Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est François Xavier Bonnaillie, le directeur du développement commercial et des partenariats au Comité d’organisation des Jeux olympiques qui l’affirme : « C’est simple, sans les sponsors nous n’étions pas en mesure de livrer ces Jeux. » Et pour cause. Des grands groupes commerciaux et industriels ont mis la main au porte-monnaie pour être partout présents dans les stades, les piscines, sur les pistes, voire le parcours de la flamme olympique, etc. On a compté 84 sponsors dont 14 partenaires mondiaux (Toyota, Coca-Cola…), sept partenaires premium (Orange, EdF, Carrefour, LVMH…), 50 supporters officiels et 13 partenaires officiels. La différence entre les uns et les autres ? Le ticket d’entrée qui commence à quelques millions d’euros pour les partenaires officiels et dépasse la centaine de millions pour les premium et les mondiaux. En tout cela a rapporté 1,2 milliard d’euros, soit 40 % de plus qu’à Londres il y a quatre ans. Et cette somme a représenté plus du tiers du budget du comité d’organisation. Médaille d’or de la « visibilité » : le groupe de luxe LVMH de Bernard Arnault qui a dépensé 200 millions d’euros mais qui a vu ses marques (Berluti, Chaumet, Dior, Louis Vuitton, Moët Hennessy et Sephora…) apparaître chaque jour sur les télés du monde entier. On a ainsi eu droit à une séquence dans les ateliers Vuitton le soir de la cérémonie d’ouverture, à la malle Vuitton dans laquelle voyageait la flamme olympique, aux tenues Dior qui habillaient Céline Dion, Lady Gaga ou Aya Nakamura, etc. Mais où est donc le sport dans tout cela ?

Le pays vient de célébrer par des cérémonies officielles et des manifestations pacifistes l’anniversaire de l’anéantissement par le feu atomique des villes d’Hiroshima et de Nagasaki. La première bombe, lancée le 6 août 1945 sur Hiroshima, fit entre 90 000 et 140 000 victimes civiles et la seconde tua le 9 août, à Nagasaki, entre 60 000 et 80 000 personnes. À ce moment-là, les armées japonaises battaient en retraite sur tous les fronts et étaient proches de la défaite. Mais le président américain, Harry S. Truman, voulait absolument faire une démonstration de force pour montrer la supériorité de l’impérialisme américain, pas tellement à l’égard du Japon mais surtout de ses alliés, et plus particulièrement de l’Union soviétique. Et cela valait bien de sacrifier quelques centaines de milliers de vies. D’ailleurs Truman, nullement gêné, déclara par la suite que la décision de lancer ces bombes ne fut pas difficile à prendre et qu’elle ne lui avait pas coûté une nuit de sommeil. L’arrogance du capitalisme américain dans toute sa splendeur.

Alors que se développe depuis janvier dans les centres de détention du pays un mouvement sans précédent pour l’abolition de la peine de mort, la figure la plus emblématique de l’opposition, Narges Mohammadi, a été violemment frappée par les gardiens, au point de faire une crise cardiaque. Sa famille craint pour sa vie. Selon les proches et soutiens de l’opposante, réunis dans le collectif « Libérez Narges », celle-ci a besoin d’être hospitalisée de toute urgence et de recevoir « un traitement médical approprié », d’autant plus nécessaire qu’elle a subi récemment une opération du cœur et souffre de problèmes pulmonaires. Dans le même temps, l’ONG basée en Norvège, Iran Human Rights (IHR), annonçait que 29 personnes, ont été pendues le 7 août, dont 26 lors d’une exécution collective. L’association a également dénoncé, avec Amnesty International, l’exécution la veille, de Gholamreza Rasaei, membre de la minorité kurde qui aurait participé au mouvement de protestation « Femme, vie, liberté » déclenché par la mort de Mahsa Amini l’an dernier. Malgré la récente élection d’un président « réformiste » la répression continue. La résistance aussi.

Dans la Péninsule, comme dans de nombreux autres pays, les accès libres à certaines plages sont de fait interdits au public qui ne peut y accéder qu’en payant une redevance à des concessionnaires privés. Ces établissements, souvent gérés en famille, offrent des services tels que parasols, chaises longues et douches, ainsi que bars et restaurants. Dans certaines régions, comme à Rimini sur la côte adriatique, ils occupent 90 % des plages. Les concessions se transmettent souvent dans la plus grande opacité de génération en génération. La Commission européenne vient donc de taper du poing sur la table pour demander, non pas l’accès libre et gratuit au domaine public pour tout le monde (il ne faut pas rêver), mais… plus de transparence et de concurrence dans l’octroi des concessions. De leur côté, des associations défendant l’accès libre au littoral reprochent à l’État de permettre à des intérêts privés de tirer profit d’un bien commun, tout en payant une redevance dérisoire en échange. Selon certaines estimations, l’État perçoit 115 millions d’euros par an pour ces concessions dont le chiffre d’affaires s’élève à 15 milliards d’euros. À Livourne, en Toscane, Claudia Gazineo milite au sein de Mare Libero (Mer libre). Elle dénonce les barrières et les tourniquets illégaux installés par les gérants d’établissements balnéaires dans la zone pour faire payer l’accès à la Méditerranée. « C’est absurde, car la mer est pour tout le monde », conclut-elle. Une logique de bon sens… qui n’est pas celle du capitalisme.

