Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Dans une interview au Figaro, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, montre ses muscles en affirmant qu’en l’espace de 18 mois il va créer 3 000 places supplémentaires dans les prisons en construisant « des structures légères et moins coûteuses ». Il n’y a plus qu’à le croire. Mais s’il a vraiment trouvé la recette miracle pour construire rapidement, il ferait bien de la communiquer à Valérie Létard, sa collègue du Logement, qui a sur ses listes d’attente plus de 2,7 millions de familles en attente d’un logement social, chiffre qui ne cesse d’augmenter. Mais de cela les ministres ne se vantent pas dans Le Figaro.

« Il ne s’agit pas d’une politique d’austérité ! », c’est Éric Lombard, le ministre de l’Économie qui l’affirme, sans rire, en annonçant que l’an prochain il faudra réaliser entre 40 et 50 milliards d’euros d’économie pour maintenir le déficit public à 4,6 % du PIB sans augmenter les impôts. Alors où trouver l’argent ? Selon lui « on peut tout à fait réduire les dépenses publiques et maintenir la qualité des services ». Cause toujours ! Car tout ce que nous avons connu ces dernières années prouve exactement le contraire : on arrose les patrons et on rogne sur les budgets sociaux (mais pas sur ceux de l’armée et de la police) en rendant toujours plus difficile la vie des patients, des retraités, des assurés sociaux, des demandeurs d’emplois, des étudiants, des familles modestes, etc. Et c’est la même potion que Lombard nous prépare pour l’an prochain. À nous ne pas nous laisser faire…

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, s’est rendu au Maroc pour annoncer la création d’un groupe de travail franco-marocain chargé de vérifier la nationalité des migrants en situation irrégulière. Le but affiché : multiplier les reconduites à la frontière des immigrés considérés comme indésirables à condition que leur nationalité marocaine soit reconnue. On ne sait pas si, dans la pratique, cela va changer grand-chose, mais pour Retailleau, en compétition avec Wauquiez pour prendre la tête des Républicains, l’important est de renforcer son image dans l’électorat de droite de grand chasseur de migrants.

Dix-neuf plaignants – parmi lesquels des soignants et des veufs et veuves de soignants venus des quatre coins du pays – ont déposé plainte devant la Cour de justice de la République, compétente pour juger les ministres dans l’exercice de leurs fonctions. Cette plainte vise la ministre de la Santé, Catherine Vautrin, celle de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne et le ministre à l’Accès aux soins Yannick Neuder. Son but est de dénoncer les suicides du personnel dans les hôpitaux publics dans un contexte de dégradation continue des conditions de travail. Elle a été déposée pour « harcèlement moral, violences mortelles, homicide involontaire et mise en péril de la personne » et cherche à sensibiliser l’opinion et la classe politique face à une « épidémie de suicides à l’hôpital public ». On ne sait pas si cette plainte aboutira, mais elle a au moins le mérite d’exposer au grand jour un aspect tragique de la grande misère de l’hospitalisation publique.

À l’appel des grévistes de Thales en lutte depuis 14 semaines, 1500 personnes ont manifesté à Mérignac près de Bordeaux pour dénoncer des politiques salariales aussi semblables que ridicules. Des travailleurs d’Arianegroup, Safran, Dassault, Airbus, CGI et Akkodis étaient notamment de la partie. Il faut dire qu’entre les augmentations générales à 0,9 % proposées à Dassault et signées à Airbus, et celles à 1,5 pour les plus bas salaires parmi les ouvriers de Thales (1,35 % d’augmentations individuelles pour les cadres aux plus bas salaires), tout le secteur semble s’être entendu pour imposer des bas salaires. Logique alors d’y répondre collectivement. Notre unité est notre meilleure arme pour les faire céder !

