Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

En visite dans le pays, le roi Charles a été interpellé à Canberra par Lidia Thorpe, une sénatrice australienne aborigène connue pour ses positions anticolonialistes. Après avoir déclaré : « Vous n’êtes pas notre roi », elle a poursuivi : « Vous avez commis un génocide contre notre peuple, rendez-nous nos terres, rendez-nous ce que vous nous avez volé ! Nos os, nos crânes, nos bébés, notre peuple ! Vous avez détruit nos terres ! » Rappelons que l’Australie a été une colonie britannique pendant plus d’un siècle, au cours duquel des milliers d’Australiens aborigènes ont été tués, des communautés entières déplacées, des terres confisquées, des enfants enlevés à leur famille pour être élevés par « des Blancs », les langues et la culture autochtone effacées… La sénatrice Lidia Thorpe est connue pour ses coups d’éclat politiques et son opposition farouche à la monarchie. Lorsqu’elle a prêté serment en 2022, elle avait levé le poing droit en jurant, à contrecœur, de servir « la colonisatrice Sa Majesté la reine Elizabeth II ». Ce qui à l’époque avait fait scandale. Une façon de rappeler la responsabilité de la dynastie des Windsor dans ce génocide.

Après l’adoption par la COP15 en 2022 d’une ambitieuse feuille de route pour sauvegarder la nature, la 16e conférence des parties des Nations unies sur la biodiversité (COP16) s’est ouverte à Cali. Objectif : rendre concret les engagements pris en 2022. Les pays s’étaient alors engagés à présenter une « stratégie nationale biodiversité » reflétant leur part des efforts afin de tenir les 23 objectifs mondiaux fixés : protéger 30 % des terres et mers, restaurer 30 % des écosystèmes dégradés, réduire de moitié les pesticides et le taux d’introduction d’espèces exotiques envahissantes, ou mobiliser 200 milliards de dollars par an pour la nature. Pratiquement aucune mesure concrète d’envergure n’a été adoptée pour atteindre ces objectifs. Et ça ne risque pas de changer…

Une enquête de l’ONG Amnesty International dénonce les conditions de travail dans les magasins et entrepôts du groupe Carrefour en Arabie saoudite, gérés par un de ses franchisés, MajidAl Futtam, basé à Dubai. Le rapport évoque plus de 60 heures de travail hebdomadaire, des heures supplémentaires non payées, ou encore des suspicions de « travail forcé » lors d’un jour de congé. Au total, 17 travailleurs, originaires du Népal, d’Inde et du Pakistan et employés par des sous-traitants, pour travailler dans des sites à Ryad, Jeddah et Dammam, gérés par Majid Al Futtaim, ont été interrogés par Amnesty International. L’un d’entre eux a ainsi qualifié son logement d’« étable », décrivant une seule et même pièce dans laquelle six personnes devaient faire la cuisine, manger, dormir et aller aux toilettes. Cerise sur le gâteau, pour se faire embaucher, nombre d’entre eux ont dû débourser des « frais de recrutement », d’un montant moyen de 1 200 dollars (1103 euros). Interrogé la direction du groupe Carrefour a indiqué qu’un expert indépendant avait été « missionné » pour enquêter sur « l’ensemble des exigences relatives aux droits de l’homme ». Il n’y a plus qu’à attendre… Carrefour est parfaitement au courant de ces pratiques puisqu’en février dernier l’entreprise avait annoncé avoir remboursé 1,9 million de dollars (1,75 million d’euros) à plus de 700 travailleurs contractuels en Arabie saoudite, soumis à des frais de recrutement illégaux et à d’autres abus. Abus qui continuent.

Annoncé par Emmanuel Macron en grande pompe en 2021, le plan « Marseille en grand » était destiné à rattraper les retards de la deuxième ville de l’Hexagone dont certains quartiers sont les plus pauvres d’Europe. Il se voulait « exceptionnel » par son montant et son contenu et se donnait pour but notamment de rénover les écoles insalubres, de développer les transports en commun sur un territoire qui n’a que deux lignes de métro pour plus de 870 000 habitants, de réduire la fracture géographique et sociale entre les quartiers nord et sud, de renforcer la sécurité, etc. Mais la Cour des comptes vient de constater que, fin 2023, seulement 1,31 % du montant total annoncé – plus de 5 milliards d’euros – avait été décaissé par l’État. Elle ajoute que « conçu de manière précipitée » et « sans concertation préalable avec les acteurs locaux », le plan présente « un défaut de cohérence d’ensemble ». En outre, il souffre « d’un défaut majeur de formalisation » puisqu’il « ne s’appuie sur aucun autre document que la transcription du discours du président de la République ». Bref derrière l’effet d’annonce, il n’y a pas grand-chose de concret. Chez Macron ça devient une habitude.

