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Brèves

L’actualité en bref

Le parquet de Paris a demandé le renvoi devant le tribunal de 27 euro-députés et assistants du Rassemblement national, dont Jean-Marie et Marine Le Pen, pour « détournement de fonds publics ». Dans cette affaire, le parti d’extrême droite est accusé d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un système généralisé pour rémunérer ses permanents avec des fonds européens, en les faisant salarier comme assistants de ses euro-députés, mais sans que leur travail ait un lien quelconque avec les activités du Parlement. Dans l’espoir sans doute d’éviter un procès, le Rassemblement national et Marine Le Pen ont annoncé avoir d’ores et déjà accepté de verser près de 330 000 euros aux autorités européennes pour l’emploi indu de deux assistants. Parmi les heureux bénéficiaires de ce système mafieux on trouve la cheffe de cabinet de Marine Le Pen, Catherine Griset, et son garde du corps Thierry Légier. Ce qui prouve que l’on peut vouer « Bruxelles » aux gémonies tout en n’oubliant pas de passer à la caisse.

La visite du pape François, accueilli en grandes pompes pas très laïques à Marseille, d’abord par Élisabeth Borne puis par le couple Macron, a ravi une grande partie de ce que ce pays compte comme grenouilles de bénitier, culs bénis, fervents catholiques et partisans de la France « fille aînée de l’Église ». Suffisamment de monde pour remplir le stade Vélodrome, comparable à la foule qui assiste généralement aux matchs de l’Olympique de Marseille. Pour une fois on a confondu « Ecce Homo » et « Ecce OM ». Mais dans ce chœur de croyants admiratifs quelques fausses notes venant… de l’extrême droite. Toutes tendances confondues, elle juge le pape trop « humaniste » en ce qui concerne l’accueil des migrants. Zemmour, comme à son habitude, s’est surpassé en inventant une citation de saint Augustin qui aurait dit : « On ne peut pas faire le bien jusqu’au mal. » Phrase que, selon les spécialistes interrogés par le quotidien La Croix, ce père de l’Église n’a jamais prononcée. Mais que les partisans de Zemmour, comme les amis d’Éric Ciotti, de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan se rassurent : l’appel du pape d’accueillir les migrants à bras ouverts n’a aucune chance d’être entendu, et encore moins concrétisé, par les dirigeants politiques… qui n’en seront pas pour autant excommuniés. Car tout cela c’est de la communication et une façon de faire le buzz. Rien de plus.

La Commission européenne doit proposer ce vendredi la prolongation de l’autorisation d’utilisation du glyphosate en agriculture pour une période de dix ans. Il s’agit de l’herbicide le plus vendu au monde et commercialisé notamment par Monsanto (propriété de Bayer) sous le nom de Round-up. Pour appuyer sa décision, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, s’appuie sur un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, estimant que le niveau de risque ne justifiait pas d’interdire cet herbicide controversé. Mais elle oublie superbement que depuis 2015 le Centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, a classé le glyphosate comme « probablement cancérigène ». Plus récemment, en 2021, des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale ont considéré que le « lien entre glyphosate et certaines pathologies ou problématiques (notamment cancers et perturbateurs endocriniens) est plus fort que ce que l’on pensait jusqu’ici ». En fait, von der Leyen et ses collègues ne retiennent des avis scientifiques que ceux qui vont dans le sens des intérêts des lobbies de l’agro-alimentaire en envisagent donc de continuer à nous empoissonner jusqu’à 2033.

