Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Après une alerte lancée par le syndicat CGT et une enquête ouverte par le parquet du Havre, le groupe Renault va se retrouver en correctionnelle pour un « recours abusif à l’intérim » à l’usine de Sandouville. Entre 2014 et 2018 ; la direction a embauché des centaines d’intérimaires pour produire le Trafic. Parfois ils étaient plus nombreux que les CDI. Une manière de pressurer les précaires, et tous les salariés. La justice reproche à Renault 700 emplois abusifs d’intérimaires. Mais il n’y a aucune chance qu’elle condamne ce système où les patrons jettent les salariés quand ils n’en ont plus besoin.

Le gouvernement se vante de faire du « leasing social » avec des petites voitures électriques accessibles à tout le monde et moins polluantes que les SUV électriques, mais dans le même temps Renault va arrêter la production de la Zoe à Flins à la fin du mois. Pour la remplacer par du reconditionnement de véhicules d’occasion. Quant aux 2000 salariés, on voit mal ce qu’ils vont faire dans cette usine si elle ne produit plus de véhicules… La direction se félicite de son projet d’économie « circulaire », mais pour ceux qui restent sur le carreau, à Flins comme ailleurs, on tourne en rond.

En 70 jours de gouvernement Milei, 60 meurtres ont été commis par l’État, majoritairement dans les quartiers populaires et les commissariats. Ces crimes sont le résultat du renforcement des protocoles répressifs et des projets de réforme législative promus par la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich. Le gouvernement entend davantage criminaliser enfants et adolescents, mieux réprimer la protestation sociale en augmentant les peines, militariser les quartiers populaires, persécuter les militants et amplifier les campagnes de désinformation délibérées. Il n’est pas dit que cette brutalité et ces assassinats n’aboutissent au contraire du résultat recherché : une révolte généralisée des opprimés.

Sur l’usine Stellantis de Borny à Metz, les travailleurs ont appris l’arrêt de la production de la boîte de vitesses MLGU, après l’arrêt de la boîte MA, pour la fin 2024. Résultat : ce sont 230 postes d’ouvriers qui seront supprimés en 2024, et pour ceux qui restent, c’est la pression aux mutations forcées. C’est l’ensemble des 900 emplois du site qui risque de disparaître. Tavares veut accélérer la restructuration des usines avec la baisse annoncée du volume des véhicules thermiques. Quelle que soit la raison invoquée, baisse de volumes ou changement de production, aucun salarié ne doit rester sur le carreau. On peut largement partager le travail en baissant les cadences, mais pour cela il faudra les obliger à prendre sur leurs profits.

Le 22 février, un technicien de maintenance de 52 ans travaillant pour une société extérieure est mort écrasé par une machine dans l’usine de moteurs de Stellantis à Pratola Serra près de Naples. Les syndicats ont immédiatement appelé à cesser le travail. L’écœurement était d’autant plus grand que l’accident est intervenu quelques jours à peine après le décès de cinq ouvriers du BTP, dont quatre immigrés, dans un chantier d’un centre commercial à Florence. La veille, le 21 février, des débrayages et des manifestations avaient été organisés dans toute l’Italie pour dénoncer le carnage des morts et blessés au travail. Les vies d’ouvriers ne sont pas négociables ! Contre la course au profit meurtrière, seul le contrôle des travailleurs sur la production peut sauver des vies.

Le 16 mars, Trump a annoncé que s’il était élu, il imposerait aux véhicules sortis des futures usines chinoises installées au Mexique un droit de douane de 100 %. Le candidat aux élections présidentielles américaines veut apparaître comme le champion de la guerre commerciale avec la Chine. Qu’on ne s’y trompe pas : les politiciens comme Trump ne ramèneront ni emplois, ni hausses de salaires. La seule solution, c’est de lutter, comme l’a montré la grève historique de l’automobile aux États-Unis cet automne qui a mené à des réembauches et à des augmentations de salaire immédiates.

