Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

L’ONU alerte sur le sort d’au moins 17 000 enfants qui sont « non accompagnés ou séparés » de leur famille, précisant qu’il est « extrêmement difficile » de retrouver leur trace, car certains ne peuvent « même pas dire leur nom » parce qu’ils sont blessés ou en état de choc. Dans le même temps, les locaux de Handicap International de la ville de Gaza ont été détruits lors d’un bombardement israélien a déclaré l’ONG, qui déplore n’avoir reçu « aucune alerte ou avertissement », alors que les coordonnées du bâtiment avaient été signalées aux autorités israéliennes « pour éviter que des locaux humanitaires ne soient pris pour cible par inadvertance », en pure perte. Enfin, le dernier bilan fait état de 27 131 personnes tuées depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza.

Les États-Unis ont annoncé imposer des sanctions contre plusieurs colons israéliens accusés de violences à l’encontre de Palestiniens en Cisjordanie occupée, où leurs méfaits se sont accrus en marge de la guerre dans la bande de Gaza. Ces sanctions interviennent dans le cadre d’un décret du président Joe Biden visant des personnes accusées d’ « actes de terrorisme » ou qui « sapent la paix, la stabilité et la sécurité » dans le territoire palestinien. En décembre, Washington avait commencé à imposer des interdictions de visa à des personnes impliquées dans ces violences. Mais il est bon de rappeler que, d’une part, ces sanctions ne visent qu’un très petit nombre de personnes (quatre selon le quotidien israélien Haaretz) et, d’autre part, que l’administration Biden pointe du doigt des comportements individuels sans s’en prendre au contexte d’apartheid et de colonisation qui leur sert de trame. Bref une opération de communication de la Maison-Blanche sans aucune portée réelle.

Au point de passage de Kerem Schalom, à la frontière entre Israël, l’Égypte et la bande de Gaza, des proches de personnes kidnappées par le Hamas le 7 octobre dernier et disparues depuis lors, viennent de rejoindre des militants israéliens de droite et d’extrême droite qui tentent de bloquer, depuis plus d’une semaine, les convois humanitaires qui essaient d’apporter une certaine aide aux Gazaouis. Ils se sont mobilisés à l’initiative d’un groupe baptisé Tsav 9 (Ordre 9), nom qui fait référence à un code d’urgence de l’armée israélienne en cas de guerre. Interviewés par France TV Info, des manifestants ne font pas dans la nuance. Pour eux tous les Gazaouis sont peu ou prou « affiliés » au Hamas. Quant aux familles des otages détenus par le mouvement islamiste, elles sont désespérées et estiment qu’il faut tout essayer pour les faire revenir et que jusqu’à présent les autres moyens de pression ont échoué. Sauf que se joindre à de telles actions imbéciles et criminelles ne peut qu’envenimer les choses et retarder sans doute d’autant l’éventuelle libération des leurs tout en aggravant la misère des Gazaouis.

Les forces israéliennes ont envoyé mardi un commando déguisé en personnel médical et en civil dans l’hôpital Avicenne de Jénine pour exécuter dans leur lit à l’aide d’armes munies de silencieux trois hommes présentés comme des « terroristes », dont l’un, Mohammed Jalamnah, en lien avec le Hamas et les deux autres, les frères Ghazawi, avec le Jihad islamique. Tous se trouvaient en rééducation au troisième étage du bâtiment. L’un d’eux était complètement paralysé et tous les trois dormaient au moment de l’attaque. Encore un exploit de l’armée sioniste qui s’en prend systématiquement aux hôpitaux – en Cisjordanie comme à Gaza – et pratique les assassinats ciblés avec le soutien tacite de ses alliés occidentaux.

Chaque jour des dizaines de milliers de Palestiniens se massent au poste frontière de Rafah pour tenter de fuir les bombardements israéliens, sortir de la bande de Gaza et trouver refuge en Égypte. Ce qui semble impossible puisque la frontière est fermée… sauf si vous êtes prêts à payer entre 8 000 et 10 000 dollars (7 350 et 9 200 euros). Car, avec la complicité de certains hauts dignitaires du régime égyptien, un système de pots-de-vin a été mis en place qui, via de pseudo « agences de voyage », permet à ceux qui en ont les moyens de franchir le poste frontière. Ce que nient fermement les autorités du Caire mais qui est confirmé par plusieurs témoignages recueillis notamment par le quotidien israélien Haaretz et Le Soir de Bruxelles. Un moyen peu ragoûtant de spéculer sur la détresse humaine.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté les pays ayant suspendu leur financement à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à « au moins garantir la poursuite de ses opérations, dont deux millions de personnes dépendent pour leur survie au quotidien ». À la suite des États-Unis, neuf pays, dont désormais la France, ont annoncé suspendre leurs financements à l’UNRWA, 12 membres de ses salariés (sur 30 000) étant soupçonnés par Israël d’avoir été impliqués dans l’attaque du Hamas du 7 octobre. Ce qui va se traduire dans l’immédiat par une aggravation des conditions de vie des Palestiniens de Gaza. Dans le même temps, Israël continue d’envoyer ses troupes massacrer les Gazouis, laisse les colons de Cisjordanie tirer sur les paysans palestiniens, er, cerise sur le gâteau, encourage des militants d’extrême droite à bloquer l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza… sans encourir la moindre sanction de ses alliés occidentaux. Et là ce ne sont pas douze personnes qui sont impliquées mais des milliers.

Après les États-Unis et la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie, l’Italie et la Finlande ont annoncé suspendre leurs financements à l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, dont douze membres sont soupçonnés par Israël d’avoir peut-être été impliqués dans l’attaque du Hamas le 7 octobre. Douze sur 30 000, dont 13 000 employés dans la bande de Gaza. Sous pression, l’UNRWA a licencié les douze personnes visées alors même qu’aucune enquête sérieuse n’a été menée sur les allégations israéliennes. En attendant ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui vont pâtir de cet arrêt de financement et auront moins de nourriture, moins de médicaments et des conditions de vie encore plus précaires.