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Brèves

L’actualité en bref

Les ONG Public Eye et Unearthed viennent de publier un rapport révélant que l’Union européenne a exporté en 2024 près de 122 000 tonnes de 75 pesticides interdits sur son territoire, soit une hausse de 50 % par rapport à 2018. Les destinataires principaux sont les pays pauvres où les risques pour la santé et l’environnement sont les plus élevés. Championne de ces exportations mortifères : la firme allemande BASF, le plus grand groupe chimique du monde, qui emploie plus de 120 000 personnes sur les cinq continents. Il a vu l’an dernier son bénéfice net multiplié par six. Exporter des poisons, ça rapporte…

Des militantes féministes et une dizaine de personnalités souhaitent ériger un monument dédié aux dizaines de milliers de femmes décédées, souvent dans des conditions atroces, des suites d’un avortement clandestin avant la légalisation, en 1975, de l’IVG par la la loi Veil. Baptisé « Aux avortées inconnues », ce projet, que ses initiatrices souhaitent voir implanté à Paris, sera officiellement présenté dimanche 28 septembre à la Maison de la Poésie à l’occasion de Journée internationale du droit à l’avortement. « Il s’agit de rendre hommage à toutes ces femmes qui se battaient pour leur liberté et pour vivre leur vie », a expliqué la cinéaste Mariana Otero, fille de la peintre Clotilde Vautier morte en 1968 à la suite d’un avortement clandestin. Au-delà de l’hommage en lui-même, le projet, qui sera associé à un site internet, se veut également la porte d’entrée à une collecte d’informations sur le profil des victimes et plus largement sur ce « trou noir de l’Histoire ». Combien de femmes sont décédées entre le vote de la loi de 1920 – qui interdisait l’avortement et le considérait comme un crime – et son abolition cinquante-cinq ans plus tard ? Nul ne le sait, car les décès liés à l’avortement étaient déclarés sous d’autres noms, par exemple péritonite ou complications gynécologiques, mais on les estime à plusieurs milliers par an. Il est plus que temps de rendre hommage à ces victimes du machisme, de la bigoterie et de la bêtise.

La reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron à l’ONU a provoqué des réactions diverses et variées dans la classe politique. Les macronistes, et Olivier Faure pour le Parti socialiste, l’ont qualifiée un peu vite d’ « historique », alors qu’avant Paris plus de 140 pays l’avaient déjà reconnue depuis sa proclamation par Yasser Arafat en… 1988. Mieux vaut tard… À gauche Roussel, pour le PCF, et Mélenchon, pour la France insoumise, parlent de « victoire » mais ne s’attardent pas sur ce que ce geste va concrètement apporter aux Palestiniens. Et tous de défendre la solution à deux États qui, même si elle se réalisait (ce qui est hautement improbable) ferait de l’État palestinien une espèce de bantoustan d’Israël. À droite et à l’extrême droite, on s’aligne sur Netanyahou en affirmant que cette reconnaissance favorisera le Hamas. Tout en nuance. En fait le geste tardif de Macron et de ses compères européens, qui ne s’accompagne d’aucune sanction à l’égard de l’État sioniste, ne changera rien à la situation du peuple palestinien qui ne peut compter pour survivre que sur sa lutte et la solidarité de la classe ouvrière internationale.

La Commission européenne vient de proposer de reporter d’un an supplémentaire, de fin 2025 à fin 2026, l’entrée en vigueur de la loi contre la déforestation. Cette loi vise à interdire la commercialisation en Europe de produits comme l’huile de palme, le cacao, le café, le soja et le bois quand ils proviennent de terres déboisées après décembre 2020. En 2024, l’Union européenne avait déjà reporté d’un an l’entrée en vigueur de cette loi qui suscite une levée de boucliers des milieux d’affaires de l’agrobusiness mais aussi des États-Unis et de nombreux États africains et asiatiques opposés à toute règlementation. Et tout ce beau monde a reçu l’appui de la droite et de l’extrême droite au Parlement européen ainsi que de certains pays comme l’Italie et l’ Autriche. Ce report est perçu par les organisations environnementales comme un nouveau « coup de tronçonneuse » dans les forêts. Un de plus.

