Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

L’ONG Foodwatch (Vigile nourriture) vient de produire un rapport sur les dessous de la spéculation alimentaire à l’échelle mondiale. On apprend ainsi qu’en juin 2022 près de 70 % des achats effectués sur le marché international du blé l’ont été par des banques, des fonds d’investissements, ou des compagnies d’assurances uniquement à des fins spéculatives. Quant aux plus gros traders de céréales – les américains Cargill, Archer Daniel Midlands, Bunge et le français Dreyfus Company – ils ont réalisé l’an dernier des chiffres d’affaires record compris entre 165 et 30 milliards de dollars (entre 150 et 27 milliards d’euros). La guerre d’Ukraine a bon dos.

Cela aurait pu être un fait divers tragique mais banal. L’athlète afro-américaine Tori Bowie, vice-championne olympique en 2016 puis championne du monde en 2017, est décédée en mai dernier à l’âge de 32 ans, lors de son accouchement. Une nouvelle qui a cependant ravivé les questionnements et les alertes autour de la prise en charge médicale des personnes noires aux États-Unis. Les révélations sur les circonstances de sa mort ont suscité des réactions sur Twitter, notamment celles d’autres athlètes américaines noires. La spécialiste américaine du saut en longueur Tianna Madison a rappelé dans un tweet qu’« en juin 2023, 3 des 4 membres de l’équipe américaine de relais 4x100m ont failli mourir ou sont mortes d’un accouchement ». Quant aux chiffres officiels publiés par le Centre national de statistiques sanitaires ils montraient qu’en 2021, les femmes noires avaient un taux de mortalité maternelle 2,6 fois plus élevé que les femmes blanches.Cette année-là il y a eu 69,9 décès pour 100 000 naissances chez les femmes enceintes noires, contre 32,9 chez les blanches. C’est aussi un domaine où la discrimination raciale peut tuer.

Depuis le début du conflit, il y a deux mois, entre différentes fractions armées, plus d’un million d’enfants ont été nouvellement déplacés au sein du pays. Selon l’UNICEF, début juin, plus de 330 enfants auraient été tués et plus de 1 900 autres blessés, alors que beaucoup d’autres se trouvent encore en grand danger. L’accès aux services de base les plus essentiels est limité, et près de 13 millions d’enfants ont désormais besoin d’une aide humanitaire pour couvrir leurs besoins en matière d’eau, de santé, de nutrition et de protection. Une conférence internationale sur l’aide au Soudan, parrainée par Riyad, est prévue le 19 juin à Genève. Mais il n’en sortira probablement pas grand chose car les parrains des deux camps en présence – notamment l’Égypte, du côté de l’armée régulière et l’Éthiopie qui soutient les Forces de soutien rapide – ne sont pas prêts à lâcher leurs protégés car des enjeux de taille sont en cause notamment le contrôle des eaux du Nil, et la main mise sur les richesses minières et pétrolière du pays. Face à cela la vie des civils, en général, et des enfants en particulier, ne pèse pas lourd.

Trois jours après l’une des pires catastrophes maritimes de la décennie en mer Méditerranée, les recherches de victimes et de survivants touchent à leur fin. Au total, 78 corps de migrants ont été repêchés, une centaine secourue et au moins 400 autres portés disparus. Vincent Cochetel, l’envoyé spécial du Haut Comité de l’ONU pour les réfugiés en Méditerranée, a évoqué des témoignages reçus des survivants du drame survenu. Et ces témoignages concordent pour accuser les garde-côtes grecs d’avoir fait chavirer leur embarcation rouillée en tentant de la remorquer vers les eaux territoriales italiennes au lieu de porter secours aux migrants. Ces derniers ont été victimes du macabre jeu de ping-pong que se livrent dans la région des pays comme la Grèce, l’Italie, la Tunisie, la Libye ou l’agence européenne Frontex, pour ne pas accueillir des réfugiés chez eux et les pousser chez les voisins. Et chaque année plusieurs centaines de migrants meurent victimes de ce cynisme.

