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Brèves

L’actualité en bref

Les représentants américains ne se sont pas présentés à l’Examen périodique universel de leurs performances en matière de droits de l’homme, une structure mise en place en 2008 pour évaluer la situation des droits humains dans chaque pays. Les États-Unis avaient informé l’ONU de leur décision par une lettre adressée au Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, soulignant notamment que le Conseil était « politisé ». Washington ne tenait pas à ce que ses représentants soient interrogés sur les violations sans nombre de libertés publiques commises par Trump et son administration. Depuis la création d’une telle structure, un seul pays l’avait boycotté en 2013… Israël, l’État sioniste étant peu désireux de s’expliquer sur l’apartheid qu’il pratiquait à l’égard des Palestiniens. Qui se ressemble…

La Commission européenne a annoncé que vingt-et-une compagnies aériennes du Vieux Continent, dont Lufthansa et Air France, se sont engagées à renoncer à leurs allégations environnementales trompeuses sur la « compensation » carbone de leurs vols. Une attitude frauduleuse que l’on appelle « greenwashing » ou « écoblanchiment ». À l’issue d’un dialogue avec la Commission et des associations de protection de consommateurs, ces compagnies doivent cesser « prétendre » neutraliser, compenser ou réduire directement les émissions de CO2 de leurs vols par des « éco-contributions » des passagers. Cet engagement, qui n’engage dans les faits à pas grand-chose, fait suite à la condamnation de certaines compagnies par des tribunaux en Allemagne, aux Pays-Bas et en France sur plaintes d’associations de consommateurs. Mais comme l’a souligné Diane Vitry, directrice aviation de l’ONG Transport and Environment : « Il y a une marge d’évolution sur l’honnêteté de la communication des compagnies. » Pour le dire plus crûment cette communication est carrément mensongère.

Le Parlement a entériné le proposition de Gabriel Attal élevant à titre posthume Alfred Dreyfus au grade de général de brigade. À l’issue d’un ultime vote, les sénateurs, comme les députés avant eux en juin, ont adopté ce texte à l’unanimité. Cent trente ans après sa condamnation pour haute trahison sur la base de faux documents Dreyfus est symboliquement rétabli dans ses droits militaires après avoir été réhabilité en 1906. De quoi s’en réjouir ? Pas vraiment. Car, pas plus à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, il n’y a eu aucun parlementaire, fût-il de gauche – socialiste, communiste, écologiste ou insoumis – pour profiter de l’occasion pour dénoncer le rôle de l’armée dans le calvaire du capitaine juif et dans la campagne antisémite qui s’ensuivit. Et, depuis lors, cette armée raciste, colonialiste et impérialiste a fait bien pire en Algérie, au Vietnam, à Madagascar, dans toute l’Afrique et ailleurs. Être promu en son sein n’est vraiment pas un honneur.

Cinq ans après l’interpellation très violente du producteur de musique martiniquais Michel Zecler, la défenseure des droits, Claire Hédon, réclame que les policiers mis en cause passent enfin devant un conseil de discipline pour des manquements déontologiques graves, dont la tenue de propos racistes. L’arrestation et le tabassage de Zecler avaient été enregistrés par une caméra de surveillance. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et Macron s’était fendu d’une déclaration dénonçant « une agression inacceptable », avait réclamé une police « exemplaire » et demandé des sanctions claires. Cause toujours. Les juges d’instruction ont bien ordonné en juin dernier le renvoi devant une cour criminelle de trois des quatre policiers (le quatrième sera jugé en correctionnelle) mais la circonstance aggravante de racisme a été écartée, en dépit de quatre témoignages concordants. Mais les flics tabasseurs n’ont toujours pas été sanctionnés malgré le rapport accablant de l’IGPN, la police des polices, publié en juillet 2021, qui demandait au préfet de police de Paris de les faire passer en conseil de discipline. Peine perdue. Les policiers impliqués n’ont pas été inquiétés par leur hiérarchie qui ne semble guère s’ émouvoir du comportement de voyous de ses troupes.

