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Ukraine — Trompe-l’œil de négociations entre Trump et Poutine, mais les peuples trinquent

Le 14 avril dernier, c’était le 1510e jour de guerre en Ukraine. Ce printemps 2026 est celui de la cinquième année de guerre depuis l’invasion dite « à grande échelle » du pays par l’armée russe en février 2022. Depuis plus d’un an, Trump et Poutine se livrent à une mise en scène de négociations dont personne ne voit le bout. Le président ukrainien Zelensky se prête au jeu, flanqué de dirigeants impérialistes anglais, allemand et français qui le poussent au jusqu’au boutisme – la poursuite de la guerre étant motif pour eux à croissance de leurs budgets militaires. Et c’est ainsi qu’un pays continue à être miné, même si face à la mise à feu et à sang de l’Iran et du Liban sous les bombes de Trump et Netanyahou, la guerre en Ukraine serait presque oubliée. Comble du cynisme, Poutine qui continue à mobiliser, appauvrir et bâillonner la population russe pour poursuivre cette guerre à fins impérialistes oligarchiques, s’est récemment proposé comme médiateur dans le conflit du Moyen Orient.

Les pertes militaires ne sont pas communiquées par les autorités ukrainiennes, peut-être jusqu’à 100 000 morts et des centaines de milliers de blessés. Du côté des civils, peut-être 15 000 tués et 40 000 blessés depuis février 2022, selon des chiffres de l’ONU. Dont 3 000 enfants morts ou blessés, une grande partie d’entre eux privés d’une scolarité normale, voire de toute scolarité. Par ailleurs, ce conflit a engendré l’une des plus grandes crises de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale : plus de 6,3 millions de personnes ont fui le pays, 3,7 millions ont été déplacées dans le pays, contraintes d’abandonner leur domicile. Et c’est toute une économie qui est dévastée, ce qui ne veut pas dire que les plus gros capitalistes, dont Zelensky reste le représentant, n’ont pas tiré leur épingle du jeu.

La guerre, ou un corps à corps pour se disputer quelques kilomètres carrés de terrain dans le Donbass, continue de faire rage. Avec cynisme, une partie du monde impérialiste salue l’Ukraine (et accessoirement la Russie) pour les prétendus spectaculaires bonds en avant que ce conflit aurait fait franchir en matière de technologies guerrières. Nous entrons dans la nouvelle ère des drones. Ukrainiens mais russes aussi ! Des petits avions sans pilote, de quelques mètres de long, qui peuvent emporter et larguer jusqu’à 90 kilos d’explosifs sur des villes ukrainiennes ciblées la nuit. Ces engins visent des immeubles, mais aussi des infrastructures énergétiques, logistiques, et ont privé cet hiver d’électricité, donc condamné au froid et à l’obscurité, des centaines de milliers de familles ukrainiennes, par des températures dégringolant jusqu’à −20 °C. De leur côté, les militaires ukrainiens lancent des drones sophistiqués, en nombre croissant, sur des infrastructures russes.

Mais il y a eu une trêve pour la Pâque orthodoxe. Une trêve de 32 heures, mal respectée sur les fronts et éphémère ! Deux petits signes de croix et puis s’en va : la guerre continue et les peuples trinquent.

Michelle Verdier