
L’Observatoire des multinationales, dans un article du 21 janvier, relayé par le journal de 20 heures de France TV le 27 janvier, révélait que le géant français de l’informatique soutenait la police américaine ICE, tristement célèbre pour ses exactions dont les meurtres de Renée Good et Alex Pretti, dans sa traque aux étrangers. Les contrats remportés par sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS) fin 2025 ont pour objet de les identifier et de les localiser. Comble du cynisme, la rémunération devait évoluer en fonction des « résultats », donc du nombre d’arrestations, jusqu’à pouvoir atteindre 365 millions de dollars.
Face au tollé, la direction de Capgemini a mis en vente sa filiale CGS et assure n’avoir jamais connu les détails de ces contrats « classifiés ». Hypocrisie : Capgemini collabore avec l’ICE depuis près de 20 ans pour « optimiser » la gestion des camps de détention et les déportations. L’entreprise s’en vantait récemment sur son site internet, mais a fait le ménage depuis.
Côté gouvernement français, on feint l’indignation. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a rappelé que « le respect des droits de l’homme est un sujet ». Pourtant Capgemini n’est pas un cas isolé : d’après Libération du 30 janvier, ICE compte sur des drones de la société Parrot et sur des logiciels de gestion de données biométriques de Thales, deux entreprises dont l’État est actionnaire, directement ou indirectement. Le gouvernement préfère fermer les yeux. Sans parler du fait que la chasse aux étrangers existe aussi ici, en France, avec des conséquences tout aussi funestes, comme le meurtre de El Hacen Diarra dans le commissariat du 20e arrondissement le 14 janvier.
Cette affaire a légitimement suscité colère et indignation chez de nombreux salariés de Capgemini, qui se posent le problème d’éviter d’être associés à des projets de ce type. La meilleure des clauses de conscience ne pourra venir que d’une mobilisation collective qui leur permettrait de mettre leur nez dans les contrats, brisant le secret des affaires, jusqu’à décider des contrats à honorer ou non.
Adrian Lansalot