Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Interviewé sur le plateau de TF1 le ministre de l’Intérieur a déclaré : « Est-ce que les agriculteurs ont le droit de revendiquer ? Est-ce qu’ils souffrent ? Oui et ils ont le droit de revendiquer. Est-ce qu’on doit les laisser faire sans envoyer les CRS ? Oui. Je les laisse faire. » Mais lorsque que ce sont les travailleurs, les étudiants, les Gilets jaunes, les écologistes ou les jeunes des quartiers populaires qui manifestent on leur dénie ce droit, on leur envoie les CRS, on les matraque, on les emprisonne, on les blesse, voire on les tue. Le député insoumis Alexis Corbière explique sur X (ex-Twitter) qu’il faut soutenir les agriculteurs, mais il estime que « les sous-entendus de Darmanin sont une insulte » pour tous « les Gilets jaunes, les travailleurs contre la retraite à 64 ans, la jeunesse populaire si rudement réprimés » durant les manifestations. Un « deux poids, deux mesures » que le régime assume sans complexe.

Après son arrestation au Japon pour diverses malversations et sa fuite en 2018 dans son Liban natal, d’où il ne peut pas être extradé, Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault-Nissan, avait saisi les tribunaux pour obliger Renault à lui verser une « retraite chapeau » de 774 774 euros par an. Finalement la Cour de cassation a décidé que ce sera au tribunal de commerce de Nanterre, en région parisienne, de trancher. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un montant ahurissant comparé aux retraites des ex-salariés de Renault et aux salaires de ceux qui travaillent toujours dans l’entreprise. Mais les patrons, même voyous, estiment qu’ils ont droit à des retraites somptuaires. Et le plus souvent ils les touchent.

Le tribunal judiciaire de Paris vient de condamner l’État à payer sept millions d’euros à 1 051 personnes qui avaient porté plainte pour faire constater les « délais déraisonnables » dans le traitement de leurs affaires prudhommales. Ont été épinglés dans le jugement les conseils de prud’hommes de Beauvais, Bobigny, Cergy-Pontoise, Compiègne, Laon, Montmorency, Paris et Reims. Des hommes et des femmes, qui avaient été abusivement licenciés par leur patron, ont dû parfois attendre jusqu’à dix ans pour que leur contentieux soit réglé. Certains même étaient décédés avant que leur affaire soit jugée. Chaque justiciable recevra entre 4 000 et 10 000 euros. Ce ne sont pas des cas isolés. Une nouvelle plainte collective, pour les mêmes motifs, a été déposée par 2 600 nouveaux plaignants.

L’Alabama, un État du sud des États-Unis, a exécuté un condamné par asphyxie. Une première dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits humains, et l’ONU qui a comparé ce mode d’exécution à une forme de « torture ». La mise à mort de Kenneth Eugene Smith, définitivement condamné en 1996 à la peine capitale pour le meurtre d’une femme commandité par son mari, est la première de l’année aux États-Unis, où 24 ont été réalisées en 2023, toutes par injection létale. L’exécution par hypoxie consiste à faire inhaler au condamné de l’azote, ce qui provoque un décès par raréfaction d’oxygène. À noter qu’alors que l’Association américaine vétérinaire (AVMA) recommande d’administrer un sédatif aux animaux, même de grande taille, lorsqu’ils sont euthanasiés de cette façon, le condamné n’a eu droit lui à aucune sédation, ni anesthésie. Le porte-parole de Kay Ellen Ivey, la gouverneure républicaine, a déclaré que l’hypoxie à l’azote était « peut-être le mode d’exécution le plus humain jamais inventé ». Un sens de « l’humain » qui s’apparente à de la barbarie.

C’est le quotidien israélien Haaretz qui l’affirme. L’armée israélienne étudie sérieusement la possibilité de doter les colons de Cisjordanie d’armes anti-chars. Les combattants palestiniens n’ayant pas de chars on peut se demander si ces obus serviront à autre chose qu’à détruire les villages palestiniens. Maisons, hangars, bergeries, vergers tout sera bon pour tirer sur les prétendus « terroristes ». Déjà armés jusqu’aux dents et coupables du meurtre de centaines de Palestiniens en Cisjordanie, souvent avec la complicité de l’armée, les colons israéliens vont pouvoir s’en donner à cœur joie et poursuivre leurs carnages.

