Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Donald Trump a affirmé sur sa plateforme Truth Social : « je vais aller acheter une Tesla toute neuve demain matin », et d’inciter ses partisans à faire de même dans l’espoir de freiner la chute de l’action du constructeur de voitures électriques qui a perdu près de la moitié de sa valeur depuis décembre. Car les pitreries de son propriétaire, Elon Musk, ses menaces tous azimuts, ses saluts nazis, son appui à l’extrême droite européenne et les coupes sombres qu’il a mises en œuvre dans les services sociaux – conduisant à des dizaines de milliers de licenciements et de démissions de fonctionnaires – ont fini par indisposer nombre de ses acheteurs potentiels. Et ceux qui sont déjà propriétaires d’un véhicule de cette marque craignent de le voir vandalisé, voire brulé, ce qui a été le cas à New York, à Seattle… et à Toulouse. Au point que certains mettent désormais un auto-collant sur leur voiture qui affirme : « Je l’ai achetée avant qu’on sache qu’Elon était dingue. » Le rôle d’épouvantail qu’a choisi d’incarner Musk fonctionne donc bien, mais pas forcément comme il l’avait prévu.

La cour administrative d’appel de Paris s’est prononcée sur les demandes d’indemnisation de 1 286 plaignants, et trois associations, pour leur exposition au chlordécone. Ce pesticide, massivement utilisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies pour combattre le charançon – un insecte ravageur – avait été interdit dès 1976 aux États-Unis et en 1990 en France métropolitaine du fait de sa dangerosité. Finalement, des milliers d’hectares de terre agricoles ont été empoisonnées, mais également l’eau potable et les zones côtières. Plus de 90 % de la population de Martinique et de Guadeloupe a été contaminée. Outre les risques de cancer de la prostate, l’exposition à ce pesticide, un perturbateur endocrinien, entraîne des troubles neurologiques et des naissances prématurées. La cour administrative a reconnu la responsabilité de l’État dans ce scandale, ordonnant une indemnisation pour les personnes « ayant pu prouver un préjudice moral d’anxiété et une exposition effective à la pollution des sols, des eaux ou de la chaîne alimentaire ». Seule une dizaine de victimes sont dans ce cas. Pour les autres… rien. Les premières plaintes ont été déposées en 2006 pour empoisonnement, mise en danger de la vie d’autrui et administration de substance nuisible. Près de vingt ans plus tard, ni les fabricants de ce poison, ni les planteurs de bananes qui l’ont utilisé, ni les autorités qui ont fermé les yeux n’ont été vraiment inquiétés. Et le scandale continue.

Le trust pharmaceutique Sanofi continue de se dégager du marché des médicaments « grand public », pas assez rentable à ses yeux. Il y a quelques mois il cédait sa filiale qui fabriquait le Doliprane et aujourd’hui il vend son site de fabrication d’Amily, dans le Loiret, qui produit l’Aspégic (contre la douleur et la fièvre) et le Kardégic (prévention des maladies cardiovasculaires) à l’entreprise Astrea Pharma. Quant aux deux marques, qui représentent la moitié de l’activité du site, elles ont été rachetées par Substipharm, un laboratoire parisien. Sanofi a promis qu’il n’y aurait aucun licenciement parmi les 276 salariés. Mais quid des salaires et des conditions de travail ? Après avoir pris connaissance des documents de vente, les organisations syndicales CGT et SUD ont lancé un mouvement de grève illimitée au sein de l’usine. Selon la CGT, le changement de propriétaire pourrait se traduire par des pertes de salaire de plusieurs milliers d’euros par an pour les salariés.

Environ un millier d’enseignants et de directeurs d’écoles primaires ont manifesté dans la capitale, entre la Sorbonne et le ministère de l’Éducation nationale, pour protester contre la révision de la nouvelle carte scolaire 2025 qui prévoit la fermeture de 180 classes et la suppression de 110 postes de professeurs. Une situation alarmante qui aggrave encore les conditions de travail du personnel et se traduit par des conditions d’enseignement dégradées. La ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, a demandé « une concertation » dont les résultats sont attendus fin avril. Une « concertation » ou l’art de brasser du vent.

