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Élections en Hongrie : la fin de l’ère Orbán

Peter Magyar et Viktor Orbán, 2024

Après 16 ans au pouvoir, l’ultraréactionnaire Premier ministre hongrois Viktor Orban a essuyé une défaite éclatante aux élections législatives du 12 avril, contre le principal candidat d’opposition, Peter Magyar – 54 % contre 38 %. Le seul autre parti qui intègre de justesse le Parlement est le groupe d’extrême droite « Mouvement Notre patrie »1, avec 6 %. Le scrutin était fortement anticipé, peut-être plus par les médias libéraux que par les électeurs eux-mêmes, comme « référendum sur l’Europe ». Un enjeu qui s’est traduit par une forte participation – 80 % –, mais aussi une forte crainte de fraude – 76 % des Hongrois s’attendaient à des « ingérences ». C’est d’ailleurs l’axe qu’a choisi Orbán pour sauver la mise, en mettant en scène une fausse découverte d’armes ukrainiennes près de la frontière, puis en invitant J.D. Vance – ingérence acceptée, elle – pour agiter le spectre des lobbys libéraux de l’UE. Sans succès.

Les rats quittent le navire… et reprennent le gouvernail

Peter Magyar est lui-même un ancien du Fidesz d’Orbán, qui a quitté le navire pour se repositionner en faisant une OPA sur le parti Tisza, largement inactif jusque-là (mais donc aussi libre de scandales de corruption). Autoproclamé « conservateur libéral », il se distingue surtout d’Orbán par une attitude plus pro-européenne. Depuis plus d’un an, il s’est lancé dans une longue campagne en s’imposant habilement comme seul alternative à un Orbán, dont le crépuscule devenait de plus en plus évident. S’il a avancé quelques promesses pour rafler le vote populaire – augmentation de dépenses pour l’éducation et la santé, lutte anti-corruption2 – et petit-bourgeois – baisse d’impôts et subventions aux PME – son score est essentiellement le résultat d’un vote de ras-le-bol de plus de 15 ans de politique autoritaire, anti-sociale et réactionnaire.

Un soulagement, mais pas une solution

Les classes populaires hongroises ont bien raison de pousser un soupir de soulagement et de se réjouir d’avoir dégagé, enfin, Viktor Orbán. Mais celui qui le remplace n’est qu’une version recyclée de son régime. Sans même parler des juges, hauts fonctionnaires, journalistes, et autres mis en place pour cadenasser l’appareil d’État et l’espace public.

Mais l’atmosphère sociale du pays n’a pas été le calme plat les dernières années, avec une longue grève des enseignants, des grèves – courtes et encadrées, mais parfois victorieuses – dans l’automobile, une grève sauvage des éboueurs de Budapest l’an dernier et la manifestation monstre de la pride de l’an dernier, véritable plébiscite anti-Orbán. C’est là que se trouvent les perspectives. Orbán est dégagé, aux travailleurs et travailleuses de pousser plus loin.

Dima Rüger