Pour régler définitivement un litige qui remonte à 2019, la banque suisse UBS a annoncé qu’elle allait s’acquitter d’une somme de 835 millions auprès du fisc français. Sur cette somme, 730 millions d’euros sont une amende à laquelle s’ajoutent 105 millions d’euros de réparations civiles. L’établissement helvétique avait, pendant des années, démarché discrètement des millionnaires et milliardaires résidant dans l’Hexagone en leur proposant d’ouvrir, en toute discrétion, des comptes non déclarés en Suisse pour leur permettre de placer leur argent en échappant à l’impôt. Mais UBS s’en tire plutôt bien puisque, dans un premier temps, l’amende avait été fixée à 3,7 milliards d’euros, plus 800 millions de dommages et intérêts. Après appel, les pénalités avaient été ramenées à 1,8 milliard d’euros, puis en cassation à la somme actuelle. Mais 835 millions d’euros ne représentent pas grand-chose pour la banque helvétique qui a déclaré l’an dernier un bénéfice avant impôt de 6,8 milliards de dollars (5,75 milliards d’euros). Et soyons sûrs que les banquiers de Bâle et de Zurich ont trouvé depuis lors, les moyens de contourner la loi et de continuer à s’en mettre plein les poches.

Le système de combat aérien du futur (Scaf) est un projet visant à développer un ensemble de systèmes d’armes aériens interconnectés. Il comprend un avion de chasse de nouvelle génération, des drones de combat de différentes tailles et un cloud pour interconnecter tous les éléments du système. Il est censé remplacer le Rafale en France et l’Eurofighter en Allemagne et en Espagne. Il devait entrer l’an prochain dans une phase concrète de réalisation. Mais rien ne va plus entre les industriels censés collaborer à sa réalisation. C’est Dassault qui a ouvert le feu en exigeant de l’avionneur européen Airbus, au sein duquel sont représentés les industriels allemand et espagnol, à être le seul aux manettes pour continuer le projet. Ce que ses partenaires refusent. Cerise sur le gâteau, un projet rival sur le même créneau, le programme global de combat aérien, est mis en avant par le britannique BAE Systems, l’italien Leonardo et le japonais Mitsubishi Heavy Industries. Bref Paris, Berlin, Madrid, Londres et Rome sont tous d’accord pour défendre et renforcer « l’autonomie stratégique du continent européen » mais leurs industriels respectifs exigent que ce soient eux, et eux seuls, qui en profitent aux dépens des autres. Chacun pour soi et la perspective de la guerre pour tous.

Tour à tour, l’Organisation mondiale de la santé, l’Agence européenne du médicament et le régulateur britannique du médicament, la MHRA, sont montés au créneau pour affirmer que le paracétamol pouvait être utilisé sans danger par les femmes enceintes et n’était nullement associé à un risque élevé d’autisme pour les bébés. Ils répondaient ainsi aux affirmations fantaisistes lancées par Trump lors d’une conférence de presse qui, de plus, déconseillait de faire vacciner les bébés contre l’hépatite B. Ce qui a fait hurler les chercheurs et le corps médical. Il y a peu, le président américain et son ministre antivax de la Santé, Robert Kennedy Jr, recommandaient de prendre de l’huile de foie de morue contre la Covid-19. Que de tels charlatans soient à la tête de la première puissance mondiale en dit long sur la décadence d’un capitalisme en crise.

Sur décision de Donald Trump le ministère de l’Agriculture va cesser la publication du rapport annuel sur la sécurité alimentaire des ménages américains, qui pointait une progression inquiétante de la faim dans le pays, année après année. Basé sur un vaste sondage, le rapport évaluait la précarité alimentaire, c’est-à-dire le nombre de foyers qui n’ont pas un accès garanti à la nourriture en quantité et en qualité suffisantes pour tous leurs membres. D’après la publication la plus récente, cela concernait 13,5 % des foyers en 2023 aux États-Unis, la proportion la plus élevée depuis 2014. Et la situation ne s’est pas améliorée l’an dernier. Mais Trump affirme, sans aucune preuve comme son habitude, que ces chiffres sont faux et biaisés. Comme la réalité ne lui convient pas, il la nie. Pour lui tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes. De quoi laisser sur sa faim…

Les journalistes de France 24 ont publié le témoignage à la fois accablant et émouvant de Melika Mohammadi Olya, Iranienne de 20 ans, enfermée depuis près de trois dans un centre de détention à El Paso, aux États-Unis. Elle avait fui l’Iran après avoir participé aux manifestations « Femme, Vie, Liberté » qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Elle était passée en Turquie et de là avait gagné le Nicaragua avant de remonter jusqu’aux États-Unis. Emprisonnée dès son arrivée, elle a failli, par deux fois, être réexpédiée vers son pays d’origine où elle risque la mort. Dans un récent rapport, Amnesty International a qualifié les conditions du camp d’El Paso d’inhumaines, s’alarmant tout particulièrement de l’hygiène inexistante et de la qualité de la nourriture souvent avariée. Comme Melika, des milliers d’autres demandeurs d’asile (dont son propre père) sont systématiquement emprisonnés et traités comme des criminels.