Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Emmanuel Macron n’a toujours pas félicité publiquement Justine Triet, la réalisatrice qui a pourtant remporté la Palme d’or à Cannes avec son film, Anatomie d’une chute. Un silence d’autant plus remarqué qu’en règle générale le président ne manque pas une occasion de s’afficher avec des personnalités pour faire parler de lui. Mais la macronie ne décolère pas contre le discours engagé de la réalisatrice qui, sur scène pour recevoir son prix, avait estimé que le mouvement contre la réforme des retraites avait été « nié de façon choquante » par le pouvoir « néolibéral ». Un crime de lèse-majesté qu’à l’évidence le locataire de l’Élysée ne lui pardonne pas.

Gabriel Attal, ministre délégué chargé des Comptes publics, a encore sévi pour dénoncer la « fraude sociale ». Propose-t-il d’en finir avec l’évasion fiscale des milliardaires et des groupes capitalistes ? D’en finir avec les aides publiques colossales qui montent à plusieurs centaines de milliards par an pour les géants comme Total, Stellantis et bien d’autres ? Bien sûr que non. C’est contre les travailleurs, retraités qui plus est, que le gouvernement veut « renforcer les sanctions ». En bon perroquet de l’extrême droite, il pointe du doigt les travailleurs immigrés qui vivraient moins de neuf mois par an en France. Et tout son projet est de la même eau sale.

On vient de célébrer le 70e anniversaire de la conquête de l’Everest par le Néo-zélandais Edmund Hillary et son sherpa népalais, Tenzing Nrgay. Aujourd’hui, du haut du plus haut sommet du monde (8849 mètres), on peut toujours contempler une vue magnifique mais aussi une mer… de déchets. L’ascension est devenue très à la mode et les autorités népalaises, qui estiment que chaque grimpeur leur rapporte 10 000 euros, ont largement aménagé la montagne pour qu’elle soit accessible au plus grand nombre. La saison a ouvert début mai et elle s’achèvera fin juin et devrait voir au moins 900 personnes tenter l’escalade. La conséquence en est que, chaque année, 60 tonnes de détritus, de bouteilles d’oxygène, de tentes, de canettes, de boites de conserve et d’excréments humains sont ramassées par « Sagarmatha », une association de sherpas locaux. Les sommets immaculés sont de l’histoire ancienne.

La 18e édition du Forum des médias arabes s’est déroulée sous l’égide du Premier ministre koweïtien, Ahmad Nawaf al-Ahmad al-Sabah. Selon l’agence de presse officielle, « l’événement a mis l’accent sur une série de questions relatives à l’avenir des médias dans la région ». Qu’est ce qui menace donc les médias du monde arabe ? On pourrait répondre le fait que des dizaines de journaux ont été suspendus ou interdits, des centaines de journalistes arrêtés ou empêchés de faire leur travail, voire tués. Mais la question n’a pas été abordée. On a préféré parler d’intelligence artificielle et de réseaux sociaux. À quand un forum des médias arabes sur la liberté de la presse ? On peut toujours rêver.

Réélu dimanche avec plus de 52 % des voix, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdoğan s’en est pris violemment aux LGBT dans son discours « de victoire » devant ses partisans. Tout au long de la campagne, il les avait insultés, utilisés pour attaquer l’opposition et l’accuser de vouloir détruire les valeurs familiales. En meeting, le chef de l’État n’avait jamais manqué de pointer du doigt cette communauté, lançant qu’« aucun LGBT ne peut être le produit de cette nation ! » et accusant l’Amérique et l’Europe occidentale de les avoir « introduits » dans le pays. Ce genre de délire, couplé à des propos misogynes, racistes et xénophobes, a permis à Erdoğan de l’emporter face à son adversaire, Kemal Kılıçdaroğlu, qui, en fin de campagne, s’était montré aussi nationaliste que lui. Finalement les classes populaires turques sont les grandes perdantes de cette élection.