Comme beaucoup d’autres établissements, l’hôpital de Saint-Malo souffre d’une grave pénurie de personnel et de lits. La pédiatrie fait partie des services touchés par cette situation. Dans le but de d’améliorer ce service, des musiciens ont organisé, après avoir pris contact avec le syndicat SUD, un concert dont les recettes seront versées à la direction de l’hôpital. Des affiches ont été placardées dans l’hôpital avec l’accord de la direction pour appeler les soignants à y participer. L’initiative est sans doute généreuse, mais, après la fermeture de la maternité de Dinan qui affecte inévitablement la pédiatrie, il est tout de même assez scandaleux que de tels palliatifs soient nécessaires pour limiter les dégâts. La santé est un droit. C’est à l’État de la financer.

… d’après le bulletin hôpital de Saint-Malo

En 2015, le CHR Bel-Air de Thionville vend au bailleur social Moselis trois de ses parcelles, d’une surface totale de 1,56 hectare, pour 450 000 euros. Elles devaient initialement permettre la construction d’un lotissement destiné à compenser la destruction de HLM dans un quartier de la ville. Toutefois, rien n’en a été fait ! Pour se constituer des fonds, Moselis a revendu tel quel le terrain à la société SAS Sainte-Anne pour 1,7 million d’euros, soit une plus-value de 1,3 million. L’acquéreur est par ailleurs gérant de multiples agences immobilières dans le département. À l’heure où les hôpitaux et les logements sociaux sont en difficulté, ils se retrouvent entre les mains avides de la spéculation foncière, avec l’aval complaisant des autorités municipales !

… d’après le bulletin secteur social (Metz)

Les SAE ont pour mission d’assurer un minimum vital aux enfants en situation de précarité. Mais les travailleurs sociaux ont été informés en février que cette aide ne serait plus versée que deux fois maximum dans l’année. Par ailleurs, les familles étrangères doivent justifier avec des documents récents de leurs démarches de régularisation… Ce qui est souvent impossible avec les délais de traitement de leurs demandes en préfecture, sans parler des recours juridiques. Patrick Weiten, le président du conseil départemental a refusé de répondre au syndicat CGT sur les critères d’attribution et le montant du SAE. Circulez, il n’y a rien à voir…

… d’après le bulletin secteur social (Metz)

Le 24 février, la mairie de Metz a distribué aux femmes un porte-clés équipé d’une alarme de 140 décibels pour faire fuir un agresseur en cas d’attaque. Un dispositif qui peut rassurer mais qui reste largement insuffisant face à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles. Si 9 % des agressions ont lieu dans l’espace public, la grande majorité se déroule dans la sphère privée et sont souvent perpétrées par des proches. Il faudra bien plus qu’un porte-clés et un numéro vert pour enrayer ces violences qui sont le fruit du système capitaliste et patriarcal.

… d’après le bulletin secteur social (Metz)

Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, les agressions sexuelles enregistrées par les forces de l’ordre ont augmenté de 86 % en près de dix ans dans les transports en commun. Les femmes restent les principales cibles de ces agressions (91 %) et la quasi-totalité des mis en cause (99 %) sont des hommes. S’appuyant sur une étude réalisée pour la RATP, l’Observatoire souligne que « seulement 7 % » des victimes franchissent la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie pour porter plainte. L’immense majorité des auteurs d’agression s’en tire donc sans être inquiétée. Seul point positif : en l’espace de dix ans la réaction des témoins a évolué avec une plus grande intervention. 23 % des victimes déclarent ainsi avoir été aidées par une tierce personne, contre 10 % en 2016. Une lente prise de conscience que la lutte contre ces comportements d’agression sexiste n’est pas seulement l’affaire des femmes mais celle de tous.