Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Le gouvernement Netanyahou profite de la guerre pour durcir la législation répressive. Le ministre des Communications et membre du Likoud, Shlomo Karhi, a annoncé mettre la dernière main à un décret qui lui permettra d’ordonner aux forces de police d’arrêter des citoyens, de les emprisonner et de saisir leurs biens s’il les soupçonne « de porter atteinte au moral national ou de répandre des informations pouvant servir à la propagande de l’ennemi ». Des motifs suffisamment vagues pour impliquer quiconque met en cause la guerre actuelle, la colonisation ou la réforme de la justice voulue par Netanyahou. Et ça n’a pas tardé. Des militants de Standing Together (Debout ensemble), une association qui rassemble Juifs et Arabes pour la paix et l’égalité, ont été arrêtés à Jérusalem. Leur tort : avoir placardé des affiches, en arabe et en hébreu, sur lesquelles on pouvait lire : « Juifs et Arabes – Nous nous en sortirons ensemble ». Le coordinateur national de l’association, Uri Weltmann, a déclaré à ce propos : « Cela montre à quel point les autorités cherchent à délégitimer les voix anti-guerre, anti-occupation et antiracistes. Aujourd’hui, l’escalade de la violence est orchestrée par le gouvernement. Il existe un climat pesant dans la société, qui n’accepte aucune critique. » Le même jour, Ofer Cassif, député communiste juif, membre de la coalition de gauche Haddash, a été exclu de la Knesset pour quarante-cinq jours pour ses propos contre la guerre qualifiés de « déclarations anti-israéliennes ».

Une centaine de manifestants juifs ont occupé un bâtiment du Congrès pour exiger des élus et de l’administration Biden qu’ils fassent pression pour un cessez-le-feu à Gaza. Vêtus de tee-shirts noirs barrés de l’inscription « Les Juifs disent : cessez-le-feu maintenant » et « Pas en notre nom », ils se sont assis en applaudissant et en chantant et ont déployé de grandes banderoles proclamant « Cessez-le-feu » et « Laissez Gaza vivre ». La manifestation avait été organisée à l’appel du mouvement Jewish Voice for Peace (Voix juive pour la paix). La police est intervenue pour disperser les manifestants et en interpeller plusieurs.

Si, après l’attaque surprise du Hamas,la population juive a succombé, dans sa grande majorité, à l’union sacrée derrière le gouvernement et l’armée, elle est soumise, depuis lors, à un feu roulant de propagande et de déclarations racistes émanant des hautes sphères du pouvoir. À tout seigneur, tout honneur. Le président israélien, Isaac Herzog, a déclaré : « C’est une nation entière, là-bas (à Gaza), qui est responsable. Ce n’est pas vrai, cette rhétorique sur les civils qui ne sont pas conscients, qui ne sont pas impliqués. C’est absolument faux. » Le ministre de la Défense, Yoav Galant, souligne : « Nous imposons un siège total contre la ville de Gaza. Il n’y a pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’eau, pas de carburant. Tout est fermé. Nous combattons les animaux humains et nous agissons en conséquence », une déclaration que l’ONG Human Rights Watch considère comme « un appel à commettre des crimes de guerre ». De son côté, Daniel Hagari, porte-parole de l’armée israélienne, répond avec cynisme à ceux qui s’inquiètent du très lourd bilan de morts civils à Gaza : « L’accent est mis sur la destruction, pas sur la précision. » Quant à l’hebdomadaire britannique, The Observer, il cite un représentant du ministère de la Défense qui affirme qu’à terme « Gaza ne sera plus qu’une ville de tentes, sans aucun bâtiment ». Le député du Likoud, Ariel Kallner, surenchérit : « Pour l’heure un seul mot d’ordre : Nakba », une référence à l’expulsion des Palestiniens de leurs terres en 1948. Mais, dans ce domaine, la palme de l’horreur absolue revient à Tzipi Navon, qui dirige le bureau de Sara Netanyahou, l’épouse du Premier ministre. Le site Middleeasteye.net indique qu’elle s’est lâchée sur sa page Facebook en préconisant de capturer tous les habitants de Gaza, et de les torturer, « l’un après l’autre », en leur arrachant les ongles et en les écorchant vifs. Poursuivant sur sa lancée, elle propose d’émasculer les hommes, de faire frire leurs parties génitales, et de forcer les prisonniers à les manger. « Ne leur coupez la langue qu’à la fin, afin qu’on puisse entendre leurs cris, et qu’ils voient notre sourire. » Des dirigeants à l’image de leur politique.

