
Au nom du ciel, pièce de théâtre de Yuval Rozman
Les Solitaires Intempestifs, 2025, 112 p., 15 €
Mai-juin 2020. Alors que le monde est secoué par une vague de mobilisations contre la violence raciste aux État-Unis, à Jérusalem un autre visage se montre à côté de celui de George Floyd dans les manifestations : à la même période, la police aux frontières israélienne assassine Iyad al-Hallaq, un Palestinien autiste de 32 ans.
En racontant ce meurtre, l’auteur israélien Yuval Rozman nous permet de mettre un nom sur une des victimes ordinaires d’une politique coloniale qui dure depuis plus de 80 ans. Alors que les morts palestiniens se résument souvent à des chiffres, d’autant plus depuis le début du génocide à Gaza, soudain tous s’incarnent à travers Iyad. Yuval Rozman s’assure qu’on ne puisse pas penser qu’il s’agit là d’un cas isolé, et c’est là une des premières forces du texte.
Mais ce qui est encore plus inédit, c’est que l’histoire nous est ici racontée… par des oiseaux. À savoir : un bulbul d’Arabie, une drara, et un martinet noir. En prenant en charge le récit, ils nous permettent littéralement de nous délester ponctuellement de sa gravité grâce à un humour grinçant, un peu punk, et même à travers quelques chansons à la façon d’une comédie musicale. Eux qui traversent les frontières sans craindre les checkpoints se font ainsi les témoins, aussi objectifs qu’irrévérencieux, d’une situation qui paraît d’autant plus absurde et révoltante de leur point de vue.
Surtout, par le dialogue entre ces trois espèces plus ou moins coutumières des murs de Jérusalem, par la connaissance qu’elles en partagent autant que par ce qui parfois manque de les faire s’affronter entre elles, Yuval Rozman prouve une chose essentielle : dénoncer l’oppression d’un peuple sur un autre, c’est seulement rappeler que tant qu’on n’y mettra pas un terme, aucun ne pourra être libre. C’est rêver, enfin, à cette libération, dans une dernière chanson plus mélancolique que les précédentes, reprise d’Elvis Presley, écrite pour lui après la mort de Martin Luther King, et justement intitulée If I can dream.
Claire Lafleur