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Brèves

L’actualité en bref

Des vidéos filmées dans le nord du territoire montrent des soldats israéliens tirer sur deux Palestiniens qui avaient pourtant les bras levés et étaient sur le point de se rendre. La scène a été filmée sous plusieurs angles, notamment par un journaliste de l’Agence France-Presse. L’armée israélienne a « ouvert une enquête » mais le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a tenu à apporter son « soutien total aux garde-frontières et aux soldats de l’armée qui ont ouvert le feu sur des terroristes recherchés sortis d’un bâtiment à Jénine ». De son côté, B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a souligné que « l’exécution documentée aujourd’hui est le résultat d’un processus accéléré de déshumanisation des Palestiniens et de l’abandon total de leurs droits par le régime israélien ». Et d’ajouter : « Il est du devoir de la communauté internationale de mettre fin à l’impunité d’Israël et de traduire en justice les responsables de la planification et de l’exécution de sa politique criminelle contre le peuple palestinien. » Un vœu pieu car les grandes puissances soit soutiennent la politique génocidaire d’Israël, soit ferment les yeux sur ses crimes.

La cour d’appel de Tunis a prononcé des peines allant jusqu’à 45 ans de prison contre 37 opposants au président Kais Saied. La majorité des prévenus sont détenus depuis leur arrestation au printemps 2023 et poursuivis pour « complot contre la sûreté de l’État » et « adhésion à un groupe terroriste ». Des accusations parfaitement bidonnées. L’ONG Human Rights Watch (Veille sur les droits humains) a dénoncé « une campagne de répression contre toute forme de critique ou dissidence » et demandé l’annulation des peines prononcées. Depuis un coup de force de l’été 2021, par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs, Saied a fait la chasse à tous les opposants et des dizaines d’avocats, de journalistes, de militants humanitaires et de syndicalistes sont détenus pour des accusations de complot ou en vertu d’un décret sur les fausses informations. Un important recul des droits et libertés dans le pays dénoncé par nombre d’ONG tunisiennes et étrangères.

L’Ifop a réalisé un sondage sur les musulmans en France pour une obscure revue, Écran de veille, spécialisée dans « la veille sécuritaire et la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et le fanatisme ». Le sondage en question, fort de 60 pages, a été critiqué pour son manque d’objectivité et ses biais méthodologiques, notamment du fait qu’il mélange allègrement immigrés de fraiche date et personnes vivant dans le pays depuis plusieurs générations. Mais ce sondage a été largement cité et repris par nombre de médias, et aussi par la droite et l’extrême droite qui y ont vu une preuve supplémentaire de l’« islamisation » du pays. À se demander si alimenter la propagande xénophobe et anti-musulmane n’ était pas le seul but de cet exercice.

Dans une enquête qu’il vient de rendre publique, l’ONG Reporters sans frontières, relayée par le magazine Complément d’enquête de France 2, accuse CNews, la chaine du milliardaire bien réactionnaire Vincent Bolloré, de contourner ses obligations légales en diffusant des interviews des leaders d’extrême droite et des reportages sur leur politique à des heures de grande écoute, en reléguant les différentes composantes de la gauche (La France insoumise, PS, EELV, PCF…) aux heures de nuit alors que la plupart de ses téléspectateurs sont couchés. Dans les tranches horaires 7-10 heures et 18-21 heures, l’extrême droite cumule 40,6 % du temps d’antenne contre 15,4 % pour la gauche tandis qu’entre minuit et 7 heures du matin, la gauche grimpe à 60,1 %, contre 1,6 % pour l’extrême droite. C’est ce que CNews appelle sans rire le respect du pluralisme politique. L’ONG a indiqué qu’elle « va saisir » l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour faire constater ces anomalies. On lui souhaite bien du plaisir. Car, dans un passé récent, CNews a écopé de pas moins de huit sanctions et six mises en demeure de l’Arcom pour des propos tenus sur son antenne et le non-respect de ses obligations légales. Ce qui ne l’a nullement empêché de continuer à déverser sa propagande xénophobe, raciste, sexiste et anti-LGBT+. Car en système capitaliste qui a l’argent peut à peu près tout se permettre.