Dans un rapport analysant les droits d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans une quarantaine de pays d’Europe, Amnesty International lance un cri d’alarme en constatant : « Des victoires durement acquises en matière de droits reproductifs courent un risque grave d’être compromises par une vague de politiques régressives, soutenues par le mouvement anti-genre et défendues par des politiciens et politiciennes populistes ayant recours à des pratiques autoritaires. » Parmi les différents obstacles « administratifs, sociaux et financiers » qui restreignent l’accès des femmes à l’avortement le rapport signale notamment que dans plus d’une dizaine de pays – comme l’Allemagne, l’Autriche et la Bulgarie – le coût de l’ IVG peut être « prohibitif » quand elle n’est pas prise en charge par le système de santé. Dans d’autres, comme l’Italie, la Croatie et la Roumanie, le nombre « très élevé » de professionnels de santé refusant de pratiquer les avortements en raison de convictions personnelles ou religieuses compromettent l’accès à la procédure. De plus en Albanie, en Belgique, en Hongrie, en Lettonie et au Portugal on impose aux femmes « des prérequis injustifiés sur le plan médical », comme un délai d’attente ou une consultation obligatoire de conseil, « susceptibles d’entraîner des retards d’accès ». En Pologne et en Autriche, on a signalé la présence de militants anti-avortement « agressifs » aux abords des établissements spécialisés dans la santé sexuelle et reproductive alors que des centres de planification familiale en France et des centres de conseil obligatoire en Allemagne ont eux subi des attaques de la part de groupes hostiles à l’avortement. Partout le combat pour le droit à l’avortement libre et gratuit reste d’actualité.

Une descente de police a eu lieu au domicile familial d’Omar Alsoumi, Palestinien en exil et un des porte-paroles d’Urgence Palestine. Il a été interpellé devant sa femme et ses enfants puis placé en garde à vue au commissariat local pour « apologie du terrorisme ». Cette arrestation s’ajoute à plus de six mois de gel de ses avoirs, une décision administrative arbitraire qui met sa famille en situation de précarité. En avril dernier, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, avait vainement tenté de dissoudre Urgence Palestine. Depuis lors le pouvoir pourchasse ses militants et continue sa politique de criminalisation des soutiens au peuple palestinien. Solidarité avec Omar Alsoumi.

Le collectif Nos services publics, constitué d’experts et d’agents de terrain qui luttent pour que l’ensemble de la population bénéficie d’un service public universel et de qualité, vient de publier son troisième rapport annuel. D’où il ressort que les inégalités d’accès à de tels services sont moins liées aux clivages territoriaux (ville d’un côté, campagne de l’autre) qu’aux inégalités sociales. Par exemple, en matière de santé, un nombre grandissant de ménages renoncent, faute de ressources financières suffisantes, à se soigner correctement. De plus, le recul continu depuis quarante ans de l’implantation des services publics conduit à la privation, pour une part croissante de la population, de l’effectivité de ses droits à la santé, à l’éducation, au logement, mais aussi à l’eau potable. Enfin la numérisation des démarches administratives via Internet a laissé une partie des familles modestes sur le bord de la route et l’implantation de Maisons France service (censées regrouper un certain nombre d’administrations) n’a pas permis de compenser qualitativement le recul des services publics. Un recul qui ne cesse de s’amplifier…

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a fait mine de s’offusquer que des adolescentes musulmanes voilées aient pu assister à une séance de la Chambre des députés, à l’invitation de Marc Fesneau, président du groupe MoDem, et dans le cadre d’une visite scolaire. L’information lui avait été soufflée par le porte-parole du Rassemblement national, le député de l’Yonne, Julien Odoul. Ce dernier avait republié un cliché du magazine d’extrême droite Frontières où, dans les tribunes, apparaissaient des élèves venus visiter l’institution et parmi eux, des jeunes filles portant le voile. Il avait demandé à la présidente de réagir. Ce qu’elle a fait, jugeant la scène « inacceptable » et appelant à « une extrême vigilance pour que cela ne se reproduise pas ». Sauf que le règlement intérieur de l’Assemblée n’interdit pas de telles tenues. Cela Braun-Pivet le sait parfaitement, mais elle n’a pas résisté à la tentation d’apporter sa contribution à la campagne anti-musulmane de la droite et de l’extrême droite.

Mediapart et Libération ont eu accès à plus de 84 heures d’images tournées le 25 mars 2023, lorsque 2 000 gendarmes mobiles réprimaient sauvagement un rassemblement contre les mégabassines. Ces heurts avaient fait 200 blessés chez les manifestants dont 40 grièvement atteints. Jusqu’à présent les autorités avaient toujours affirmé que les gendarmes avaient riposté de façon adaptée et « proportionnée ». Or ces images, tournées par les gendarmes eux-mêmes ce jour-là, principalement via les caméras-piétons qu’ils portaient en plastron, montrent exactement le contraire, avec les forces de l’ordre s’interpellant mutuellement pour se féliciter du nombre de blessés qu’elles faisaient et utilisant, sur l’ordre de leur hiérarchie, des tirs tendus, ce qui est interdit. Une enquête préliminaire pour violences aggravées et non-assistance à personne en danger, toujours en cours, avait été ouverte par le parquet de Rennes et c’est dans ce cadre que ces images ont été rassemblées. Suite à ces révélations, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez a ordonné une enquête administrative. Mais il se refuse toujours à parler de « violences policières ». Heureusement les images parlent pour lui.