Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exhorté les pays ayant suspendu leur financement à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à « au moins garantir la poursuite de ses opérations, dont deux millions de personnes dépendent pour leur survie au quotidien ». À la suite des États-Unis, neuf pays, dont désormais la France, ont annoncé suspendre leurs financements à l’UNRWA, 12 membres de ses salariés (sur 30 000) étant soupçonnés par Israël d’avoir été impliqués dans l’attaque du Hamas du 7 octobre. Ce qui va se traduire dans l’immédiat par une aggravation des conditions de vie des Palestiniens de Gaza. Dans le même temps, Israël continue d’envoyer ses troupes massacrer les Gazouis, laisse les colons de Cisjordanie tirer sur les paysans palestiniens, er, cerise sur le gâteau, encourage des militants d’extrême droite à bloquer l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza… sans encourir la moindre sanction de ses alliés occidentaux. Et là ce ne sont pas douze personnes qui sont impliquées mais des milliers.

Après les États-Unis et la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie, l’Italie et la Finlande ont annoncé suspendre leurs financements à l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, dont douze membres sont soupçonnés par Israël d’avoir peut-être été impliqués dans l’attaque du Hamas le 7 octobre. Douze sur 30 000, dont 13 000 employés dans la bande de Gaza. Sous pression, l’UNRWA a licencié les douze personnes visées alors même qu’aucune enquête sérieuse n’a été menée sur les allégations israéliennes. En attendant ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui vont pâtir de cet arrêt de financement et auront moins de nourriture, moins de médicaments et des conditions de vie encore plus précaires.

L’évènement est largement passé sous les radars et a été ignoré du grand public. Pourtant le 27 janvier était « La journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité ». Chaque année, à cette date, qui commémore la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau en 1945, le ministère de l’Éducation nationale invite la communauté éducative à engager une réflexion avec les élèves sur la Shoah et les autres génocides, passés ou en cours. On aura pu s’attendre cette année à un éclairage sur les crimes contre l’humanité commis à Gaza. Pas un mot sur le site du ministère, ni dans les directives envoyées aux enseignants. Selon les intérêts diplomatiques du moment, on condamne certains crimes de masse et on en laisse d’autres prospérer sans rien dire. C’est toute l’hypocrisie de telles commémorations.

La Cour de justice internationale, la plus haute juridiction de l’ONU, a ordonné à Israël de « prévenir et punir » l’incitation au « génocide », suite à la saisie de la juridiction par l’Afrique du Sud. Mais alors que ce pays exigeait l’arrêt immédiat de la campagne de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, où plus de 26 000 personnes ont déjà été tuées depuis le début du conflit, la Cour n’a rien dit à ce sujet. Mais, quelles que soient les résolutions de l’ONU, Israël continue son carnage affirmant, contre toute évidence, que son armée fait tout pour épargner les victimes civiles. De son côté Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, et la Commission européenne ont indiqué dans un communiqué commun, qu’ils attendaient d’Israël « la mise en œuvre complète, immédiate et effective » des décisions de la Cour. Et que fera l’Union européenne si l’État sioniste ne s’exécute pas, comme c’est probable ? Rien, comme d’habitude !

C’est le quotidien israélien Haaretz qui l’affirme. L’armée israélienne étudie sérieusement la possibilité de doter les colons de Cisjordanie d’armes anti-chars. Les combattants palestiniens n’ayant pas de chars on peut se demander si ces obus serviront à autre chose qu’à détruire les villages palestiniens. Maisons, hangars, bergeries, vergers tout sera bon pour tirer sur les prétendus « terroristes ». Déjà armés jusqu’aux dents et coupables du meurtre de centaines de Palestiniens en Cisjordanie, souvent avec la complicité de l’armée, les colons israéliens vont pouvoir s’en donner à cœur joie et poursuivre leurs carnages.

« Le rejet par le gouvernement israélien d’une solution à deux États, avec un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, est inacceptable et risque de prolonger le conflit », a déclaré le secrétaire général de l’ONU devant le Conseil de sécurité. À sa suite, plusieurs États membres du Conseil ont plaidé également pour une solution à deux États, de la Russie à la France en passant par les États-Unis. Les principaux soutiens d’Israël, de Washington à Paris en passant par Londres, sont habitués aux déclarations lénifiantes et vides de tout contenu concret sur « les deux États », principalement destinées aux opinions publiques. Mais dans les faits ils se refusent à exercer la moindre pression sur l’État sioniste – qu’ils arment et soutiennent financièrement – que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou ailleurs. Netanyahou et ses amis peuvent donc continuer leur politique raciste, criminelle et expansionniste en toute tranquillité.

Le 9 octobre 2023, soit deux jours après les attaques du Hamas en Israël, Perrine Olff-Rastegar, 70 ans, déposait avec deux autres personnes une déclaration de manifestation pour le 13 octobre intitulée « Information sur la Palestine » Elle est l’une des porte-parole du Collectif judéo-arabe et citoyen pour la paix (CJACP), qui existe depuis une vingtaine d’années et organise régulièrement des manifestations de soutien aux Palestiniens et Palestiniennes. La police autorisait la manifestation avant de se raviser et de l’interdire. Environ 300 personnes, non informées de l’interdiction, s’étaient rendues à proximité de la place centrale de Strasbourg, entièrement bouclée par la police. Nombre d’entre elles avaient été arrêtées, dont Perrine Olff-Rastegar qui se tenait pourtant en dehors du rassemblement. Elle avait été interpellée, menottée et placée en garde à vue quarante-huit heures, dans des conditions indignes. Le jour du jugement une trentaine de militants brandissant de grands drapeaux palestiniens se tenaient devant le Palais de justice. Finalement elle a été relaxée de l’inculpation d’organisation d’une manifestation interdite.