Les vingt-sept pays de l’Union européenne ont validé une nouvelle législation imposant aux entreprises des obligations pour protéger l’environnement (déforestation, pollution…) et les droits des travailleurs (travail des enfants, travail forcé, sécurité…), y compris chez leurs sous-traitants à l’étranger, fournisseurs et filiales. Pour parvenir à cet accord, euro-députés et États membres ont réduit considérablement la portée de ce texte qui ne concernera plus que 10 000 entreprises sur les quelques millions qui existent au sein de l’Union. Seules seront ciblées les entreprises d’au moins 1 000 salariés réalisant un chiffre d’affaires d’au moins 450 millions d’euros par an. Quant aux , elles ne seront nullement tenues d’observer ce « devoir de vigilance ». Autant dire que dans la pratique cela ne risque pas de changer grand-chose…

Le 27 janvier dernier, 13 pays, États-Unis en tête, décidaient de suspendre toute contribution au financement de l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), reprenant les accusations de l’État sioniste selon lesquelles 12 (sur 30 000) de ses employés auraient participé à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre. On peut noter que, pour l’instant, Israël n’a partagé aucune preuve de ses accusations ni avec les enquêteurs indépendants, ni avec l’UNRWA. Ce qui n’empêche pas Jérusalem d’en remettre une couche et d’accuser cette fois l’agence onusienne « d’employer plus de 450 terroristes »… toujours sans avancer la moindre preuve. Par la voix d’un de ses responsables, Philippe Lazzarini, cette dernière vient de réagir en citant des témoignages de Palestiniens détenus par les Israéliens. « Nous avons vu ces gens revenir de détention, certains après quelques semaines, certains après quelques mois. Et la plupart d’entre eux complètement traumatisés par le calvaire qu’ils avaient vécu… Il s’agit d’une large gamme de mauvais traitements. Des personnes systématiquement humiliées, des personnes prises en photo nues, sujettes à des abus verbaux et psychologiques, des menaces d’électrocution », ou encore « des privations de sommeil, l’utilisation de bruit extrême pour [les] empêcher de dormir, l’utilisation de chiens pour [les] intimider ». Une partie de ces prisonniers étaient des employés de l’UNRWA et certains ont rapporté qu’ils avaient été forcés à faire des aveux sous la torture lorsqu’ils étaient « interrogés au sujet des relations entre l’UNRWA et le Hamas et sur leur éventuelle implication dans l’attaque du 7 octobre contre Israël », a-t-il ajouté. Dans le même temps, dans un discours prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies, Gilad Erdan, l’ambassadeur israélien, a accusé l’ONU « d’être elle-même une organisation terroriste à Gaza ». Plus la ficelle est grosse…

L’Espagne vient de commémorer les attentats de mars 2004. lorsque l’explosion de dix bombes dans quatre trains de banlieue faisait 192 morts et près de 2 000 blessés. Le choc fut immense. Profitant de l’émotion, José María Aznar, le président du gouvernement de droite à l’époque, mentit effrontément. Il affirma, avant même le début d’une enquête, que c’était l’organisation séparatiste ETA qui était responsable de ce massacre et lança une chasse contre les militants nationalistes basques. Bien mieux, il qualifia d’« intoxication » la piste islamiste avancée par plusieurs spécialistes, dont le juge Baltasar Garzón. Ce dernier avait déclaré dans une conversation avec le maire de Madrid, Alberto Ruiz-Gallardón, rapportée par le quotidien El País : « Je ne pense pas que ce soit ETA. On dirait un attentat jihadiste, du terrorisme islamiste […] Pour l’instant, ce n’est que du flair […]. Il n’y a pas de cible militaire, ni de juge, d’homme politique, de journaliste… C’est un meurtre de masse, aveugle… » La suite lui donna raison puisque rapidement, al-Qaïda, l’organisation jihadiste dirigée par Oussama ben Laden, revendiqua les attentats, les présentant comme des représailles à la participation de l’Espagne à la guerre en Irak aux côtés des États-Unis. Aznar, lui, refusa de reconnaître son erreur. Mais, quelques jours plus tard, son parti était balayé lors des élections législatives. En quelque sorte une sanction populaire à ses mensonges…