Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est l’organisation de défense de l’environnement Observatorio do Clima qui le dit dans un communiqué : « La Chambre des députés a envoyé un message au pays et au monde : Bolsonaro est parti, mais l’extermination continue. » Elle commentait ainsi une décision de la chambre basse qui est revenue sur la promesse du président Lula de protéger les territoires indigènes et de s’opposer à la déforestation. Les députés brésiliens, travaillés au corps par les lobbies du bois et de l’agro-alimentaire, ont approuvé un projet de loi affirmant que les autochtones n’ont droit qu’aux terres qu’ils occupaient au moment de la promulgation de la Constitution de 1988, alors même que nombre d’entre eux avaient été chassés quelques années auparavant de leurs territoires pendant la dictature militaire (1964-1985) sans droit d’y revenir. Selon les scientifiques, la démarcation des terres indigènes est une barrière essentielle contre la déforestation de l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale du monde. Une barrière en train de sauter…

Dans une enquête très documentée, réalisée avec le soutien de l’association Journalisme d’investigation pur l’Europe, Le Monde révèle que les principales industries polluantes du Vieux Continent – dans des secteurs comme l’acier, le ciment, le pétrole, l’aluminium et autres – ont reçu gratuitement de l’Union européenne des quotas d’émissions de CO2 – sortes de « droits à polluer » – afin de les inciter à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce système des quotas gratuits pour les patrons, lancé le 1er janvier 2005 et toujours en vigueur, était censé illustrer une « écologie non-punitive ». Mais il a rapidement été détourné de son objet pour devenir un outil financier permettant à ses bénéficiaires d’augmenter leurs profits, grâce à la revente de ces quotas. Rien qu’entre 2013 et 2021, estime le Fonds mondial pour la nature, les plus grosses industries émettrices ont empoché 98,5 milliards d’euros et n’ont consacré qu’un quart de cette somme (25 milliards) à l’action climatique. Le reste est allé dans leur poche. Comme dirait Macron, l’Union européenne est à la pointe dans la lutte pour l’environnement. Et ses industries les plus polluantes ont découvert les charmes de l’écologie spéculative. Aujourd’hui elles en redemandent !

Déjà éprouvés par la vétusté et les dysfonctionnements de leur système d’eau courante, les Mahorais doivent désormais faire face à de sévères restrictions d’eau, du fait de la forte sécheresse qui touche l’île. Certains quartiers subissent des coupures quotidiennes. L’approvisionnement en eau courante pose problème depuis de nombreuses années. Mal conçu et mal entretenu, il ne couvre en temps normal que 90 % des besoins de l’île. Dans certains bidonvilles, l’eau courante a toujours été un luxe et des familles vivent chaque jour sans savoir si elles auront de l’eau le lendemain. Cette situation catastrophique est liée à la grande misère des services publics qui caractérise Mayotte. À l’exception bien sûr de celui du maintien de l’ordre où, là, on trouve toujours l’argent nécessaire pour envoyer gendarmes, policiers et véhicules blindés faire la chasse aux pauvres.

Après son match remporté face à Aleksandar Kovačević, Novak Djokovic, armé de son marqueur, a inscrit quelques mots en cyrillique sur une des caméras du court de tennis : « Le Kosovo c’est le cœur de la Serbie ! Stop à la violence. » La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, lui a aussitôt répondu que sa réaction n’était « pas appropriée » ajoutant : « Il y a un principe de neutralité du terrain de jeu » et « il ne faut pas que cela recommence. » Certes, faire passer un message nationaliste est une attitude exécrable, quel que soit le contexte. Mais ni plus ni moins que lorsque l’on voit les supporters des équipes de France dans nombre de disciplines entonner La Marseillaise après chaque victoire tricolore sans que la ministre des Sports y trouve à redire. Deux poids, deux mesures ?

Un récent rapport sur la transition écologique préconisait de mettre en place un impôt spécial sur le patrimoine des plus aisés pour financer la lutte contre le réchauffement climatique. Faire payer les riches, en voilà une bonne idée… que le gouvernement s’est empressé de glisser sous le tapis. Et pour cause, la transition telle qu’il la conçoit doit être indolore pour les grandes fortunes, si ce n’est rentable ! Il s’agit donc de nous faire travailler plus tout en taillant dans les budgets sociaux, d’accorder des crédits d’impôts aux patrons tout en augmentant les taxes sur la consommation populaire. Et si tous ces cadeaux ne suffisent pas à intéresser les capitalistes à l’écologie, alors au diable l’écologie ! Le profit d’abord.

