Il y a 15 ans, en janvier et février 2011, le « printemps arabe », comme on l’a appelé, n’a pas seulement fait tomber deux dictatures, Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte ; il a secoué un peu tout le beau monde des dirigeants des puissances impérialistes, États-Unis en tête, mais aussi France et Royaume-Uni, qui voyaient disparaître leurs alliés pour tenir en main les populations pauvres de ces pays, où leurs grandes sociétés faisaient de si bonnes affaires.
Toutes se sont mobilisées pour enrayer ces révoltes qui, parties de Tunisie et d’Égypte, devenaient contagieuses dans les pays voisins. La ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie en vacances, en Tunisie au déclenchement de la révolte, fermait les yeux sur les crimes du régime lors des débuts de la répression avant de suggérer d’apporter en aide à Ben Ali « le savoir faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité ». En Égypte, les USA abreuvaient de leurs conseils les chefs de l’armée, pendant que les troupes d’Arabie saoudite débarquaient à Bahreïn pour massacrer la révolte qui y commençait. En Syrie, où la population se soulevait contre Bachar el-Assad, c’est la Russie qui allait voler au secours de la dictature.
La crise économique de 2008 touchait aussi ces pays, notamment par le renchérissement du coût des produits alimentaires ; le chômage y était, lui, une constante. Misère et chômage qui ont conduit à Sidi Bouzid, en Tunisie, le jeune Mohamed Baouazizi à s’immoler, suicide qui a déclenché la révolte qui a renversé le régime.
S’il est une chose à retenir surtout du printemps arabe, même si ces pays ont connu depuis un retour de bâton et de nouvelles dictatures, c’est comment la similitude des oppressions a rapproché les peuples, comment une révolte partie de Tunis s’est propagée en quelques jours 3 000 km plus loin, sur la place Tahrir du Caire, puis dans les pays voisins. Tant la solidarité entre les exploités peut être contagieuse quand ils relèvent la tête, et faire fi de toutes les frontières.