La direction de Stellantis a annoncé jeudi 16 avril « l’état d’avancement du plan moyen terme » sur l’avenir de l’usine de Poissy, en grande pompe, à grand renfort de presse, de politiciens serviles et de syndicalistes complaisants. Tout ça pour révéler ce que tous ceux qui n’étaient pas dans le déni ou aux ordres de la direction savaient depuis longtemps : l’usine de Poissy va bien cesser la production automobile, en 2028 au plus tard. La direction prétend conserver 1 000 postes sur site : la moitié de ceux qui y travaillent.
On aura vu, pour la première fois lors d’une fermeture, certains syndicats béni-oui-oui, du groupe ou de l’usine, se réjouir et se féliciter, d’autres en plein déni en appeler encore, malgré les annonces, à l’attribution d’« un nouveau véhicule ».
Derrière les mensonges : 1 000 postes aussi bidon que les 100 millions annoncés
1 000 postes jusqu’à 2030 et 100 millions d’euros investis sur cinq ans ? Pourtant ce n’est pas ce que disent les seuls chiffres fournis : 200 salariés maximum à l’emboutissage, 10 pour faire des pièces de rechange ferrage, 40 pour une casse automobile de toutes petites pièces. Contrairement à ce que dit la presse : rien à voir avec ce qui se fait à Renault Flins où toute la voiture est refaite à neuf. La direction veut aussi prendre 190 postes de l’activité moteurs au site de Vesoul. À quoi elle rajoute un catalogue d’ateliers et activités bidon : petite cabine de peinture automobile, équivalente à ce qu’on trouve dans un garage, peut-être un atelier d’impression 3D pour des pièces ? Aucune qui soit chiffrée… Ridicule !
Calcul rapide : 200 + 10 + 40 + 190 = 450, on est loin des 1 000 annoncés. Pareil pour les 100 millions d’investissement : 20 millions par an sur cinq ans ? Pour quoi faire ? Des petits ateliers et projets bidon ? Dont personne ne veut préciser ni le nombre de salariés ni les budgets.
Seule annonce sérieuse et d’autant plus révoltante !
La seule annonce sérieuse, est le transfert d’une « activité moteurs » du site de Vesoul à celui de Poissy. Une nouvelle « délocalisation » franco-française en quelque sorte, car cette activité avait déjà été prise au site Stellantis d’Hérimoncourt, il y a cinq ans, au moment de sa fermeture. Aujourd’hui, elle mobilise à Vesoul 130 intérimaires et 60 CDI (190 emplois), le déménagement leur a été annoncé pour juin… Ainsi que la suppression de leur poste ! Les pièces vont continuer à passer par Vesoul pour ensuite aller à Poissy. Un comble !
La décision « sortie du chapeau » est d’autant plus « politique » qu’elle n’a aucune justification : la direction devait bien annoncer quelque chose pour rendre « crédible » ses bobards et cette « activité moteurs » à Poissy pourra dès demain être transférée ailleurs.
Mais aucun ouvrier de Poissy n’a demandé à prendre l’activité des salariés de Vesoul. Cynique, Stellantis a patiemment attendu la fin des élections professionnelles à Vesoul pour faire son sale coup : 190 postes en moins, 10 % des effectifs ! Principal bénéficiaire de la manœuvre : le syndicat pro-patronal complice, dont le secrétaire n’hésite pas à s’afficher avec le député RN local, bien sûr dans le cadre d’une campagne du syndicat « pour l’emploi », intitulée « L’Avenir de Stellantis France ».
L’emboutissage en sursis
Seul l’emboutissage et ses 200 postes resteraient donc à Poissy. L’emboutissage de PSA Aulnay avait lui aussi survécu 12 ans à la fermeture du site : à MA France Aulnay qui vient de fermer après des mois de luttes en 2024. À Poissy, 60 % de la production fonctionne pour le site Stellantis de Hordain (ex-Sevelnord, qui n’a pas de secteur emboutissage), mais pour combien de temps ? 25 % de la production était pour Poissy : mais comme il n’y aura de véhicules, la direction menacera très vite les postes qu’elle jugera « en trop ».
Mobilisation le 23 avril et après… afin de se coordonner avec tous les sites menacés
Stellantis prétend qu’elle va fermer le plus grand site de production automobile de la région parisienne en deux ans… sans licenciements ! Au « volontariat » dit-elle. Méthode de Stellantis éprouvée depuis des années pour forcer au départ de dizaines de milliers de salariés, notamment à coups de postes impossibles. Mais le passage de l’usine à une équipe d’ici probablement à la fin de l’année risque d’afficher la vérité des prix : des centaines de départs forcés et des licenciements ! Ceux qui resteront seront en sursis jusqu’à 2028, à produire quoi ? La direction ne veut aucune annonce collective qui appellerait une riposte qui le serait tout autant. Ce qu’elle redoute, les travailleurs doivent l’organiser.
Jeudi 23 avril, la CGT appelle à un rassemblement devant la mairie de Poissy (appel national qui précédait les annonces), les syndicats CGT, SUD et Unsa appellent à la grève et au débrayage pour s’y rendre. Ils seront rejoints par des délégations des sous-traitants directs : MCSynchro (roues) et Lear (sièges). La venue de salariés de Lisi Automotive (fixations plastiques) serait une force pour tous, eux qui sont menacés de fermeture et de licenciement dans les semaines qui viennent. D’autres délégations des sites automobiles Stellantis et Renault de région parisienne et d’ailleurs s’y retrouveront. Au moment où Stellantis ferme les sites de Poissy et Douvrin et menace des centaines, voire des milliers de postes sur les autres sites et chez les sous-traitants, il est vital que les ouvriers des entreprises menacées prennent contact en vue de se coordonner, afin que la lutte devienne crédible à Poissy et se généralise partout en France.
Léo Baserli