Emmanuel Macron a confirmé qu’un défilé des athlètes olympiques et paralympiques sera organisé le samedi 14 septembre à Paris, sur l’avenue des Champs-Élysées. Une parade, parait-il sans précédent, qui se tiendra avec l’accord du comité d’organisation de Paris 2024, la Ville de Paris, le Comité national olympique et le Comité paralympique. Les athlètes méritants recevront à cette occasion des breloques comme la Légion d’honneur ou l’ordre national du Mérite. Si officiellement, selon l’Élysée, « cette parade olympique de l’équipe de France unie permettra à tous les Français d’Île-de-France et de province de venir profiter d’un moment exceptionnel de communion avec nos sportifs », elle permettra surtout à Macron de se mettre à nouveau en avant dans l’espoir de faire un peu oublier le bourbier électoral dans lequel il patauge depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce qu’on appelle tirer sur la corde… en espérant qu’elle ne casse pas.

Lucie Castets, la candidate du Nouveau Front populaire au poste de Première ministre, est victime de violentes attaques sur les réseaux sociaux. En cause, non son programme, mais d’avoir révélé dans Paris Match être mariée à une femme et avoir une petite fille. Elle s’est alors exposée à une violente vague d’homophobie sur les réseaux sociaux, certains comptes à plusieurs milliers d’abonnés n’hésitant pas à ironiser ou à la tourner en ridicule. S’est jointe à ce chœur hypocrite la députée européenne Horizons Nathalie Loiseau, ancienne tête de liste macroniste aux élections de 2019. Elle a expliqué dans un tweet : « Pour moi, la politique passe par la discrétion sur soi-même… » « La discrétion sur soi-même » n’a pas empêché Loiseau de paraitre dans maints reportages en compagnie de son mari et de son fils. Mais pour elle cette « discrétion » ne doit sans doute s’appliquer qu’aux familles lesbiennes.

Lorsqu’elle a succédé à Joe Biden comme candidate à l’investiture démocrate pour la prochaine élection présidentielle de décembre, Kamala Harris avait promis qu’elle ne resterait pas silencieuse sur le sort de la population de Gaza. Or jusqu’à présent elle n’a rien dit. Pourtant, elle en a eu l’occasion lors du grand meeting qu’elle a tenu à Philadelphie avec son colistier, Tim Waltz. Elle a été interpellée de la salle par un groupe de militants pro-palestiniens qui lui demandaient d’aborder cette question. Elle a botté en touche… et fait évacuer « les perturbateurs » vers la sortie par le service d’ordre. Ça commence fort…

Le site CAPJPO-Europalestine (Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient) a consacré un long article à trois objecteurs de conscience (refuzniks) de 18 ans qui se sont présentés cette semaine au centre de recrutement de l’armée israélienne de Tel Hashomer, près de Tel Aviv, et ont déclaré leur refus de s’enrôler dans le service militaire obligatoire en signe de protestation contre l’occupation et la guerre actuelle de Gaza. Yuval Moav, Oryan Mueller et Itamar Greenberg ont chacun été jugés et condamnés à une première peine de 30 jours de prison militaire, qui est susceptible d’être renouvelée et prolongée. Avant d’être jugés ils ont chacun publié une déclaration expliquant leur acte. Greenberg a déclaré : « Une société juste ne peut pas être construite sur des canons de fusil ». Moav, s’adressant aux Palestiniens a affirmé : « Par mon simple acte, je veux être solidaire de vous. Je reconnais également que je ne représente pas l’opinion majoritaire dans ma société. Mais par mon action, j’espère faire entendre la voix de ceux d’entre nous qui attendent le jour où nous pourrons construire un avenir commun [et] une société fondée sur la paix et l’égalité, et non sur l’occupation et l’apartheid. » Quant à Mueller il a expliqué : « La guerre à Gaza est la manière la plus extrême dont l’État d’Israël profite du désir de vengeance pour faire avancer l’oppression et la mort en Israël-Palestine… La lutte contre la guerre ne suffit pas. Nous devons combattre les mécanismes structurels qui la rendent possible. » Plusieurs dizaines de personnes étaient venues les soutenir lors d’une manifestation devant le centre de recrutement, au moment où Moav recevait sa sentence. Un geste symbolique mais courageux dans un pays ravagé par la haine xénophobe et guerrière.

La tension monte entre l’agence américaine anti-dopage (Usada) et l’instance mondiale chargée de lutter contre ce fléau dans le sport (Ama). Le mois dernier, Travis Tygart, le patron de l’antidopage américain, a ainsi remis sur le tapis, la gestion étonnante avant les JO de Tokyo de 23 nageurs chinois, contrôlés positifs à la trimétazidine, mais non sanctionnés pour dopage. Il s’est aussi étonné que l’AMA ait reçu à la même époque 2 millions de dollars de fonds excédentaires du gouvernement chinois. Face à ces multiples accusations, l’instance mondiale n’a pas tardé à répliquer dans un communiqué : « L’Usada a enfreint le Code mondial en permettant à plusieurs athlètes qu’elle avait pris en flagrant délit de violation des règles antidopage entre 2011 et 2014 de rester sous couverture et de continuer à concourir sans être poursuivis en échange d’informations sur d’autres contrevenants. » De son côté, se sentant visée, l’agence chinoise antidopage (Chinada) a accusé l’équipe nord-américaine d’athlétisme de dopage en estimant avoir « des raisons de penser qu’il y a un problème de dopage systémique » aux États-Unis. Comme dirait l’autre : « Dopage partout, transparence nulle part » !