndicales détournent leur colère contre les militants écologistes ou les services de l’État chargés d’appliquer les normes sanitaires tout en épargnant soigneusement les vrais responsables : les trusts agro-alimentaires, les multinationales de la distribution et les banques qui les étranglent. Mais, même s’ils se trompent parfois de cible, nous sommes solidaires des paysans travailleurs qui n’exploitent personne. Comme le dit un couplet de l’Internationale : « Ouvriers, paysans nous sommes le grand parti des travailleurs. »