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Brèves

L’actualité en bref

Le Syndicat des avocats de France (SAF) a dénoncé une note envoyée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, aux magistrats des parquets. Darmanin avait dénoncé récemment le « laxisme » de certains magistrats qui accordaient trop facilement des permissions de sortie temporaires aux détenus. Ce qui allait à l’encontre de sa politique tout sécuritaire qui consiste à serrer la vis aux détenus, en violant éventuellement leurs droits. Dans cette note, selon le SAF, Darmanin demande aux juges d’émettre systématiquement des avis défavorables à des permissions de sortie en inventant éventuellement des critères de refus non prévus par la loi. Reste à savoir si les magistrats concernés obéiront à leur conscience ou aux ordres du ministère.

Un tribunal d’appel de Tizi Ouzou a condamné à nouveau à sept ans de prison le journaliste sportif français Christophe Gleizes, collaborateur des magazines So Foot et Society. Celui-ci est détenu depuis sa condamnation fin juin pour « être entré dans le pays avec un visa touristique », pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ». Il s’était rendu en Algérie pour rédiger un article sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK). La justice lui reproche d’avoir été en contact, lors de ce reportage, avec un dirigeant de la JSK, qui serait également l’un des responsables du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé terroriste par les autorités algériennes en 2021. L’ONG Reporters sans frontières a dénoncé une « décision aberrante ». En fait les accusations portées contre lui se sont révélées largement infondées. Mais qu’importe. Gleizes n’est qu’un pion, un otage, dans la gué-guerre que se livrent depuis des mois Paris et Alger. Raison de plus pour réclamer sa libération.

Le ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr. et ses services se sont refusés à tout commentaire sur deux grandes études menées par l’institut de recherche médical et scientifique Cochrane qui confirment que les vaccins contre le papillomavirus (HPV) réduisent significativement le risque de cancer du col de l’utérus, en particulier s’ils sont administrés à un jeune âge. De plus, les mêmes études réfutent tout lien entre les vaccins et des problèmes de santé graves. « Le vaccin fonctionne. Point final », a déclaré le Dr Linda Eckert, professeure d’obstétrique et de gynécologie à l’université de Washington et spécialiste des causes du cancer du col de l’utérus. Elle a qualifié ces études de « méthodiquement rigoureuses », « robustes » et de « référence absolue ». On comprend d’autant mieux le silence de Kennedy qui, au cours des mois, n’a cessé de prendre position contre les vaccins en général et plus particulièrement contre le Gardasil utilisé pour prévenir le HPV. C’est en fait un complotiste moyenâgeux et antivax qui préside aux destinées sanitaires du pays.

Un responsable de Médecins sans frontières a lancé un appel à la communauté internationale pour la réception de milliers de Gazaouis nécessitant une évacuation sanitaire urgente, avertissant que des centaines de personnes étaient déjà décédées faute d’évacuation. « Les besoins sont immenses », a souligné mardi Hani Isleem, coordinateur des évacuations médicales pour l’organisation humanitaire. Selon lui, le nombre de personnes prises en charge par des pays tiers jusqu’à présent ne représente qu’une goutte d’eau. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus de 8 000 patients ont été évacués de la bande de Gaza depuis le début du conflit le 7 octobre 2023. Mais plus du double, soit plus de 16 500 patients, attendent encore d’être évacués pour être soignés. Haani Isleem a indiqué que ces chiffres ne prenaient en compte que les patients officiellement inscrits, et que le nombre réel de patients en attente était beaucoup plus élevé. « Nous estimons qu’il est trois à quatre fois supérieur », a-t-il ajouté. Jusqu’à présent, seuls l’Égypte et les Émirats arabes unis ont réceptionné des malades et des blessés en grand nombre. En Europe, l’Italie a accueilli en tout et pour tout 200 patients et la France et l’Allemagne… aucun. C’est à ce genre de détail que l’on reconnaît les véritables humanistes.

L’Union européenne vient de durcir sa position envers les pays en développement en conditionnant les avantages commerciaux dont ils jouissent, notamment en matière de droits de douane, à leur coopération dans la réadmission de leurs nationaux expulsés du territoire européen. En prévoyant d’éventuelles sanctions envers ces pays, Bruxelles vise en fait les migrants qu’elle veut systématiquement renvoyer. Encore une fois, l’Europe des 27 se barricade et affiche son mépris à l’égard des plus pauvres, notamment les migrants.