Le pays célèbre la 75e édition du Jour de la République, l’équivalent local de la fête nationale. En invité d’honneur Emmanuel Macron qui l’an dernier avait convié le Premier ministre, Narendra Modi, à participer à Paris aux célébrations du 14 juillet. Cette visite apparaît surtout comme un appui non équivoque au Premier ministre indien, nationaliste hindou fanatique, engagé dans une campagne en vue des élections législatives d’avril prochain. Il a d’ailleurs lancé sa campagne en grande pompe le 22 janvier en inaugurant un temple à la gloire du dieu Rama. Un symbole de sa politique nationaliste hindouiste, sur un site autrefois occupé par une mosquée et dont la destruction avait déclenché, en 1992, de violentes émeutes religieuses et fait plus de 2 000 morts, en majorité musulmans. Cette initiative a été perçue comme une nouvelle preuve de la volonté de Modi d’écraser la minorité musulmane du pays – et les autres au passage. Mais tout à sa pseudo-stratégie indo-pacifique, Macron ignore superbement la situation des droits humains dans le pays.

L’Assemblée nationale a décidé d’augmenter d’un peu plus de 300 euros par mois l’avance pour frais de mandat des députés (AFM), qui couvre leurs frais professionnels, en invoquant l’inflation. La décision de porter l’AFM de 5 645 euros à 5 950 euros (+ 5,4 %) par mois a été prise par le bureau de l’Assemblée, la plus haute instance de l’institution, avec le soutien de tous les groupes politiques présents lors du vote, sauf de La France insoumise (LFI) qui s’est abstenue. L’AFM s’ajoute à la « modeste » rémunération des élus de 7 637 euros brut mensuels. Le député insoumis François Ruffin a dénoncé, sur BFMTV, cette hausse qu’il juge « choquante », car décidée dans une « Assemblée qui refuse l’indexation des salaires sur l’inflation » et « où on double les franchises médicales et où on va augmenter l’électricité de 10 % ». Bien dit…

On croyait la silicose disparue en France avec la fermeture des mines de charbon. Pourtant, elle existe toujours et de nombreux professionnels en pâtissent. Selon Santé publique France, 975 000 travailleurs respirent régulièrement de la poussière de silice. Une poussière invisible, toxique et surtout cancérogène. C’est ce que révèle l’enquête Travail de malade, malade du travail, diffusée dans Cash Investigation sur France 2. En effet, l’exposition prolongée à la poussière de silice cristalline peut entraîner une silicose. Et ce type de poussière est présent dans une multitude de secteurs : la construction et le bâtiment mais aussi la fabrication du verre, du cristal, des prothèses dentaires, les fonderies, la métallurgie… Le seul moyen de s’en prémunir est de porter systématiquement un masque au travail, ce que nombre de patrons n’imposent pas pour ne pas ralentir la productivité. Est-il possible de se débarrasser de la poussière de silice incrustée dans les poumons ? « Non ! », prévient le professeur Christophe Paris, chef du service de pathologies professionnelles et environnementales au CHU de Rennes. « Il n’y a pas traitement pour la silicose. Il n’y a pas de façon de revenir en arrière. » Et tant pis pour les vies gâchées de dizaines de milliers de salariés.

Mohammad Ghobadlou, 23 ans, a été exécuté par pendaison dans la prison de Ghezel Hesar dans la ville de Karaj, près de Téhéran. Selon les autorités il était accusé d’avoir tué un policier écrasé par une voiture pendant une manifestation en septembre 2022. Le malheureux était suivi dans un hôpital psychiatrique pour trouble bipolaire depuis l’âge de 15 ans et avait cessé de prendre son traitement avant les événements ayant mené à son arrestation. Le jugement le condamnant à mort avait été cassé en février 2023, lorsque la Cour suprême avait décidé d’un sursis à l’exécution, avant de renvoyer ensuite son cas devant une nouvelle juridiction pour examiner le sujet de ses problèmes mentaux. Selon Amnesty International, des documents publiés par des médias iraniens montrent que Gholamhossein Mohseni Ejei, le chef du système judiciaire iranien, est intervenu personnellement pour faire annuler l’ordre de rejuger Mohammad Ghobadlou et obtenir son exécution. La barbarie dans tous ses états…