Des militants de l’association de victimes de violences sexuelles Mouv’Enfants ont collé un dessin de la résistante Lucie Aubrac sur celle de l’abbé Pierre, figurant sur la Fresque des Lyonnais, un trompe-l’œil peint sur un immeuble, représentant des Lyonnais célèbres, historiques et contemporains. Le fondateur d’Emmaüs y figurait car né dans la commune en 1912. « Que l’abbé Pierre retourne là où il est et qu’on ne rende plus hommage à un agresseur », a déclaré sur place Arnaud Gallais, cofondateur de cette association. Des pancartes, où l’on pouvait lire « Stop au déni » ou encore « Soutien aux victimes de l’abbé Pierre », ont également été brandies. « Alors que partout en France, des communes de tout bord politique retirent des plaques, noms de rue ou d’école ou des fresques, à Lyon rien ne bouge sur la Fresque des Lyonnais. Nous en avons assez des grands discours et des atermoiements », écrit l’association dans un communiqué. Le choix s’est porté sur Lucie Aubrac, figure féminine lyonnaise et « personne charismatique », selon Arnaud Gallais, car la fresque « ne respecte pas la parité » : sur les 30 personnalités présentes, seules quatre sont des femmes. Encore un effort…

Lors des manifestations des 12 et 13 octobre contre la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse, la préfecture n’a rien trouvé de mieux que d’envoyer un hélicoptère la nuit harceler avec des sirènes les manifestants qui dormaient sur un terrain privé. Alors que la ligne de TGV qui existe déjà pourrait être améliorée, que les Landes ont été largement ravagées par des incendies et que la population s’oppose à ce projet dénoncé par les enquêtes environnementales, le gouvernement préfère passer en force et réprimer ceux qui se trouvent sur son passage.

69 licenciements sont envisagés dans le studio parisien Don’t Nod, soit 29 % des effectifs. La direction souhaite supprimer trois des cinq lignes de production en invoquant de mauvais résultats financiers. Chez Ubisoft, plus gros éditeur français de jeux vidéo, les syndicats STJV, Solidaires et CGT ont appelé à trois jours de grève contre ce qu’ils qualifient de plan social déguisé : la multinationale, qui enchaîne dernièrement les échecs financiers, veut imposer trois jours de travail en présentiel, sachant que de nombreux employés embauchés en 100 % télétravail vivent loin des studios et pourraient être forcés de quitter l’entreprise s’ils ne souhaitent pas déménager. La grève, la deuxième cette année, a rassemblé plus d’un millier de personnes ce qui en fait le plus gros mouvement social de l’histoire du secteur en France. Une journée de grève a été organisée à Ubisoft Milan en solidarité. De quoi affirmer à la direction qu’elle ne peut pas jouer avec la vie des travailleurs pour maintenir ses profits.

Mardi dernier, l’ONG Human Rights Watch a publié un rapport décrivant l’enfer des prisons rwandaises : des pratiques de tortures allant jusqu’à la mort de prisonniers, des centres de détention clandestins et des disparitions d’opposants politiques, voilà ce que l’ONG a régulièrement constaté. Il y a quelques mois, le Parlement britannique qualifiait le Rwanda de pays « sûr » pour le respect des droits humains, et envisageait d’y sous-traiter le droit d’asile en y envoyant ses migrants – un projet annulé suite à sa contestation, dans la rue et les tribunaux. Les mêmes qui organisent la mort des migrants dans la Manche, menacent de les déporter vers ce qui ressemble à un autre enfer.

La direction de l’usine nantaise veut supprimer 225 postes au prétexte de la baisse des ventes de pompes à chaleur. Pourtant, le groupe Vaillant auquel elle appartient accumule les chiffres d’affaires exceptionnels et l’usine elle-même vient de repasser en 3 × 8. 99 % des salariés se sont donc mis en grève le 10 octobre. Mais il faudra plus qu’une journée, et une coordination avec d’autres entreprises, pour refuser ensemble que les patrons détruisent nos vies pour leurs profits.