Le Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, a annoncé la convocation surprise d’élections législatives anticipées le 23 juillet prochain au lendemain d’une déroute sans appel de la gauche gouvernementale face aux conservateurs lors d’un double scrutin municipal et régional. Le Parti socialiste ouvrier espagnol entraîne dans sa débâcle son allié de la gauche radicale, Podemos. Malgré quelques mesures sociétales – notamment en faveur des femmes – et une baisse (voire la suppression) de la TVA sur certains produits de première nécessité, Sanchez n’a pas su convaincre l’électorat populaire qu’il ne pouvait pas faire grande-chose face à l’inflation, au chômage et à la précarité. Sans parler que sa décision de maintenir – avec l’appui des confédérations syndicales – la retraite à… 67 ans en 2027, a plutôt été fraichement accueillie. Aujourd’hui la droite et l’extrême droite – c’est-à-dire le Parti populaire et son alliée néo-fasciste de Voz – sont bien placées pour remporter les prochaines législatives et tenter de faire payer toujours plus la crise aux classes populaires.

Soixante-trois personnes ont été secourues en mer durant le week-end alors qu’elles tentaient de gagner l’Angleterre à bord de bateaux de fortune. Dans un premier temps une embarcation ayant perdu son moteur dans l’eau a été secourue au large du Pas-de-Calais par la vedette de la Société nationale de sauvetage en mer qui a ramené sur la côte les quarante-six naufragés. De son côté un navire de soutien a récupéré 17 autres migrants à bord d’une seconde embarcation au large de Oye-Plage. Cette fois tous les migrants ont pu être récupérés sains et saufs mais d’autres drames se produiront dans les semaines et les mois qui viennent tant que les autorités françaises et britanniques refuseront de mettre en place des moyens sécurisés pour que ces hommes et ces femmes puissent gagner le pays de leur choix sans risquer leur vie.

Le gouvernement britannique a annoncé, mardi 24 janvier, que deux cents migrants mineurs non accompagnés avaient quitté leur hébergement sans laisser la moindre trace et étaient donc « portés disparus ». Le secrétaire d’État à l’Immigration, Robert Jenrick, a expliqué au Parlement que les mineurs ne sont pas détenus dans ces hôtels et sont libres de quitter les lieux. 440 signalements de disparitions ont été effectués, et 200 enfants manquent toujours à l’appel. 88 % des jeunes qui ont été signalés comme disparus sont Albanais, les autres originaires d’Afghanistan, Égypte, Inde, Vietnam, Pakistan et Turquie. La députée verte aux Communes, Caroline Lucas, a jugé « horrible » que des « enfants vulnérables soient abandonnés » par le ministère de l’Intérieur. Car c’est exactement ce qui se passe. Ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, lorsqu’ils ne sont pas menacés, comme d’autres migrants illégaux, d’être déportés en Ouganda. Dans ces conditions on comprend que certains préfèrent disparaître des radars.

Près de 175 pays ont rendez-vous ce lundi à Paris, au siège de l’Unesco, pour un deuxième cycle de négociations en vue d’établir un traité international contre la pollution plastique. Il est plus que temps. 460 millions de tonnes de plastique sont produites chaque année dans le monde et moins de 10 % est recyclé. La production annuelle, qui a plus que doublé en vingt ans, pourrait encore tripler d’ici 2060 si rien n’est fait. Le plastique, issu de la pétrochimie, est partout : emballages, fibres de vêtements, matériel de construction, outils médicaux. Des déchets de toutes tailles se retrouvent au fond des océans, dans la banquise, l’estomac des oiseaux, des poissons, et même au sommet des montagnes. Les deux tiers finissent jetés dans l’environnement. Mais il est probable que ce forum mondial ne donnera rien, divisé entre pays qui veulent mettre l’accent sur la réduction de la production des plastiques et ceux qui parlent d’un meilleur recyclage. Mais ni les uns ni les autres ne remettent en cause le système de production capitaliste lui-même, pourtant principal responsable de la pollution de la planète.