La Cour de cassation a rejeté le pourvoi d’Éric Zemmour contre sa condamnation pour complicité d’injure publique et provocation à la haine après ses propos tenus sur CNews en septembre 2020. À l’époque il avait soutenu que les mineurs étrangers isolés « n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent ». En ajoutant : « C’est une invasion permanente. » Il avait été condamné à 10 000 euros d’amende et le diffuseur, CNews, à 20 000 euros par le Conseil supérieur de l’audiovisuel de l’époque, devenu depuis l’Arcom. Condamnations largement symboliques puisque les amendes sont payées en dernière analyse par le milliardaire Vincent Bolloré, propriétaire de CNews et patron de Zemmour, qui a les reins solides. Zemmour, qui a son couvert dans tous les médias Bolloré, va donc continuer à déverser au quotidien sa fange raciste, sexiste, xénophobe et anti-LGBT+.

Depuis que, le 30 novembre dernier, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, a reçu un œuf sur la tête lancé par un septuagénaire à Moissac (Tarn-et-Garonne) ses amis ressassent « la lâche agression » subie par leur leader. Et de se plaindre amèrement que l’ensemble de la classe politique n’a pas condamné ce geste et n’a pas manifesté un soutien indéfectible à la malheureuse victime. Bardella dénonce une « brutalisation du débat démocratique ». Venant d’un crypto-facho cela ne manque pas de sel. Mais des internautes facétieux ont déniché des messages postés par le même Bardella sur les réseaux sociaux lors de la campagne présidentielle 2017 où il ironisait sur une « agression » semblable dont avait été victime Emmanuel Macron, alors candidat d’En marche, lors d’une visite au salon de l’Agriculture. « Quoi de n-œuf Emmanuel Macron ? » s’est-il interrogé sur son blogue en tentant le trait d’humour. Bref lorsqu’il s’agissait de Macron c’était une blague de potache qui devient quasiment un crime de lèse-majesté lorsqu’elle touche Bardella. Il se croit déjà à l’Élysée ?

Fraîchement sorti, le jeu de société « Fachorama », édité par le collectif antifasciste La Horde, a suscité l’émoi du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et du syndicat policier d’extrême droite Alliance. Sorte de jeu des sept familles, les cartes caricaturent des personnalités réactionnaires (Bolloré, Le Pen, Bardella… ). L’une d’entre elles, représentant un « flic raciste » décrit comme effectuant des « contrôles aux faciès » et démantelant des camps de migrants a choqué les fervents soutiens de la violence et du racisme systémique dans les forces de l’ordre. On s’étonnera à peine que, pour eux, la polémique se trouve dans la dénonciation de ces comportements dans la police et non dans l’oppression constante qu’elle opère contre les habitants des quartiers populaires, contre les femmes ou contre les manifestants.

La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a été mise en examen pour « injures publiques ». L’affaire remonte au 31 janvier dernier lorsqu’elle avait été invitée sur RTL à commenter les propos de Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, qui estimait que le projet de surtaxe sur les entreprises, proposé à l’époque par le gouvernement de François Bayrou, « poussait à la délocalisation ». Elle avait alors déclaré : « Ce chantage à l’emploi, on n’en peut plus. Leur seul objectif, c’est l’appât du gain, les rats quittent le navire. Ses propos, ses comportements sont à l’image du comportement des grands patrons aujourd’hui qui coulent le pays. » Un commentaire qui n’a pas plu à Sophie de Menton, présidente du mouvement patronal Ethic, financé par le milliardaire ultra-réac Pierre-Édouard Stérin, et agent de liaison entre les milieux d’affaires et l’extrême droite. La direction de la CGT a dénoncé de son côté une « énième procédure-bâillon » et une « attaque d’un degré inédit » alors qu’il s’agit de « la cinquième procédure judiciaire contre un membre du bureau confédéral en deux ans ». Ethic a porté plainte contre Binet et RTL en les accusant de « nuire à l’ensemble des grands patrons ». Et alors ? Où est le mal ?