Nos vies valent plus que leurs profits

Une jeunesse indienne, film de Neeraj Ghaywan

Une jeunesse indienne, film de Neeraj Ghaywan

 

Dans un village de l’Inde, deux jeunes amis, l’un musulman, Mohammed, l’autre hindou et « intouchable », Chandan, ont un rêve : avoir un travail offrant bon salaire, sécurité de l’emploi et respectabilité. Ils décident donc de passer le concours de recrutement de la police, pour lequel il y a 3 500 « élus » sur deux millions et demi de candidats, mais qui est ouvert à tous les Indiens : « Quand tu portes l’uniforme, personne ne fait attention à ta caste ni à ta religion », dit Chandan.

Mohammed et Chandan vont de désillusions en désillusions lorsqu’ils essayent d’avancer et de s’offrir une vie meilleure, car leur condition leur colle à la peau. Ils décident donc de partir pour gagner leur vie ailleurs.

Chandan et Mohammed atterrissent à Surate, dans le nord-ouest de l’Inde, dans une usine de textile. Mais, avec la pandémie de Covid-19, les usines et les commerces ferment les uns après les autres. Des milliers d’Indiens des villes n’ont pas d’autre choix que de retourner dans leur village d’origine afin de survivre. Mohammed et Chandan font partie des voyageurs.

Ce film, réalisé par Neeraj Ghaywan, dénonce le fonctionnement de la société indienne encore soumise à la hiérarchie des castes. Un fonctionnement renforcé par la politique de Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde depuis 2014, ayant cherché à se présenter en défenseur des pauvres en faisant élire un Intouchable à la présidence de l’Inde, mais en réalité défenseur des castes et, surtout, suprémaciste hindou attisant la haine des Indiens musulmans. L’amitié de Chandan et Mohammed est comme un refuge dans lequel les différences s’effacent. Leur solidarité leur permet de tenir ensemble, mais pas de les faire sortir de leur condition.

Orianne Liturri