Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

On vient de célébrer le vingtième anniversaire du premier radar routier inauguré le 27 octobre 2003 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, et celui des Transports, Gilles de Robien. Depuis ils se sont multipliés et diversifiés en différents types d’appareils. Au 1er septembre 2022, le parc atteignait 4 447 appareils. Et, selon le site radars-auto.com, leur nombre pourrait exploser et atteindre 5 600 dès la fin de cette année, notamment avec l’arrivée de nouveaux radars sonores. Peut-être se sont-ils montrés efficaces, parmi d’autres mesures, puisque le nombre de morts sur la route s’est réduit de près de la moitié (passé de 7 230 en 2002 à 3 267 en 2 022). Ils se sont surtout révélés une véritable manne financière pour l’État lui rapportant 12,5 milliards d’euros en 20 ans, soit en moyenne 600 millions par an, et 714 millions espérés en 2023. Bref, l’automobiliste va continuer à cracher au bassinet.

Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, s’est vu refuser un visa d’entrée sur le territoire algérien alors qu’elle devait assister au Salon international du livre d’Alger, qui se termine le 4 novembre. Ce que lui reprochent, sans le dire ouvertement, le président Abdelmadjid Tebboune et sa clique, c’est d’avoir cosigné dans Le Monde en mai l’an dernier une tribune qui dénonçait le « cachot algérien » où croupit le journaliste et patron de presse Ihsane El Kadi, condamné en 2022 à cinq ans de prison, peine portée à sept ans en appel. Rappelons qu’un récit autobiographique d’Ernaux publié en 1997 s’appelait La Honte. Un titre prémonitoire.

Le Salon du livre de Francfort, en Allemagne, s’est retrouvé au cœur d’une controverse à la suite du report de la remise d’un prix à Adania Shibli, une autrice palestinienne, en raison de la guerre entre Israël et le Hamas. Elle devait recevoir ce prix, le « LiBeraturpreis », pour son roman, Un détail mineur, qui revient sur un viol et un meurtre perpétrés par des soldats israéliens en 1949 sur une jeune Bédouine. Les organisateurs ont décidé de repousser cette année la cérémonie de remise du prix « en raison de la guerre déclenchée par le Hamas », tout en cherchant « un format et un cadre appropriés pour l’événement à un moment ultérieur ». Plus de six cents personnes du monde de la littérature et de l’édition, dont plusieurs prix Nobel, ont publié une lettre ouverte de protestation contre cette décision discriminatoire.

En réponse à un appel des syndicats palestiniens aux travailleurs du monde entier de « s’opposer à la production et l’acheminement d’armes vers Israël », plusieurs syndicats du secteur de la manutention – CNE, UBT, Setca et Transcom – ont, dans un communiqué, exprimé leur « refus de manutentionner du matériel militaire destiné à la guerre en Palestine ». Dénonçant un « génocide en cours en Palestine ». Ils appellent également à un « cessez-le-feu immédiat ».

L’humoriste Guillaume Meurice est au cœur d’une polémique après avoir comparé le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à une « sorte de nazi sans prépuce », dans une chronique diffusée dimanche sur France Inter. Depuis, il est l’objet d’attaques de toutes sortes l’accusant d’antisémitisme. Plusieurs plaintes ont été déposées contre lui et l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, le gendarme de l’audiovisuel, a été saisie. On peut apprécier différemment sa plaisanterie et la trouver très moyenne, voire franchement de mauvais goût. Mais il a touché malgré tout un point sensible à savoir que le fait d’être juif ne protège nullement des idéologies nombreuses et variées de l’extrême droite dans leurs variantes laïques ou religieuses, mystiques ou néo-fascistes. Et le gouvernement israélien est un exemple vivant de cette réalité. De plus, nombre de personnalités publiques, qui soutiennent sans réserve le sionisme en général et Netanyahou en particulier, mettent systématiquement en avant leur identité juive pour assimiler toute critique de leurs positions suprémacistes, racistes, ou anti-palestiniennes à des actes antisémites. Ainsi, dans une période récente, on a vu le procédé utilisé par le leader d’extrême droite, Éric Zemmour, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, le député des Français de l’étranger, Meyer Habib, l’avocat Gilles-William Goldnadel, voire les dirigeants du Comité représentatif des institutions juives de France. Un truc un peu éculé mais qui marche encore.

