Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Lors de son discours à la fête de l’Humanité, Fabien Roussel a déclaré : « La classe ouvrière, elle est belle, elle est grande, elle parle français. » Est-ce à dire que, selon Roussel, les milliers de travailleurs et travailleuses qui ne parlent pas français parce qu’originaires d’autres pays, ne feraient pas partie de la classe ouvrière ? Pour se défendre, l’équipe de Fabien Roussel explique : « Quand Fabien Roussel parle des ouvriers qui “parlent le français”, c’est pour sous-entendre que le gouvernement ne parle pas leur langue. Cela n’a évidemment strictement rien à voir avec les origines. » Cela n’a rien à voir avec les origines… mais alors pourquoi dire que « la classe ouvrière parle français » ? Et comme si le problème avec le gouvernement, c’est qu’il ne parlait pas « la langue des ouvriers » (le français, donc ?). Ce printemps, Fabien Roussel dénonçait déjà les « frontières passoires » et ceux qui « ont ouvert la France aux marchands et à la finance ». Après tout, il se situe dans un certain héritage du PCF stalinien : en 1981, Georges Marchais disait déjà : « nous posons le problème de l’immigration », opposant ainsi les intérêts des ouvriers « français » à ceux des « étrangers ».

Le mouvement ouvrier doit être aux antipodes de ces déclarations réactionnaires. La tradition du mouvement ouvrier dont nous nous réclamons, c’est celle de l’internationalisme, c’est celle de la Commune de Paris qui, en 1871, accueillait les travailleurs révolutionnaires du monde entier et leur accordait le droit de vote, avec même des membres élus dans son gouvernement. Car la classe ouvrière parle toutes les langues, elle est internationale, et elle n’a pas de patrie !

Ridicule, l’annonce d’Élisabeth Borne qui autoriserait les stations services à vendre « à perte » leur carburant : quelques dizaines de centimes, dans les grandes surfaces seulement, à partir de décembre. Alors que TotalEnergie accumule les profits, que les taxes de l’État font 60 % du prix de l’essence. Comme était ridicule l’annonce Bruno Le Maire qu’il allait demander aux grandes surfaces de répercuter sur les clients la baisse des prix des fournisseurs (qu’elles se mettaient dans les poches). Ce bluff du gouvernement n’est motivé que par la crainte qu’il a qu’en cette rentrée sociale explose la colère sur le pouvoir d’achat. D’autant que des grèves sur les salaires ont déjà eu lieu dans plusieurs entreprises avant l’été, y compris pendant le mouvement contre la réforme des retraites. Tant le mécontentement qui s’est alors exprimé était général, et est loin d’être retombé.

C’est un nouveau mouvement d’ensemble qu’il faut en cette rentrée sociale, sur les salaires cette fois : pour qu’ils rattrapent la hausse des prix et qu’ils soient indexés désormais sur l’inflation, pas celle sous-estimée d’un Bruno Le Maire mais celle que nous constatons tous les jours sur les loyers ou quand nous faisons les courses. La journée de mobilisation du 13 octobre prévue par les syndicats sera une occasion de nous retrouver dans la rue. Mais c’est une grève, contagieuse dans toutes les entreprises, qui pourra faire réellement trembler gouvernement et patronat et arracher une augmentation générale : à nous de la préparer.

C’est au moins 400 euros pour tous qu’il faut pour rattraper la perte de pouvoir d’achat de ces dernières années, et pas un revenu, salaire ou pension, en dessous de 2 000 euros pour pouvoir vivre décemment.

Au moins six personnes sont mortes ces dernières semaines en travaillant lors des vendanges en Champagne et dans le Beaujolais. Les syndicats réclament d’aménager ou suspendre l’activité en cas de chaleurs caniculaires. Les représentants patronaux des vignerons minimisent et mettent la responsabilité sur les travailleurs en pointant leur mauvaise condition physique ou leur comportement « à risque ». Refusant tout changement lié à la chaleur, ils rappellent : « Tous les ans, il y a des morts, un à deux morts. » C’est vrai qu’avec un travail extrêmement dur pouvant aller jusqu’à 72 heures par semaine, c’est bien cette exploitation forcenée qu’il faut contester, quelle que soit la météo !

