Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Juste avant la dernière réunion du conclave sur les retraites, qui réunit depuis des mois organisations patronales et certaines confédérations syndicales, Bayrou a fait une nouvelle proposition : accorder une prime à celles et ceux qui accepteraient de travailler au-delà de 64 ans. Ils toucheraient alors en prime une partie de leur retraite en même temps que leur salaire. Mais même cette « concession » est déjà enterrée. Le fait marquant, c’est plutôt la capitulation des CFDT, CFTC, CGC sur les 64 ans en échange de miettes que le patronat ne veut même pas accorder. Une sinistre plaisanterie. La plupart des salariés attendent la retraite avec impatience pour souffler un peu après une vie passée à trimer. Alors pas question pour eux de partir en retraite à 64 ans, voire au-delà.

Le 5 juin, veille de la fête de l’Aïd pour les musulmans, un directeur d’une école de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, a apposé sur son établissement une affichette listant le nom de huit enseignants absents le lendemain, en précisant : « absents pour fête religieuse ». En bas de cette affichette, il a ajouté : « Débarquement de Normandie en 1944 ». Un type de parallèle qui fait directement écho aux pires discours racistes. Selon le SNUIPP, le principal syndicat des enseignants du premier degré, ce directeur se permet au sein de l’école des réflexions racistes et sexistes. L’intersyndicale départementale a publié un communiqué pour dénoncer cet affichage raciste odieux. Le rectorat dit avoir convoqué le directeur, mais on constate qu’il est beaucoup moins zélé à mettre en place des sanctions que lorsqu’il s’agit de syndicalistes ou de collègues exprimant leur solidarité avec la Palestine…

Quelques jours après que l’Égypte a bloqué une marche internationale de solidarité avec les Gazaouis, la même chose vient de se produire en Libye. Partie de Tunis le 9 juin pour rejoindre Gaza, la caravane « Soumoud » a été stoppée dans l’ouest du pays, à l’entrée de la ville de Syrte et 13 de ses participants arrêtés par les hommes du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôlent cette partie du territoire. Les organisateurs ont dit être victime d’un « siège systématique », empêchant tout accès à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et une perturbation des communications. Ces exemples sont révélateurs de l’attitude du nombre de régimes arabes qui affirment (mollement) soutenir les Palestiniens mais qui, dans la pratique, s’alignent sur Israël et l’impérialisme.

Macron a déclaré, sans rire, qu’il soutenait Israël contre l’Iran car si ce dernier pays se dotait de l’arme atomique cela constituerait une menace « existentielle » pour la région et, au delà, pour l’humanité. Une douce plaisanterie. Car, à peu près au même moment, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) publiait un rapport qui affirmait qu’en janvier 2025 12 241 ogives nucléaires existaient sur la planète dont 90 % aux mains des État-Unis et de la Russie. Sur ce nombre, 9 614 étaient stockées en vue d’une utilisation potentielle. Les autres ogives étaient aux mains de la Chine (600), de la France (290), du Royaume-Uni (260), de l’Inde (180), du Pakistan (170), d’Israël (90) et de la Corée du Nord (50). De quoi faire sauter la planète des dizaines de fois. Dans ce contexte, faire croire que le vrai problème est que les mollahs se dotent de l’arme nucléaire, c’est se moquer du monde.

Le Salon international de l’aéronautique et de l’espace s’est ouvert lundi au Bourget (Seine-Saint-Denis) et durera jusqu’à dimanche. Amnesty International avait dénoncé dans un communiqué « la présence de sociétés vendant des armes utilisées à Gaza » et « les livraisons de matériel militaire français à Israël ». Avec d’autres ONG elle avait demandé que ces firmes d’armement ne soient pas invitées. Demande rejetée par Macron et Lecornu, le ministre des Armées. Mais, fidèle à sa tactique du « en même temps », le locataire de l’Élysée a fait poser des grands panneaux noirs pour masquer en partie les stands d’Israel Aerospace Industries (IAI), Rafael, Uvision, Elbit et Aeronautics qui exposaient des armements similaires à ceux utilisés à Gaza. Comme l’a dit solennellement et hypocritement Bayrou : la situation à Gaza « moralement inacceptable » impose de marquer « réprobation » et « distance ». Pas au point cependant de cesser de livrer des armes à l’État sioniste, directement ou en laissant ces armes transiter par le territoire français. Ne pas confondre morale et business.