Des milliers de Palestiniens manifestent depuis plusieurs jours en soutien à Gaza, notamment à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, à Naplouse et à Hébron. Parmi les slogans entendus « Libérez la Palestine » mais aussi « À bas Abbas », « Dégage », « Le peuple veut la chute du président », en référence à Mahmoud Abbas, le président l’Autorité palestinienne auquel ils reprochent sa « coopération sécuritaire » avec Israël. Les forces de sécurité palestiniennes ont tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants alors qu’ils quittaient le centre-ville de Ramallah et des heurts se sont produits dans d’autres villes. Abbas, qui a aujourd’hui 88 ans, s’accroche à son poste depuis 2005 sans jamais avoir été réélu depuis lors mais bénéficie du soutien d’Israël et des régimes arabes.

La militante palestinienne Mariam Abou Daqqa, qui se trouvait en France depuis fin septembre pour une série de 15 conférences sur la situation en Palestine, a été assignée à résidence après son arrestation par la police sur ordre de Darmanin. En conséquence elle a l’obligation de « se maintenir dans les locaux où elle réside à Marseille de 22 heures à 7 heures du matin » et de pointer tous les jours à 12 heures 30 au commissariat. À l’issue de son assignation à résidence elle sera probablement expulsée. En outre la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivert, a interdit sa venue dans l’Hémicycle le 9 novembre alors qu’elle devait s’entretenir avec des parlementaires. Museler les Palestiniens et leurs soutiens est devenu une pratique quotidienne du gouvernement.

Entre 200 et 500 personnes ont trouvé la mort mardi soir dans une frappe israélienne sur l’enceinte de l’hôpital baptiste Ahli-Arab, dans le centre de ville de Gaza. Selon le ministère palestinien de la Santé il y aurait encore, outre les blessés, de nombreuses victimes sous les décombres. L’Organisation mondiale de la santé a déjà recensé « 111 infrastructures médicales ciblées par Israël, 12 cadres soignants tués et 60 ambulances visées ». Les puissances occidentales n’ont pas eu de mots assez durs pour condamner le terrorisme du Hamas, par contre elles semblent s’accommoder sans trop de mal du terrorisme d’État d’Israël. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a accusé le Djihad islamique d’être responsable de cette explosion sans convaincre grand monde, y compris ses alliés traditionnels. D’ailleurs mardi soir, Hananya Naftali, ancien membre de l’équipe de communication de Netanyahou, parlait encore d’une frappe israélienne qu’il justifiait par la nécessité de tuer des terroristes réfugiés dans l’hôpital. Il a finalement effacé son tweet, qu’il a remplacé par la version officielle israélienne. Certains médias français, telle la chaîne LCI, tentent d’accréditer cette version israélienne à l’aide de photos et de films impossibles à interpréter pour leurs spectateurs. Biden, en visite à Tel Aviv, a lui aussi déclaré qu’il croyait à cette thèse et qu’il apportait tout son soutien à l’État d’Israèl. Mais cet abominable massacre a soulevé la colère dans de nombreux pays. Manifestons nous aussi par tous les moyens possibles pour arrêter les assassins !

Ce n’est pas une vidéo bidonnée publiée sur un site favorable au Hamas. Elle a été postée sur le compte X officiel de l’armée israélienne accompagnée d’un commentaire en hébreu. Elle montre des soldats israéliens tirant sur quatre hommes désarmés et qui avaient les mains levées en signe de reddition, l’un deux arborant un drapeau blanc. Les Forces de défense israéliennes ont affirmé qu’il s’agissait d’une opération visant à « éliminer… quatre terroristes armés » menée par les hommes du 17e bataillon. L’incident s’est produit près de la plage de Zikim, en territoire israélien, à 2,5 kilomètres au nord de la bande de Gaza. Une copie de la vidéo diffusée par un journaliste israélien a été vue plus de 700 000 fois. Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, l’armée israélienne a répondu « ne pas avoir de commentaire à faire ».