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Brèves

L’actualité en bref

Après Pétain, c’est le dictateur espagnol Franco que l’extrême droite française a honoré d’une messe. Pour le tirer de l’enfer où erre son âme, sans doute ? Le bourreau de la révolution de 1936-1939 a fait massacrer des centaines de milliers d’opposants après sa victoire, puis imposé un black-out total sur ces tueries. L’Espagne compte 6 000 fosses communes, la plupart jamais exhumées, et 114 000 victimes sont toujours portées disparues. Faire toute la lumière imposerait un bras-de-fer avec les héritiers politiques de Franco. En fait probablement une nouvelle révolution. Victorieuse, celle-là.

C’est ce que clament les ouvriers de Valeo en Pologne. La plupart gagnent à peine plus que le salaire minimum, de 3 500 zlotys, soit 830 euros par mois. Jeudi 20 novembre, une grève pour 1 000 zlotys (235 euros) d’augmentation, le doublement de la prime d’équipe et des augmentations de salaire à l’ancienneté a éclaté dans plusieurs usines. Mercredi prochain, les grévistes viendront à Paris au siège du groupe. Ils doivent trouver notre soutien. Leur victoire serait une aide pour tous les travailleurs de l’automobile.

Deux ONG spécialisées dans la protection des forêts, Canopée et Reclaim Finance, ont dénoncé les groupes bancaires BNP Paribas, BPCE (né de la fusion des Banques populaires et des caisses d’épargne), Crédit agricole et Société générale pour les prêts qu’ils ont accordés à des négociants de soja, dont les géants agro-alimentaires américains Cargill et Burge, qui commercent avec des grands groupes agricoles brésiliens qui assurent leur production en déforestant des régions entières du pays. En 2024, les deux mastodontes ont réalisé ensemble un chiffre d’affaires de 200 milliards de dollars (174 milliards d’euros). D’excellents clients donc pour les banques tricolores qui n’ont jamais été très regardantes sur l’éthique de leurs clients. D’autant plus que la protection de la nature n’est pas cotée en bourse.

Nicolas Sarkozy a annoncé la sortie début décembre d’un livre, intitulé Le journal d’un prisonnier, qui raconte son séjour à la prison de la Santé. Une expérience qui a duré en tout et pour tout vingt jours en cellule individuelle avec téléphone alors que ses repas lui étaient préparés par un traiteur. De plus il recevait tous les jours la visite du directeur, venu s’enquérir de son confort, mais aussi celle de son copain, le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Si on ajoute à cela qu’il avait deux gardes du corps chargés de sa sécurité, on comprend l’immense calvaire qu’il a dû endurer pendant moins de trois semaines. À côté de cela, les vingt ans de Jean Valjean au bagne, le séjour du capitaine Dreyfus à l’île du Diable ou l’enfermement d’Alexandre Soljenitsyne au goulag font pâle figure ! Sans surprise, ce livre est édité par les éditions Fayard, qui appartiennent au milliardaire ultra-réac Vincent Bolloré, grand copain de l’ancien président de la République. Si Sarkozy n’obtient pas le Nobel de littérature ou le prochain prix Goncourt c’est que vraiment les gens sont méchants.

Une douzaine de fédérations du commerce et de l’industrie et une centaine de marques ont annoncé avoir engagé une action commune en justice contre la plate-forme chinoise Shein pour « concurrence déloyale ». Et de dénoncer pèle-mêle les conditions de travail et de salaire en Chine, des marchandises qui ne répondent pas aux critères de qualité et de sécurité applicables au sein de l’Union européenne, des pratiques commerciales trompeuses, etc. Que Shein exploite des enfants ou des prisonniers ouïghours pour fabriquer sa camelote n’est guère contestable. Mais les capitalistes bien de chez nous qui lui font la morale ont été parmi les premiers à profiter des bas salaires en Chine d’abord, puis au Vietnam et au Cambodge, pour trouver sur place des sous-traitants peu scrupuleux pour fabriquer leurs produits à bas coûts. Aujourd’hui, leur campagne anti-Shein a des relents xénophobes destinée notamment à convaincre les consommateurs d’ « acheter français ». Là encore le patriotisme économique sert surtout aux capitalistes à nous faire les poches.

Les violences faites aux enfants sont largement présentes dans la société. C’est ce que met de nouveau en lumière une enquête nationale de la Fondation action enfance. Réalisée auprès de 1 000 personnes et publiée le 20 novembre à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, elle révèle que 12 % de celles et ceux interrogés déclarent avoir subi des maltraitances durant leur enfance. Pour le dire autrement 6 à 7 millions de personnes affirment avoir été victimes dans leur enfance de violences de toute nature, psychologique, physique ou sexuelle. Tout cela reflète le fait que dans une société basée sur une violence de classe, qui imprègne tous les aspects de la vie courante, les premières victimes sont les plus faibles et les plus fragiles c’est-à-dire… les enfants.

À l’occasion de la tenue, les 22 et 23 novembre, à Johannesburg, en Afrique du Sud, du forum du groupe des vingt pays les plus riches du monde (G20), l’ONG Oxfam a calculé que la fortune des milliardaires vivant dans ces pays est passée d’une année sur l’autre de 13 400 milliards de dollars à 15 600 milliards, c’est à dire de 12 000 milliards à 13 600 milliards d’euros, soit une augmentation de 16,5 %. Selon l’ONG, ces milliards supplémentaires « auraient largement suffi à sortir 3,8 milliards de personnes de la pauvreté ». Mais pas question de compter sur le bon cœur des ultra-riches pour venir au secours des plus nécessiteux. Pour cela il faudra les exproprier. Rappelons que depuis l’an 2 000 les 1 % les plus riches ont accaparé 41 % de toutes les richesses créées dans le monde.

Lors de son passage au Congrès des maires de France, le chef d’état-major des Armées, le général Fabien Mandon, a évoqué l’imminence d’une confrontation guerrière avec la Russie « dans trois ou quatre ans » en ces termes : « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors on est en risque. » Bref, il faut envisager de voir la jeunesse se faire massacrer pour la plus grande gloire du pays et se serrer la ceinture pour laisser prospérer les marchands de canons et de Rafale. Très peu pour nous. Comme l’écrivait Anatole France au lendemain de la Première Guerre mondiale : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour les industriels. » Guerre à la guerre, à bas l’armée ! 

Chaque jour dans le pays plus de trois femmes sont victimes de féminicide ou tentative de féminicide conjugal selon les dernières données de la Mission interministérielle pour la protection des femmes portant sur 2024. De son côté l’Observatoire national des violences faites aux femmes note que, l’an dernier, 1 283 femmes ont été victimes de tels comportements criminels, une nette augmentation par rapport à 2023 où le chiffre atteignait 1 196 cas. « Toutes les sept heures, il y a une femme que son conjoint ou ex-conjoint tue, tente de tuer, conduit à se suicider ou à tenter de se suicider », précise l’Observatoire. Dans le détail, 107 femmes ont été victimes de féminicides conjugaux l’an dernier, 270 de tentatives de féminicides, et 906 ont fait l’objet de harcèlement de leur conjoint ou ex-conjoint ayant conduit au suicide ou à une tentative. Concernant les autres violences commises contre les femmes, l’enquête rappelle qu’une femme est victime toutes les deux minutes de viol, tentative de viol ou d’agression sexuelle. Et toutes les 23 secondes, une femme subit du harcèlement sexuel, de l’exhibition sexuelle ou l’envoi non sollicité de contenus à caractère sexuel. Ce rapport est publié à quelques jours du 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Violences qui non seulement ne disparaissent pas mais progressent.