Nicolas Sarkozy s’est vu retirer sa Légion d’honneur après avoir été condamné à trois ans de prison dont un ferme pour des faits de corruption. Aussitôt, il a reçu le soutien non seulement de nombre de leaders de son parti, les Républicains, mais aussi ceux du président du Rassemblement national, Jordan Bardella, et du polémiste d’extrême droite Éric Zemmour. Ces gens-là, qui passent leur temps à hurler contre les « délinquants » lorsqu’ils viennent de milieux populaires, versent une larme lorsque l’un d’entre eux est condamné. Une belle bande d’hypocrites !

Les rapports se suivent et se ressemblent. On en a compté pas moins de sept au cours de ces dernières années qui tous pointent une aide sociale à l’enfance (ASE) à l’agonie. Cette dernière doit prendre en charge les enfants en danger en les accompagnant et en les plaçant dans des crèches, des familles d’accueil ou des hôtels. Le nombre de jeunes qu’elle suit est passée de 355 000 en 2018 à 400 000 en 2024 dont un quart est porteur d’un handicap. Mais les effectifs du personnel n’ont pas suivi. D’autant plus que l’État ne finance l’ASE qu’à hauteur de… 2 % de son budget, le reste étant à la charge des départements. Comme l’a souligné la Défenseure des droits, Claire Hédon, « les défaillances sont telles que désormais 77 % des juges renoncent à placer des enfants en danger, faute de place ». Une situation catastrophique qui risque de s’aggraver avec les nouvelles coupes budgétaires prévues dans les services sociaux.

Kevin Bossuet, professeur d’histoire en Seine-Saint-Denis mais surtout chroniqueur habitué des plateaux de CNews, au point qu’on se demande quand il trouve le temps d’enseigner, s’est une nouvelle fois répandu en éloge sur l’État israélien et sur Netanyahou dimanche 15 juin. Deux jours après les attaques lancées par Israël contre l’Iran, il a déclaré sur cette chaîne de télévision : « Je veux témoigner toute mon admiration pour ce peuple israélien […] qui ne joue pas seulement sa survie mais celle de l’Occident. Vous êtes du bon côté de l’histoire. » On se souvient qu’il y a quelques semaines, le rectorat de Dijon suspendait une enseignante du lycée de Sens qui avait fait une minute de silence pour Gaza à la demande de ses élèves. Elle a écopé finalement d’un blâme. Kevin Bossuet, lui, est loin d’en être à sa première sortie ultra réactionnaire, mais n’a jamais écopé d’un blâme ni de la moindre remontrance de la part de l’Éducation nationale.

Des centaines de personnes ont convergé cette semaine en Égypte pour participer à la Marche mondiale pour Gaza (Global March to Gaza), une initiative internationale visant à attirer l’attention sur la crise humanitaire qui sévit dans l’enclave palestinienne. Opération insupportable aux yeux du président Sissi qui réprime toute action en faveur des Palestiniens. Les autorités égyptiennes ont donc renvoyé chez eux plus de 200 militants de diverses nationalités, arrêtés à leur hôtel ou à l’aéroport. « Honte à vous, honte à vous, vous avez vendu Gaza pour des dollars » ont chanté des militants algériens expulsés sur le tarmac de l’aéroport du Caire. De son côté le ministre israélien de la Défense avait déclaré auparavant que la marche constituait une menace pour la sécurité d’Israël et de la région. Une parfaite synchronisation entre Le Caire et Jérusalem. Une de plus…