L’appel à témoignages lancé par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), lancé il y a deux ans, le 21 septembre 2021, a trouvé un large écho : 26 949 témoignages ont été recueillis, dont 12 750 par téléphone, 4 575 par courrier ou courriel et 8 969 sur son site internet. 755 personnes se sont également confiées lors de réunions publiques organisées à travers le pays. Créée début 2021, cette commission a deux missions : recueillir la parole des victimes et préconiser des politiques publiques pour lutter contre ce fléau, qui touche selon elle 160 000 enfants chaque année. Elle rappelle que la façon dont un enfant victime de violence sexuelle a été écouté, cru et protégé a un impact sur les troubles qui l’affecteront tout au long de sa vie : toxicomanie, alcoolisme, troubles alimentaires et de la sexualité, violences conjugales, délinquance, pathologies « inexpliquées ». Or, selon les témoignages, seulement 8 % des victimes qui se sont fait connaître ont reçu un « soutien social positif ». À l’inverse, lorsque le confident (parent, assistance sociale…) rejette la faute sur les victimes, celles-ci développent plus de comportements d’autodestruction. Des addictions (drogue, alcool, médicaments) sont rapportées par quatre victimes sur dix (contre une sur quatre des victimes qui ont été protégées). Selon les témoignages recueillis, un enfant sur deux n’a pas été mis en sécurité ni bénéficié de soins. Ce qui fait dire au président de la Ciivise, Édouard Durand, que « l’inceste n’est pas qu’une affaire privée, une somme ahurissante d’histoires privées. C’est un problème collectif, d’ordre public, de santé publique ». Mais le financement sur fonds publics de cette commission n’est assuré que jusqu’à fin 2023. Après c’est le brouillard. Dans une tribune publiée début septembre, une soixantaine de personnalités – dont Camille Kouchner, Emmanuelle Béart ou Christine Angot – ont réclamé son maintien. Une pétition sur MesOpinions.com a dépassé les 17 000 signatures. Tout en se prononçant pour son maintien la secrétaire d’État à l’Enfance, Charlotte Caubel, a botté en touche en renvoyant aux arbitrages de Macron.

Les médias nous ont bassiné sur la visite officielle de trois jours du roi Charles III. Rien ne nous a été épargné depuis le dîner « somptueux » à Versailles (homard bleu et volaille de Bresse), avec l’insubmersible Stéphane Bern, en passant par les arcanes protocolaires – du tapis rouge à la façon de se saluer – sans oublier la virée dans un vignoble du Bordelais. Par contre, en ce qui concerne les discussions politiques, censées « resserrer les liens » entre les deux pays, on reste un peu sur sa faim. L’Élysée avait indiqué que les deux chefs d’État mettaient en avant des sujets qui leur tiennent à cœur, comme l’environnement, la promotion de la lecture ou l’entrepreneuriat des jeunes. Sur le premier point Charles III a la réputation de se passionner pour les questions écologiques, thème principal de son discours devant le Sénat. Mais, comme il règne mais ne gouverne pas, il laisse son gouvernement ouvrir sans retenue de nouveaux puits pétroliers en mer du Nord. Quant à Macron, qui lui gouverne, son quinquennat « écologiste » est devenu une plaisanterie et il ne cache plus sa proximité avec TotalEnergies et les autres pétroliers. Le second sujet, la promotion de la lecture, est sans doute passionnant, mais vu l’état lamentable du système scolaire des deux côtés de la Manche, on ne voit pas très bien sur quoi a porté la discussion. Enfin l’entreprenariat des jeunes, un des sujets favoris de Macron, consiste surtout à les encourager à devenir « auto-entrepreneurs » faute de trouver en emploi, en sachant que huit sur dix de ces mini-entreprises ne tiennent pas un an. Autant dire que cette visite, bien entendu « historique », ne laissera pas de trace.

Près de cinquante ans après la mort de Franco, une magistrate a entendu pour la première fois le témoignage d’une victime de tortures sous la dictature, Julio Pacheco. Jusqu’à présent les tribunaux avaient toujours rejeté les plaintes contre les crimes du régime de Franco, en s’appuyant sur une loi d’amnistie de 1977 approuvée après la fin de la dictature. « Le fait de voir pour la première fois un juge t’écouter, cela signifie que d’autres plaintes pourraient être admises et que nous pourrions enfin obtenir justice », a déclaré, ému, Pacheco, un retraité de 67 ans. Pour la première fois, la juge en charge du dossier a pris le contre-pied de tant d’autres magistrats avant elle en admettant comme recevable cette plainte en raison de « la possible existence de crimes contre l’humanité et tortures » dans ce dossier.

