
Les soldats français du Reich, documentaire de Jean Bulot, 2024
Disponible en replay sur www.arte.tv jusqu’au 15 septembre 2026
Entre 1941 et 1945, plusieurs milliers de Français se sont engagés comme supplétifs de l’armée allemande sous le nom de « Légion des volontaires français contre le bolchevisme » (LVF), ou bien carrément dans la Waffen-SS, la branche militaire du parti nazi. Le prétexte à cette collaboration militaire ? Défendre l’Europe contre une supposée menace soviétique. En fait, des militants de l’extrême droite de l’époque saisissent l’occasion offerte par l’invasion de l’URSS par les troupes d’Hitler le 22 juin 1941 pour jouer, au départ à peu de frais, les seigneurs de guerre. Avec une propension à la barbarie inversement proportionnelle à ses bien piètres talents militaires, la LVF est bien vite affectée à la surveillance et la persécution des populations situées sur les arrières du front germano-soviétique. Or, c’est précisément là que se déroule une partie majeure de l’extermination des Juifs, la « Shoah par balles ». Les soudards de la LVF puis de la division SS « Charlemagne » ne tardent pas à se couvrir les mains de sang.
Appuyé sur des documents et des témoignages de première main, éclairé par les commentaires de quelques-uns des meilleurs historiens du nazisme et du génocide juif (Tal Bruttmann, Marie Moutier-Bitan, Masha Cerovic, Johan Chapoutot, Christian Ingrao), l’exposé méthodique de Jean Bulot apporte un démenti cinglant à la mythologie dont l’extrême droite nimbe les prétendues « aventures » de ses « héros ». Une mythologie dont le corollaire est le négationnisme. Il fallait après guerre masquer à tout prix la participation au génocide des Juifs comme à la destruction systématique de villages biélorusses entiers. À partir de 1944, c’est la répression des maquis en France qui occupe une partie des anciens de la LVF recyclés dans la Milice de Darnand, ce bras armé de la collaboration vichyste. À Vassieux-en-Vercors et ailleurs, ils mettent en œuvre les méthodes avec lesquelles ils martyrisaient les Soviétiques quelques mois plus tôt. Et si certains payent après la chute du nazisme leur participation à quelques-uns de ses crimes, nombreux sont ceux qui passent sous les radars de l’épuration. Vite libérés, ils peuvent reprendre leur combat politique pour une Europe blanche. Jusqu’à fonder sous la direction de Jean-Marie Le Pen le Front national, ancêtre de l’actuel Rassemblement national.
Mathieu Parant