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Palestine

Alors que le ministère de la Santé de Palestine annonce qu’au moins 5 087 personnes, en majorité des civils incluant 2 055 enfants, ont été tués à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne, des manifestants ont bloqué l’entrée de la Cour pénale internationale à La Haye. À l’appel du mouvement Extinction-Rébellion ils ont déployé une banderole qui proclamait : « Netanyahou est un criminel de guerre ». 19 personnes ont été arrêtées plus relâchées. La manifestation s’est déroulée alors que le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, arrivait en Israël pour rencontrer Netanyahou.

Selon la police israélienne et différents autres témoignages, des membres de la minorité arabe d’Israël et des Palestiniens de Jérusalem-Est ont été licenciés, renvoyés de leurs universités ou interpellés pour des publications sur les réseaux sociaux exprimant leur solidarité avec la population gazaouie. Dalal Abu Amna, une neurologue qui exerce à Haïfa, s’était rendue dans un commissariat de la ville de Nazareth pour porter plainte après avoir reçu des centaines de messages de menaces de mort en anglais et en hébreu la visant elle et sa famille. Mais sur place elle a été arrêtée et menottée pour un commentaire sur Facebook favorable aux Palestiniens. La police israélienne a expliqué dans un communiqué l’avoir interpellée pour « incitation à la violence » et « comportement susceptible de troubler l’ordre public ». La même police a annoncé avoir « appréhendé 76 individus » à Jérusalem-Est, notamment pour « soutien à des organisations terroristes » sur les réseaux sociaux. Parmi eux un avocat, un cuisinier licencié d’un restaurant israélien ou encore un imam. Des avocats ont signalé la détention d’un jeune homme pendant cinq jours pour avoir partagé des photos d’enfants gazaouis accompagnées de la mention « Mon cœur est avec vous ». Un hôpital de Petah Tekva a confirmé le licenciement d’un médecin pour un message « soutenant le terrorisme », et une enseignante arabe a été renvoyée d’une école de Tibériade selon un groupe d’avocats. « Si elle veut enseigner, qu’elle le fasse à Gaza », a déclaré le maire par intérim de la ville, Boaz Youssef. De son côté, Jaafar Farah, directeur de l’association des droits humains Mousawat (égalité), chiffre à 200 étudiants et 150 salariés le nombre de personnes arabes victimes d’un tel traitement depuis le début de la guerre.

Au moins 17 employés de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre a indiqué son responsable, Philippe Lazzarini. Et d’ajouter : « J’insiste sur le fait que depuis le déclenchement de la guerre le 7 octobre, l’Agence a régulièrement fourni à toutes les parties concernées la géolocalisation de toutes ses infrastructures dans la bande de Gaza. Néanmoins, au moins 35 bâtiments ont été touchés jusqu’à présent, certains par des frappes directes. » Il souligne enfin que les installations de son agence sont désormais surpeuplées avec 500 000 personnes qui y ont trouvé refuge. Ce qui n’empêche pas l’armée israélienne de les bombarder.

Le chirurgien anglo-palestinien Ghassan Abu-Sittah a fait part sur les réseaux sociaux des conditions déplorables dans lesquelles sont soignés les blessés des bombardements de l’État hébreu. D’ordinaire basé à Londres, ce chirurgien plasticien a fait le choix de partir pour Gaza afin d’apporter son aide. Et il s’est servi de sa visibilité en Occident pour raconter les conditions dans lesquelles il doit soigner ses patients de l’hôpital Al-Shifa, le plus grand et le mieux équipé des centres hospitaliers du territoire gazaoui. « Vinaigre du magasin du coin pour traiter les infections bactériennes de type pseudomonas sur des plaies. Voilà où nous en sommes », a-t-il sobrement écrit sur X. Son message est accompagné d’une photo de la fameuse bouteille de vinaigre servant à désinfecter les plaies. Il était déjà venu prêter main forte aux Palestiniens plusieurs fois depuis la fin des années 1980 mais cette fois-ci il assure qu’il restera jusqu’au cessez-le-feu. Entre le manque de matériel, de médicaments et de personnel, il reconnaît que l’hôpital est au bord de la rupture et que les blessés ne peuvent pas être soignés avec le matériel nécessaire et contractent donc de nouvelles infections qui se répandent rapidement. Et il poursuit : « On a plus de 200 patients qui ont besoin d’être opérés et qui n’ont pas pu l’être parce que, quand ils sont arrivés, il y avait déjà des patients qui étaient blessés. »