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Palestine

Vendredi 20 octobre à six heures du matin, des policiers, dont certains étaient cagoulés, sont venus au domicile de Jean-Paul Delescaut, secrétaire départemental de la CGT du Nord. Ils étaient équipés d’un bélier au cas où il n’aurait pas ouvert assez vite. Motif de cette intervention : un tract de la veille appelant à manifester à Lille « en soutien au peuple palestinien en lutte contre l’État colonial ». Le parquet de Lille avait ouvert une enquête pour « apologie du terrorisme » à propos d’un paragraphe de ce tract disant : « Les horreurs de l’occupation illégale se sont accumulées, depuis samedi 17 octobre, elles reçoivent les réponses qu’elles ont provoquées. » On peut sans doute discuter cette formulation, mais on est tout de même très loin d’une apologie du Hamas ! Cette enquête avait été lancée à la suite d’une plainte d’une organisation qui avait elle-même appelée à manifester pour soutenir l’État d’Israël.

Jean-Paul Delescaut a été gardé à vue jusqu’à 13 heures 30, ainsi qu’une autre syndicaliste. Ils ont été libérés alors qu’une manifestation de protestation se déroulait devant le commissariat. Le parquet n’a procédé pour le moment à aucune poursuite, aucune mise en examen. Cette interpellation et cette garde à vue sont scandaleuses et témoignent d’une marche supplémentaire dans la volonté du gouvernement de criminaliser le soutien au peuple palestinien et de s’en prendre à la liberté d’expression.

Daniel Hagari, le porte-parole de l’armée israélienne, a déclaré que ses avions avaient bombardé Gaza ces deux dernières semaines « à un rythme jamais vu depuis des décennies ». Au cours d’une conférence de presse, Hagari a non seulement indiqué que la vague meurtrière continuerait sans relâche sur le territoire gazaoui, mais que, de plus, elle allait s’accentuer grâce aux cargaisons supplémentaires de bombes que les États-Unis sont en train de livrer à Israël. Un génocidaire sans état d’âme.

Brandir le drapeau palestinien étant interdit Israël, des militants utilisent d’autres symboles pour montrer qu’ils se tiennent au côté des Palestiniens. Le plus célèbre de ces signes reste le keffieh, la coiffe blanche au motif à damier universellement connue grâce à Yasser Arafat. Mais, selon le média libanais Al-Modon, il en existe un autre moins connu : la pastèque. Pour afficher leurs couleurs, sans avoir à utiliser un drapeau, les Arabes israéliens et leurs soutiens coupent une pastèque en deux. Ce fruit, très populaire au Moyen-Orient, a en effet les mêmes couleurs que le drapeau palestinien : sa chair est rouge, ses pépins noirs et sa peau verte et blanche. C’est le peintre palestinien Sliman Mansour qui, sur ses toiles, a le premier utilisé ce fruit comme symbole de la Palestine. Et depuis, il est repris dans nombre de manifestations.

Le tribunal administratif de Paris a suspendu l’arrêté d’expulsion visant Mariam Abou Daqqa, militante du Front populaire de libération de la Palestine, arrivée en France fin septembre pour y tenir une série de conférences. « Le ministre de l’Intérieur a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression et à la liberté d’aller et venir » d’Abou Daqqa, estime dans son ordonnance le juge des référés. Une (petite) claque pour Darmanin qui a décidé de faire appel.

Si le monde entier a les yeux tournés vers Gaza, cela ne doit pas faire oublier que l’occupant sioniste poursuit sa politique de répression en Cisjordanie et à Jérusalem-Est où de nombreuses manifestations ont eu lieu en soutien aux Gazaouis, toutes sauvagement réprimées. Depuis le 7 octobre et le début du conflit, il y a eu au moins une soixantaine de morts, 1 250 blessés et l’armée israélienne affirme avoir arrêté 524 personnes. Selon la porte-parole du Club des prisonniers palestiniens, Anadolu Amani Sarahna, « les arrestations se répartissent sur toutes les localités de Cisjordanie ».