Le 6 février, le directeur général de Stellantis, Filosa, a annoncé une probable « perte » de 23 milliards pour l’année 2025. Au-delà du tapage médiatique, on comprend qu’il y aurait 22 milliards mis de côté pour des « charges exceptionnelles » afin de réorienter la production mondiale vers moins de véhicules électriques et plus de thermiques et hybrides. Il explique cela comme un « reset » des comptes laissés par son prédécesseur Tavares. En réalité, ces « pertes » sont des artifices comptables. Sur les 22 milliards il y a 15,7 milliards de dépréciation d’actifs, une estimation très arbitraire.
Mais pour rassurer les actionnaires, le directeur général avoue qu’il y a en réalité 46 milliards d’euros de réserve dans les coffres de Stellantis. Le groupe va investir 13 milliards de dollars aux États-Unis, 6 milliards au Brésil… Au deuxième semestre 2025, les ventes mondiales ont augmenté de 11 % et 39 % rien qu’en Amérique du Nord. Bref, pas de quoi s’inquiéter pour les riches, ils n’auront pas de dividende cette année mais se rattraperont plus tard.
Ce genre de « reset » financier a été aussi pratiqué en décembre par Ford (20 milliards de dollars de charges exceptionnelles annoncées) et par General Motors (7,7 milliards de dollars). Les constructeurs adaptent leur production mais aussi leur communication.
Cela justifie de plomber les salaires de ses ouvriers : 1 % d’augmentation générale cette année pour les sites Stellantis en France, soit 17 euros net mensuels pour un opérateur. La direction et ses syndicats béni-oui-oui se satisfont que ce soit au-dessus des 0,7 % de l’inflation officielle. Les ouvriers confrontés à l’inflation réelle et au blocage des salaires depuis des années ont de quoi être en colère.
Car au massacre des salaires s’ajoute celui des emplois. Après le Royaume-Uni (Luton, 1 100 salariés), les fermetures de sites Stellantis se profilent en France à Douvrin et Poissy.
18 février 2026. Correspondant