Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Selon l’évaluation annuelle de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 243 623 femmes ont eu recours l’an dernier à une interruption volontaire de grossesse, soit 8 600 de plus qu’en 2022 (+ 3,7 %). Cette hausse, déjà observée un an auparavant, est due en partie à un effet du rattrapage de la baisse constatée durant le Covid en 2020 et 2021. Mais pas seulement. La présidente du Planning familial, Sarah Durocher, voit d’autres causes à cette augmentation, notamment le fait qu’il y ait « très peu d’informations autour de la contraception » et que « cela fait dix ans qu’il n’y a pas eu de campagne nationale ». Elle pointe aussi le « manque d’accès à la santé », avec des délais parfois très longs pour voir un gynécologue ou une sage-femme sur certains territoires en situation de désert médical. Elle regrette enfin un manque d’éducation à la sexualité chez les jeunes.

Une vidéo réalisée par France Bleu Gironde le 24 septembre dans le centre-ville de Bordeaux, montre des centaines d’étudiants et d’étudiantes faisant la queue autour d’un pâté d’immeuble pour bénéficier d’aliments gratuits. Une fois à l’intérieur du Centre info jeunes pour cette distribution, assurée par l’association Linkee et sa vingtaine de bénévoles, les étudiants se voient proposer fruits, légumes, laitages, céréales et produits d’hygiène. Ces images ont créé un choc chez nombre de personnes qui ont ainsi découvert la misère étudiante. « C’est une très forte reprise depuis la rentrée étudiante, là on est sur une distribution pour 500 étudiants donc c’est impressionnant. On fait tout pour que ce soit le moins stigmatisant possible, et pour que l’attente soit la moins désagréable », a expliqué Lucas Vivet, vice-président de Linkee dans la ville girondine, et ajoutant que depuis deux ans, le nombre de bénéficiaires a doublé.

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale, Anne Genetet, présente un CV pour le moins surprenant. Sans la moindre compétence dans le domaine de l’enseignement, elle a vécu à Singapour, où elle a créé et géré une agence de formation… de domestiques, pour la plupart des Philippines poussées par la misère à émigrer. Elle donnait aussi toutes sortes de conseils aux employeurs sur la façon de gérer leur petit personnel. Barnier espère-t-il que Genetet développera dans les établissements d’enseignement public une formation incitant les élèves à se plier aux exigences de leurs futurs patrons et à se tenir en permanence à leur disposition pour un salaire misérable tout en gardant le sourire ? Quand on connait les conditions subies par les domestiques de Singapour, souvent proches de l’esclavage, il y a de quoi se poser des questions…

Même s’ils sont devenus monnaie courante, les exercices de sécurité où il faut se calfeutrer sous un bureau dans l’attente d’un attaquant imaginaire sont toujours aussi surprenants. Mais le plus étonnant dans tout ça, c’est que nos collègues de l’accueil, a priori premiers concernés par une intrusion malveillante, ne sont pas associés à ces exercices. Pour la CAF, le « sacrifice » des agents d’accueil, c’est toute l’année, y compris lorsque d’éventuels assaillants débarqueraient.

… d’après le bulletin Caisse d’allocations familiales, Nantes

Depuis quelques semaines sont apparues dans les couloirs de la CAF des affiches prônant la bienveillance à coup de jeux de mots douteux et d’incitation à la bonne humeur. C’est vrai que l’ambiance est morose entre nos murs, mais il serait bon de rappeler que la dépression n’est pas un choix et que revendiquer de meilleures conditions de travail n’est pas faire un caprice comme peut laisser à penser cette campagne d’affichage. À l’heure où le rapport du cabinet d’expertise tire un bilan alarmiste sur les risques psychosociaux que nous subissons, il est peut-être temps de revoir les méthodes de management et leur logique du chiffre qui sévissent à la CAF de Nantes. Mais plutôt que d’écouter et soutenir ceux qui disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas, la direction préfère les pointer du doigt.

… d’après le bulletin Caisse d’allocations familiales, Nantes

Suez, Veolia, Total, LVMH, etc., toutes les multinationales sont bien connues pour leur gestion de l’intérêt général et leur mansuétude… elles ont toutes des fondations caritatives afin de se donner une bonne image et surtout de payer moins d’impôts ! Régulièrement, la com’ Suez nous invite à être solidaires au travers de leur dispositif. Solidaires, nous le sommes déjà, entre nous. Et l’intérêt général fait partie de nous, contrairement aux actionnaires qui, eux, ne voient que leurs profits. Faisons participer les actionnaires et il n’y aura plus besoin d’associations pour aider les plus précaires !

… d’après le bulletin Suez IdF

Sur P1, cet été, il nous a été notifié que le distributeur de friandises ne serait plus approvisionné jusqu’à nouvel ordre, car il aurait été « secoué ». Une réponse bête et méchante, digne d’instituteurs de la Troisième République réprimant leurs élèves. Mais pas très étonnante de la part d’une hiérarchie qui ne cesse de nous infantiliser. D’ailleurs, où est la vraie « violence » ? Une machine secouée pour faire tomber la friandise achetée ou des salariés ébranlés psychologiquement par des supérieurs essayant de les mettre au pas ? En tout cas, prenons exemple sur cette décision hiérarchique : la prochaine fois qu’un collègue sera « secoué », arrêtons « d’approvisionner les machines jusqu’à nouvel ordre » !

… d’après le bulletin BioMérieux

L’ancien ministre de la Santé de Macron vient de créer une société de conseil baptisée Innov. Celle-ci aura pour objet des missions de lobbying au service d’entreprises privées et publiques. Il est permis de penser que sa position de ministre a permis à Véran de se constituer un copieux carnet d’adresses qu’il entend bien rentabiliser. Le lobbying rapporte davantage et est moins fatigant que de traiter des patients, même si cette activité est tout à fait inutile, voire nuisible à la société.

Un millier de salariés de l’usine Samsung de Sriperumbudur, dans l’État indien du Tamil Nadu, se sont mis en grève. Ils campent devant l’usine. Ces travailleurs, qui gagnent l’équivalent de 240 euros par mois, revendiquent des augmentations de salaire et la reconnaissance du syndicat qu’ils viennent de créer pour être en mesure de mener des négociations collectives. Ce syndicat a choisi de se rattacher à une centrale syndicale nationale, la Citu. Or les patrons de Samsung ne veulent accepter qu’un syndicat maison qu’ils pourraient manipuler plus facilement. Ils ont multiplié les menaces et sanctions contre les grévistes. Une centaine d’entre eux ont même été arrêtés puis relâchés. Pourtant les travailleurs tiennent bon. Leur mouvement inquiète d’autant plus le patronat et le pouvoir que l’implantation d’un complexe de 18 000 salariés vient d’être inauguré par la multinationale Foxconn dans la même région. Une victoire chez Samsung pourrait les encourager à entrer en lutte à leur tour.