Le projet de loi des finances 2026 prévoit de faire passer le fonds de soutien à l’expression radiophonique de 35,6 millions d’euros à 19,6 millions, soit une baisse de 44,6 %. Si cette décision est entérinée, elle mettra en danger nombre de radios libres parmi les 770 que compte le pays. Ces radios, à l’origine « pirates », ont été officialisées en 1982 après la libéralisation de la communication audiovisuelle, mettant fin au monopole d’État et permettant l’émergence de nombreuses stations indépendantes. Aujourd’hui, elles sont principalement animées par des équipes associatives formées d’un ou deux permanents appuyés par des bénévoles et financées principalement par des subventions publiques (État, collectivité locales), mais aussi par les dons des auditeurs, la publicité ne pouvant représenter plus de 20 % de leur budget. Cette baisse drastique des subventions va obliger nombre d’entre elles à licencier, voire à mettre la clé sous la porte, alors qu’elles apportent une information et une animation de proximité irremplaçables.

Il n’y a pas que de ce côté du Rhin que le réarmement bat son plein au son du clairon. Le gouvernement de coalition du chancelier Friedrich Merz, auquel participent activement les sociaux-démocrates, a décidé que, d’ici cinq ans, le budget militaire allemand se hisserait au troisième rang mondial derrière ceux des États-Unis et de la Chine. À ce moment-là les dépenses militaires atteindront 162 milliards d’euros. Berlin prévoit d’investir ces prochaines années 50 milliards dans les blindés et les transports de troupe, 80 milliards dans les munitions, 80 milliards dans sa flotte, 35 milliards dans les satellites et l’espace, 10 milliards dans le numérique militaire et 10 milliards dans les drones. Dès la fin de l’année prochaine le budget militaire allemand atteindra plus du double que le budget tricolore, 108,2 milliards contre 57,2 milliards. Et, en 2026, l’Allemagne va réintroduire un service militaire volontaire pour les hommes de 18 ans, visant à atteindre 460 000 soldats d’ici 2035. Partout en Europe droite et gauche, main dans la main, préparent la prochaine guerre. Aux classes laborieuses de s’y opposer.

Amnesty International vient de publier deux rapports, révélant des conditions de travail précaires et des violations des droits humains dans l’industrie textile en Asie du Sud. Les rapports, intitulés « Des patrons inflexibles » et « Les oublié·e·s de la mode », se concentrent sur les situations en Inde, au Bangladesh, au Sri Lanka et au Pakistan. Et le constat est sans appel. Partout les ouvrières et ouvriers du textile sont sous-payés, surchargés de travail, se voient imposer des horaires démentiels et priver de leurs droits syndicaux. Cette surexploitation est possible grâce à une collaboration entre les marques de mode, les propriétaires d’usines et les gouvernements locaux. Si le Chinois Shein est souvent pointé du doigt ses concurrents tricolores, cette forme moderne d’esclavagisme profite aussi aux marques européennes et françaises comme Adidas, H&M, Zara, Asos, Uniqlo, etc. Elles ne sont vraiment pas en position de faire la leçon à quiconque…

En 2024, 1 297 personnes ont perdu leur vie au travail, le chiffre le plus élevé jamais enregistré depuis vingt ans, selon le dernier rapport annuel de l’Assurance maladie. Dans le détail, 764 salariés sont morts lors d’un accident du travail, 318 lors d’un accident de trajet (entre le lieu de travail et le domicile) et 215 en raison d’une maladie professionnelle. En outre, l’Assurance maladie a recensé 716 475 accidents du travail reconnus. Le nombre de décès liés au travail n’a cessé de croître depuis 2020, avec 550 morts cette année-là, 645 en 2021, 738 en 2022, 759 en 2023, et 764 en 2024. Et ces chiffres sont sans doute largement sous-estimés. D’abord parce qu’ils ne concernent que les salariés du privé, pas ceux du secteur public, et ne tiennent pas compte des accidents du travail qui ont touché agriculteurs et travailleurs indépendants. Ensuite parce que les employeurs minimisent les accidents et ne les déclarent pas tous pour éviter les sanctions. Car ce n’est pas le travail en lui-même qui tue, mais l’exploitation capitaliste.

Selon une nouvelle étude que vient de publier l’une des principales institutions scientifiques allemandes, l’institut Max-Planck de recherche démographique, au moins 100 000 Palestiniens auraient été tués par Israël dans la bande de Gaza. Un total bien plus élevé que celui avancé par le ministère palestinien de la Santé, qui s’approche des 70 000 morts. Pour arriver à ce chiffre, les chercheurs du centre se sont notamment appuyés sur les données du ministère de la Santé de Gaza, du Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés (B’Tselem), du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, du Groupe inter-institutions de l’ONU pour l’estimation de la mortalité infantile et du Bureau central palestinien des statistiques. De plus l’espérance de vie dans l’enclave ravagée a chuté de 44 % en 2023 et de 47 % en 2024. Et le génocide continue…