Lors d’une rencontre avec des étudiants à Astana, au Kazakhstan, un pays majoritairement musulman, le président de la République a expliqué « détester le débat » distinguant la valeur des « vies juives » et des « vies palestiniennes ». Il faisait référence à l’essayiste Caroline Fourest qui avait expliqué lundi dernier sur BFMTV qu’« on ne peut pas comparer le fait d’avoir tué des enfants délibérément en attaquant comme l’a fait le Hamas, et le fait de tuer des enfants involontairement comme le fait Israël ». Affirmer, comme Fourest, que l’armée israélienne tue « involontairement » des enfants, alors qu’elle bombarde sans répit à Gaza les zones peuplées de civils et les camps de réfugiés, est proprement crapuleux, scandaleux et révoltant. Mais faire croire, comme Macron, qu’il est au-dessus de la mêlée tout en allant conforter Netanyahou dans ses entreprises guerrières et criminelles, c’est afficher une bonne dose d’hypocrisie dont le chef de l’État a d’ailleurs l’habitude.

La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté un pourvoi formé contre l’arrêt de la cour d’appel de Lyon ayant relaxé une militante du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) du délit d’appel à la discrimination. À cette occasion, la Cour de cassation reconnait pour la première fois la légalité de l’appel au boycott des produits israéliens sous réserve qu’il soit formulé pour des raisons politiques. En s’appuyant sur la position de la Cour européenne des droits de l’homme, elle va ainsi à l’encontre de la jurisprudence défendue par tous les ministres de la Justice depuis 2010 et la circulaire de Michèle Alliot-Marie qui considérait que l’appel au boycott des produits israéliens constituait en soi une discrimination pénale. Une circulaire rédigée à l’époque à la demande du Conseil représentatif des institutions juives de France, pour tenter de museler le mouvement BDS. Pour cette fois c’est raté !

Plus de 10 000 migrants afghans vivant au Pakistan se sont précipités à la frontière avec l’Afghanistan, selon les autorités, à la veille de la date limite fixée par Islamabad pour qu’ils quittent le pays. Le gouvernement pakistanais a donné jusqu’au 1er novembre aux sans-papiers vivant sur son sol – essentiellement des Afghans, dont il estime le nombre à 1,7 million – pour en partir d’eux-mêmes, Il a prévenu qu’à partir de ce mercredi les Afghans en situation irrégulière seraient arrêtés, placés dans des centres de rétention puis expulsés vers l’Afghanistan. La plupart sont des réfugiés des différentes guerres qui ont ensanglanté leur pays ces dernières décennies. Au total, plus de 100 000 migrants afghans sont déjà rentrés en Afghanistan depuis l’annonce de ce plan par le gouvernement pakistanais début octobre. Des réfugiés afghans disent depuis plusieurs jours déjà être visés par des rafles et victimes de harcèlement ou d’extorsion. Des avocats, des militants et l’ONG Human Rights Watch ont dénoncé une répression sans précédent et demandé au gouvernement de laisser plus de temps à ces migrants, dont certains vivent depuis des décennies au Pakistan ou y sont même nés, pour partir dignement. Et d’ajouter : « La situation en Afghanistan reste dangereuse pour nombre de ceux qui ont fui, et s’ils sont expulsés ils seront exposés à d’importants risques pour leur sécurité. » Mais de cela le gouvernement pakistanais s’en moque.

Le vice-président de Médecins du monde, Jean-François Corty, a estimé qu’à Gaza « on est passé d’une prison à ciel ouvert à un charnier à ciel ouvert ». Et d’ajouter : « Ce sont des milliers de morts civils, des centaines d’aidants qui n’ont rien à voir avec des terroristes qui sont en train de mourir sous les bombes. » Et de s’indigner du fait que là-bas les médecins « opèrent à même le sol » et pratiquent des césariennes ou des « amputations de gamins sans anesthésie » du fait du manque de médicaments. Si Médecins du monde, qui compte une vingtaine de salariés sur place, a condamné sans ambiguïté les « atrocités inqualifiables » du Hamas commises le 7 octobre, il souligne qu’« il faut condamner aussi le fait qu’aujourd’hui on assoiffe, on affame, on bombarde des gens sans perspective de sortie d’un territoire de 300 km2 ».