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Brèves

L’actualité en bref

Il y a quelques semaines l’ONG Reporters sans frontières publiait un rapport sur toutes les émissions diffusées par la chaine de télé CNews en mars dernier. Selon ce rapport, la chaîne avait largement favorisé l’extrême droite à l’écran, en lui donnant la parole en prime time, tandis que la gauche était surtout diffusée la nuit. Ce, pour qui connaît la chaine Bolloré, n’est guère étonnant. Saisie de la question, l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, avait répondu qu’elle n’avait pas détecté de manquement au pluralisme sur CNews. Pour en avoir le cœur net, les journalistes de la cellule investigation de Libération ont analysé 750 heures d’antenne et confirmé, sans surprise, que la droite et l’extrême droite sont largement favorisées aux heures de grande écoute en occupant 69 % du temps de parole politique, contre 16 % pour la gauche. La tendance s’inverse pendant la nuit (de minuit à 7 heures), où la gauche bénéficie de 60 % du temps de parole, tandis que la droite et l’extrême droite ne disposent plus que de 10 %. Ces résultats sont quasi identiques à ceux obtenus par Reporters sans frontières. À croire que l’Arcom a besoin de lunettes grossissantes pour faire son travail.

Le 10 décembre, agriculteurs, éleveurs et pêcheurs grecs ont bloqué le port de Volos, en Thessalie, par terre et par mer. Cette action s’ajoute aux nombreux barrages d’ampleur organisés depuis fin novembre pour dénoncer les retards de versement des subventions européennes, retards liés à un scandale de détournement de fonds : plus de 30 millions d’euros de la PAC (politique agricole commune) auraient été indûment réclamés via de fausses déclarations de terres et de troupeaux. Ces financements tardent alors que les éleveurs font face à une épidémie de variole ovine ayant entraîné des abattages massifs. Malgré les ordres d’interpeller les bloqueurs, la mobilisation reste forte et gagne de plus en plus de soutien.

200 personnalités ont publié une tribune dans Le Monde protestant contre la suppression, prévue dans le budget 2026, de l’Institut national de la consommation et de sa revue 60 millions de consommateurs. Cette dernière serait cédée au secteur privé. Comme le soulignent les signataires, cela revient à sacrifier sur l’autel des économies budgétaires l’information et de la défense des consommateurs confrontés à la puissance des géants du commerce mondial. Alors que Macron veut, parait-il, lutter contre la désinformation, il s’apprête à enterrer un titre qui, à sa modeste échelle, entendait mettre l’accent sur une consommation écoresponsable. Dans le passé, la revue a dénoncé des scandales liés à la mal-bouffe et plus récemment révélé celui des poupées sexuelles vendues sur Shein. De plus son réseau d’experts et de juristes apporte un soutien à des associations dont les enquêtes agacent nombre de grands patrons de différents secteurs (alimentation, habillement, BTP, automobiles, etc.). Raison de plus pour s’en débarrasser. Au cours des années, son budget avait déjà fondu comme neige au soleil et aujourd’hui on veut lui donner le coup de grâce.

Les rapports sur la richesse mondiale pointent tous dans la même direction : une infirme minorité d’ultra-riches s’en mettent plein les poches au détriment de la majorité de la population. Le dernier en date, que vient de publier Le Laboratoire sur les inégalités mondiales, un institut qui dépend de l’École d’économie de Paris, ne fait pas exception. Il révèle que 75 % du patrimoine planétaire est détenu par les 10 % les plus riches, qui touchent en outre 53 % des revenus mondiaux. À l’autre bout de la chaine, la moitié la plus pauvre de la planète (environ 2,8 milliards d’adultes) reçoit 8 % des revenus et détient 2 % du patrimoine. Depuis les années 1990, les choses s’aggravent un peu plus chaque année. Raison de plus pour se débarrasser de cette société qui polarise la richesse à un pôle et l’extrême pauvreté à l’autre.

Une enquête de L’Humanité pointe le fait que depuis presque deux ans des organismes financiers de l’Hexagone multiplient les mesures restrictives contre les soutiens du peuple palestinien. C’est dans ce cadre que des associations, des collectifs et des particuliers engagés dans la solidarité avec la Palestine dénoncent une série de blocages bancaires. Le phénomène touche des structures militantes, mais aussi des ONG et des citoyens agissant dans le cadre du droit humanitaire. De plus, plusieurs banques, comme la Caisse d’épargne et la Banque postale, sont accusées de bloquer les transferts d’argent vers la Cisjordanie et Gaza. En guise de défense, les banquiers opposent à chaque fois à leurs clients l’application des règles de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Terrorisme qui, une fois encore, a bon dos. Dans le même temps, les banques continuent d’alimenter, sans vergogne, la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés.