François Ruffin, le député « Picardie debout », interviewé longuement sur France Inter le 9 avril dernier, s’est fait, en réponse aux annonces de Trump, le champion du protectionnisme à la française. Son refrain, défendre la « souveraineté » française sur l’industrie de défense et du reste. « Il nous faut, un plan des 100 produits… » avec taxes aux frontières et barrières douanières… « C’est, dit-il, une évidence, y compris chez les patrons. » Plutôt que d’attirer les capitaux américains, « on doit d’abord privilégier notre capital national […] comment redevenir une puissance ». Future campagne présidentielle ? « J’ai pour espoir d’être françologue ! » (sic). Et en réponse à la question d’une auditrice qui se demande pourquoi ses meetings se terminent en chantant La Marseillaise ? « Ça fait des années que je regrette qu’on abandonne des thèmes à l’extrême droite. […], les symboles issus de la grande révolution française, la Marseillaise, le drapeau tricolore », et de déplorer « qu’il y ait à chaque crise une perte de souveraineté. » On a compris. De « Picardie debout » à « Debout la France » de Dupont-Aignan, il n’y a qu’un pas.

Après avoir reculé, il y a quelques jours, en admettant que la vaccination était le meilleur remède pour endiguer l’épidémie de rougeole qui touche notamment le Texas, le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr. reprend sa campagne antivax. Lors d’un Conseil des ministres, en présence de Donald Trump, il a annoncé qu’il allait prochainement commander une étude pour établir les causes de ce qu’il appelle « l’épidémie d’autisme ». Et Trump de renchérir en affirmant que « c’était peut-être un vaccin » qui était responsable de cette situation. Des affirmations qui font hurler les scientifiques. Car s’il est vrai que le nombre d’enfants autistes est en augmentation outre-Atlantique, cela est dû avant tout aux progrès réalisés dans les diagnostics, le dépistage précoce et la sensibilisation du public, notamment une meilleure reconnaissance des signes de la part des parents, des enseignants et des médecins. Rien à voir avec une épidémie. Ce qui n’empêchera pas les trumpistes, les antivax et les complotistes de continuer à débiter leurs âneries.

Les 27 pays membres et le Parlement européen ont trouvé un accord pour protéger les enfants des produits nocifs contenus dans les jouets, notamment les polluants éternels (PFAS) et les perturbateurs endocriniens. Nul ne se plaindra bien sût d’une telle mesure qui n’entrera en vigueur qu’après son adoption par l’ensemble des États membres et le Parlement européen. Ce qui risque de prendre du temps. Les risques pour la santé résultent d’abord de l’accumulation dans l’organisme de ces particules, avec des conséquences sanitaires non négligeables, car l’exposition chronique, même à de faibles concentrations, à ces produits chimiques a été associée à des lésions hépatiques, un taux de cholestérol élevé, une diminution des réponses immunitaires, un faible poids à la naissance et plusieurs types de cancer. Mais ces maux ne concernent pas que les enfants. Les adultes sont tout aussi concernés. Cependant l’interdiction totale de ces polluants rencontre l’opposition farouche des industriels et de certains États. Comme d’habitude, le compromis trouvé à Bruxelles est une cote mal taillée qui ne résout pas la question.

Se joignant au ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, Jordan Bardella, président du Rassemblement national et Laurent Wauquiez, chef de file des députés Les Républicains, ont protesté contre la possibilité, évoquée par Emmanuel Macron, de reconnaître l’État de Palestine en juin à l’occasion d’une conférence que la France coprésidera avec l’Arabie saoudite aux Nations unies à New York. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. D’abord parce qu’à l’heure actuelle l’État palestinien est reconnu par 148 pays au monde – dont en Europe, l’Irlande, la Norvège, l’Espagne l’Irlande, la Slovénie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et l’Albanie – sans que cela ne change quoi que ce soit sur le terrain. Et pour cause. Cette reconnaissance ne s’accompagne en général d’aucune pression – diplomatique, économique ou militaire – sur l’État sioniste dont le principal partenaire commercial reste… l’Union européenne. Dernier exemple en date de cette mansuétude : dimanche 13 avril accoste à Fos-sur-Mer, près de Marseille, un navire, le Nexoe Maersk, qui transporte une cargaison de pièces détachées d’avions de chasse F35 destinée à l’armée israélienne. Et Paris laisse faire. C’est là le double langage de Macron et de nombre d’autres chefs d’États.