Le chef de l’État, Yoweri Museveni, a approuvé un texte législatif qui s’appelle désormais « la loi anti-homosexualité 2023 ». Volker Türk, le chef du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, a dénoncé une « atteinte tragique » aux droits humains. La directrice adjointe pour l’Afrique de l’ONG Human Rights Watch, Ashwanee Budoo-Scholtz, a déploré elle une « loi discriminatoire » et Amnesty International a fustigé « une loi profondément répressive ». Désormais toute « promotion de l’homosexualité » est interdite et les relations homosexuelles deviennent un crime passible de 20 ans de prison et de la peine de mort en cas de récidive. Cela dit, Museveni n’a pas eu à chercher bien loin son inspiration. En effet, dans ce pays d’Afrique de l’Est les « actes d’homosexualité » étaient déjà passibles de prison à perpétuité depuis… une loi datant de la colonisation britannique (1894-1962) mais tombée en désuétude. Il n’a fait que la remettre au goût du jour en la durcissant.

Le « simulateur d’esclavage », en portugais « simulador de escravidão », est un jeu vidéo qui permet d’acheter, vendre et même torturer des personnages noirs. Il a été retiré par Google de sa boutique d’applications après avoir suscité une levée de boucliers à travers tout le pays. Dans ce jeu, les joueurs étaient invités à « utiliser les esclaves pour s’enrichir ou faire en sorte d’éviter l’abolition de l’esclavage pour accumuler de l’argent ». Des bonus étaient même prévus « pour ceux qui torturent le plus ». Les consignes d’utilisation de l’application expliquaient que le jeu « avait été conçu uniquement à des fins de divertissement » et que ses créateurs « condamnaient tout type d’esclavage ». Cela va sans dire et encore mieux en le disant. Rappelons que le racisme est encore très présent dans cet État qui a été le dernier d’Amérique à abolir l’esclavage, en 1888 et que plus de 56 % de sa population est composée d’afro-descendants.

Plusieurs associations (les ONG Sherpa, collectif Éthique sur l’étiquette, ainsi que l’Institut ouïghour d’Europe) ont déposé une nouvelle plainte avec constitution de partie civile visant Uniqlo France, Inditex (Zara, Bershka, Massimo Duti), SMCP (Sandro, Maje, de Fursac) et le chausseur Skechers, accusés de commercialiser des produits fabriqués en totalité ou en partie dans des usines de Chine où la minorité ouïghoure est soumise au travail forcé. La plainte repose sur l’infraction de recel de quatre crimes : crimes contre l’humanité, génocide, réduction en servitude aggravée et traite des êtres humains en bande organisée. Une première plainte, déposée en avril 2021, avait été classée sans suite, les juges se déclarant incompétents. Rappelons que 20 % de la production mondiale de coton provient de la province du Xinjiang, là où vivent et sont sur-exploités les Ouïghours.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, une dizaine de sociétés médicales dénoncent « l’essai clinique sauvage » conduit par Didier Raoult (aujourd’hui retraité) et ses collaborateurs de l’institut hospitalo-universitaire de Marseille, et s’étonnent de l’absence de réaction des autorités administratives, médicales et judiciaires depuis sa mise en ligne, début avril. Entre le 2 mars 2020 et le 3 décembre 2021, Raoult et son équipe ont traité à l’hydroxychloroquine (HCQ) plus de 30 000 patients, atteints ou non du Covid-19. Or ce traitement est non seulement hautement controversé mais la littérature scientifique mondiale a dénoncé son inefficacité, voire à sa dangerosité. 11 000 personnes seraient décédées à travers le monde après avoir été traitées au HCQ et les risques de surmortalité sont majorés de 11 % chez les patients ayant reçu ce traitement. Et le fait qu’un tel essai clinique sauvage ait pu être mené au grand jour sans qu’interviennent pour l’arrêter les autorités médicales concernées (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Agence régionale de santé, Conseil national d’éthique), et que Raoult puisse encore signer impunément un rapport sur cet essai aujourd’hui, semble indiquer que le professeur Foldingue bénéficie d’appuis en haut lieu, lui qui avait été qualifié, en son temps, de « grand scientifique » par Macron.