Deux policiers de banlieue parisienne ont été condamnés à sept et neuf mois de prison ferme pour s’être livrés à des interpellations hors du cadre légal, à Saint-Ouen en 2019, et, de plus, avoir passé à tabac les personnes arrêtées. Ils avaient ensuite rédigé de faux procès verbaux. Manque de chance pour eux : ils avaient commis leur méfait devant un épicerie qui disposait d’une caméra de vidéo-surveillance qui avait tout filmé. Mais attention : ces peines étant inférieures à un an de prison ferme, elles seront aménagées et les policiers ne seront pas incarcérés. Deux de leurs collègues qui avaient participé à l’affaire, ont été condamnés à six et dix mois d’emprisonnement avec sursis. Encore une fois la Justice est plutôt bonne pomme à l’égard des flics voyous qu’elle envoie rarement derrière les barreaux.

Une grande manifestation contre le chantier de ligne ferroviaire entre Lyon et Turin, prévue pour samedi et dimanche par des opposants au projet, a été interdite par le préfet de Savoie, François Ravier. Raison invoquée : les « risques de débordements ». Une dizaine d’organisations, dont Les Soulèvements de la Terre et l’italienne No TAV (Non au TGV), maintiennent la manifestation pour dénoncer les impacts écologiques du chantier. L’avocat Arié Alimi a déclaré avoir être saisi par EELV, Attac et l’association locale Vivre & Agir en Maurienne pour contester l’arrêté d’interdiction devant le tribunal d’administratif. Quant au préfet il a précisé que quelque 2 000 gendarmes et policiers vont être déployés dans cette vallée frontalière de l’Italie. À priori insuffisant pour ébranler la détermination de ceux et celles qui veulent manifester pacifiquement et en famille.

Coup sur coup, Hervé Gosselin, l’évêque d’Angoulême, et son confrère Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, ont été forcés de démissionner de leurs postes suite à des accusations d’agressions sexuelles. Le premier a fermé les yeux pendant des années sur des méfaits à caractère sexuel au sein d’une communauté qu’il dirigeait en Bretagne. Il avait de plus fait pression sur les victimes pour qu’elles se taisent. Quant au second, il est visé directement par une enquête pour agression. Deux mitrés restés en place pendant des années et couverts par leur hiérarchie malgré les signalements effectués par leurs victimes.

Selon le dernier rapport annuel du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) de l’ONU, le monde comptait, en 2022, 110 millions de personnes qui ont été forcées de fuir leur foyer. Cela représente 19,1 millions de personnes supplémentaires par rapport à 2021. Une situation aggravée par les récents combats au Soudan, après, l’an dernier, l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la crise humanitaire en Afghanistan. Sur le total de 2022, 35,3 millions de personnes étaient des réfugiés et 62,5 millions des déplacés. Il y avait aussi 5,4 millions de demandeurs d’asile et 5,2 millions d’autres personnes ayant besoin d’une protection internationale. Conclusion de Filippo Grandi le patron du HCR : « Nous avons 110 millions de personnes qui ont fui à cause des conflits, de la persécution, de la discrimination et de la violence, souvent mélangés à d’autres motifs – en particulier l’impact du changement climatique… C’est un réquisitoire sur l’état de notre monde ». Ce n’est pas seulement un réquisitoire sur l’état de notre monde mais aussi une illustration effrayante d’une planète dominée par le capitalisme.

À peine réélu le président Recep Tayyip Erdogan a repris sa chasse aux opposants. L’un des plus connus d’entre eux, Ekrem Imamoglu, le maire d’Istanbul, et dirigeant du Parti républicain du peuple, est cette fois poursuivi pour des soupçons de trucage dans un appel d’offre émis fin 2015 lorsqu’il était maire de Beylikdüzü, un district d’Istanbul. Ce qu’il nie. Mais, en réalité, Imamoglu est dans le viseur du pouvoir depuis qu’il a raflé Istanbul, lors des dernières élections municipales en 2019, infligeant son plus cinglant revers au président Erdogan et à son parti, qui contrôlaient la plus grande ville du pays depuis 25 ans. Son élection avait d’abord été annulée, avant qu’il ne soit réélu trois mois plus tard avec une plus confortable avance. Cette fois il s’agit de le faire condamner, peut-être de l’envoyer en prison, mais surtout de le rendre inéligible pour les prochaines élections.