Jusqu’ici, les tribunaux affirmaient hypocritement « qu’il n’était pas commun » pour les autorités franquistes de torturer systématiquement les prisonniers, considéraient donc qu’il ne s’agissait pas de crimes contre l’humanité et qu’à ce titre ces agissements étaient amnistiés. Une attitude qui a permis à des centaines de tortionnaires de ne jamais être inquiétés. À l’origine, la loi de 1977 conçue pour amnistier les prisonniers politiques n’empêchait pas de juger les crimes commis, mais les tribunaux, truffés de magistrats formés sous le franquisme, l’ont interprétée de façon restrictive pour refuser d’ouvrir un procès contre les tortionnaires de l’ancien régime. L’avenir dira si cette ère est révolue.

Trois journalistes de Libération, Ismaël Halissat, Fabien Leboucq et Antoine Schirer, ont été convoqués pour être entendus en tant que suspects sous le régime de l’audition libre par la brigade criminelle de la police judiciaire de Lille. Les motifs d’infractions de « violation du secret de l’instruction », « recel de violation du secret de l’instruction » et « diffamation publique à raison de la fonction ou de la qualité de dépositaire de l’autorité publique » ont été retenus par le parquet. Ils visent la publication d’une série d’articles sur la mort d’Amine Leknoun, un jeune de 23 ans d’origine maghrébine, tué le 30 août 2022 par un policier de la brigade anti-criminalité de Tourcoing à Neuville-en-Ferrain (Nord) dans le cadre d’un délit de fuite. Dans leur enquête, les journalistes de Libération soulignaient les manquements de l’Inspection générale de la police nationale et de la juge d’instruction dans la conduite des investigations concernant ce décès alors que la famille de la victime dénonçait le mépris des institutions à son égard. Et ces convocations par la justice à l’encontre de journalistes qui n’ont fait que leur métier vont dans le même sens.

« Baissez d’un ton » et « mettez-vous au niveau » : tels sont les propos qui ont été tenus par le député RN Roger Chaudeau à l’encontre des représentants des organisations syndicales de l’enseignement, venus participer à une table ronde organisée par l’Assemblée nationale sur la rentrée. Ces propos absolument méprisants et hautains sont venus s’ajouter à ceux tenus quelques minutes auparavant par Véronique Risotto, députée macroniste, qui a qualifié le ton des organisations syndicales de « caricatural [qui] n’honore pas le corps professoral que vous êtes censés représenter ». Cette même députée a accusé les syndicats de « faire pression » sur les enseignants pour qu’ils ne signent pas le pacte… Un pacte qui a été signé dans moins de 30 % des établissements, de l’aveu même du syndicat des chefs d’établissement.
Ces propos insultants, ce mépris envers les enseignants à travers les représentants syndicaux, n’ont rien de surprenant de la part d’une assemblée constituée de députés bourgeois, qui pour la plupart ne connaissent pas le travail et ont voté des réformes anti-ouvrières et réactionnaires depuis des années. Devant de tels propos, les représentants des syndicats ont quitté la table ronde. On peut même se demander ce qu’ils étaient allés faire dans cette galère… En tout cas, cela montre bien une nouvelle fois que ce n’est pas dans les salons ni à l’Assemblée qu’on obtiendra satisfaction, mais bien par la grève et la mobilisation !

L’armée israélienne a annoncé avoir mené une opération dans le camp de réfugiés de Jénine, ville située du nord de la Cisjordanie. Trois Palestiniens ont été tués et environ 30 autres blessés dans l’explosion d’une maison d’habitation touchée par un drone militaire. Dans le même temps, dans la bande de Gaza, un Palestinien a été tué par des tirs de soldats israéliens près de la barrière séparant Israël de ce territoire palestinien alors que des jeunes manifestaient leur hostilité à l’occupation. L’armée a reconnu avoir eu recours à « des moyens anti-émeute et à des tireurs d’élite pour les disperser ». Cela porte à 236 le nombre de Palestiniens tués depuis le 1er janvier.