Le 19 septembre 1989, 170 personnes de 18 nationalités ont été tuées dans l’attaque préparée par les services secrets libyens contre l’avion DC-10 de la compagnie aérienne UTA. Ce qui n’a pas empêché, en 2007, deux proches de Sarkozy – Brice Hortefeux et Claude Guéant – d’approcher le responsable de cet attentat, un haut dignitaire libyen, Abdallah Senoussi, pour lui demander de financer la campagne électorale de Sarkozy. Pour mémoire Senoussi avait auparavant été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. C’est pourquoi des familles des victimes sont parties civiles dans le procès de financement libyen qui implique l’ancien président de la République. Mais ce dernier, dans le livre qu’il a rédigé en détention, se présente « comme une victime injustement prise pour cible par des familles ingrates et revanchardes ». Les familles en question se disent « affligées » par ce genre de commentaires et ajoutent : « Une fois encore, Nicolas Sarkozy inverse les rôles, faisant croire qu’il serait la véritable victime, celle de la douleur des familles du DC-10. C’est un choix assumé : déformer les faits et escamoter la vérité » et de poursuivre : « Affirmer n’avoir jamais eu de contact avec l’organisateur de l’attentat du DC-10 est une nouvelle distorsion de la vérité […]. Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer les liens existants entre ses plus proches collaborateurs et le numéro 2 libyen. » Un gros mensonge amplement démontré lors de son récent procès.

Le Conseil de Paris et le conseil régional d’Île-de-France ont privé de subventions une quarantaine de librairies indépendantes de la région parisienne pour avoir exposé des livres sur la Palestine et fait leur promotion auprès de tous les publics. Est plus particulièrement visée la librairie Violette and Co pour avoir mis en vitrine un livre de coloriage pour enfants intitulé From the River to the Sea (De la rivière à la mer). Cette librairie, située dans le 11e arrondissement de la capitale, qui se dit ouvertement lesbienne, féministe et pro-LGBTQIA+, est devenue depuis plusieurs années la bête noire d’un certain nombre d’élus de droite de Paris et de sa région qui essaient systématiquement de lui sucrer tout financement. Et, malheureusement, souvent ils y parviennent. L’association Les Ami-es de Violette and Co appelle à un rassemblement de solidarité jeudi 11 décembre à 18 heures devant le siège du conseil régional, 8 boulevard Victor-Hugo, 93400, Saint-Ouen.

Dans une vidéo visible sur les réseaux sociaux, Brigitte Macron a traité de « sales connes » quatre militantes du collectif féministe #NousToutes. La classe ! Ces dernières avaient interrompu aux Folies Bergère, à Paris, le spectacle de l’humoriste Ary Abittan. Elles étaient montées sur scène en portant des masques à l’effigie de l’acteur avec la mention « violeur » et en scandant « Abittan violeur ». Rappelons que ce dernier avait été accusé de viol en 2021 et avait bénéficié d’un non-lieu, mais son retour sur scène reste très contesté. C’est le lendemain de cet incident que Brigitte Macron s’est rendue au spectacle et a proféré des insultes sexistes à l’égard des militantes féministes en s’entretenant avec Abittan. Sur Instagram, l’actrice Judith Godrèche a apporté, parmi d’autres, son soutien au collectif avec ce message : « Moi aussi je suis une sale conne. Et je soutiens toutes les autres ». Bien dit…

L’observatoire européen du climat, Copernicus, vient de rendre publiques ses données enregistrées au mois de novembre. Elles révèlent que les températures ont été anormalement élevées à l’échelle planétaire à tel point que 2025 pourrait devenir la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée. Copernicus souligne par ailleurs que le dérèglement climatique généré par l’activité humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, plus meurtriers et plus destructeurs. Et de souligner que le mois de novembre « a été marqué par plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des cyclones tropicaux en Asie du Sud-Est, qui ont provoqué des inondations catastrophiques à grande échelle et causé des pertes humaines ». Le bilan a dépassé le millier de morts en l’espace de quelques jours. Au cours des prochaines années les choses devraient empirer car toutes les discussions internationales sur le sujet, dans les COP ou ailleurs, refusent de s’attaquer à la racine du mal : le système capitaliste qui pourrit la planète et l’existence de milliards de personnes.