Les usagers des services de santé publique du centre Bretagne ont l’habitude de se battre, ils ont déjà mené une lutte victorieuse pour conserver leur hôpital. Mais aujourd’hui, l’État, par le biais de l’Agence régionale de santé, a décidé de fermer les urgences. Seules les urgences absolues seront prises en charge, dans tout autre cas il faudra faire une heure de route ! Les habitants et les travailleurs ont organisé manifestations et rassemblements. Celui de la semaine dernière s’est transformé en un envahissement qui a duré quatre bonnes heures. Les représentants du ministère de la Santé, retenus toute la journée, savent qu’ils ne feront pas d’économies aussi simples sur le dos de notre santé.

Lors de la dernière mise en concurrence, les salariés de Transdev du secteur de Montesson en région parisienne ont été repris par l’autre géant du business des transports publics : Keolis. Dans ce sens ou dans l’autre, les travailleurs y perdent en dégradation des horaires et dans le cas présent, quasiment toutes leurs primes.

Après plusieurs réunions stériles, ils se sont mis en grève illimitée depuis le 12 septembre pour leurs conditions de travail. La direction joue les gros bras, ne lâche rien et ferme le dépôt ? Les chauffeurs font bloc et c’est leur mobilisation qui bloque tout le service. On parle de leur grève dans les autres centres de bus de la région… Et si c’étaient eux les plus forts ?

Alors qu’un sondage révèle que la moitié des étudiants sont obligés de sauter des repas par manque de moyens, la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, Olivia Grégoire, préconise, pour lutter contre l’inflation, de mettre en place… des cours de cuisine à l’école. Histoire de savoir comment bien cuire des patates à l’eau ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a annoncé la semaine dernière ses projets pour l’école. Recruter les milliers d’enseignants qui manquent en cette rentrée ? Faire isoler les bâtiments scolaires pour les protéger des canicules ? Non, Gabriel Attal juge plus urgent d’abolir les « textes à trous ». Il est vrai que pareille proclamation ne coûte rien. Mais pour améliorer les résultats des élèves, il vaudrait mieux boucher les trous du système scolaire : emplois, salaires, etc.

Le 16 septembre 2022 mourait Mahsa Amini sous les coups de la police des mœurs pour un voile mal mis. Dans un contexte de politique anti-ouvrière, d’inflation et de dictature misogyne, les conditions étaient réunies pour que le pays s’embrase. Malgré la répression féroce qui s’ensuivit, la République islamique est aujourd’hui fragilisée et défiée quotidiennement par les femmes « dévoilées ». On espère que cet anniversaire marqué par des grèves de commerçants et des manifestations donnera de l’élan pour la reprise et la structuration de leur courageuse révolte.

Depuis vendredi 15 septembre, pour la première fois des 88 ans d’existence du puissant syndicat UAW, les travailleurs des « Big Three » (Stellantis, Ford et General Motors) sont appelés simultanément à la grève aux États-Unis. Après un vote unanime pour la grève, l’UAW revendique des augmentations de salaire, une diminution du temps de travail et une amélioration de la retraite, alors que les trois groupes ont engrangé des bénéfices record.

La grève secoue déjà le monde politique : Biden a dû assurer sa « compréhension » et son « respect » pour les grévistes, pendant que Trump a trouvé bon d’appeler les grévistes à revendiquer l’abrogation de la loi sur la transition vers l’électrique.

La revendication phare est une augmentation de 36 %… sur quatre ans, en pleine inflation. Pour le moment, la grève ne concerne « que » 12 700 grévistes de trois sites sur les 150 000 syndiqués de l’UAW, mais l’énergie et la volonté de lutter des travailleurs de l’automobile pourrait bien infliger un sacré coup aux « Big Three », et montrer l’exemple bien au-delà des frontières américaines.