Les premières manifestations contre la corruption, en décembre 2025, avaient culminé en mars et avril avec des affrontements à coup de cocktails Molotov dans le quartier gouvernemental. Depuis le début de l’été, la « révolution des flamants roses » s’opposait à la construction d’un complexe hôtelier de luxe par le gendre de Trump, Jared Kushner. Situé dans une zone protégée au large du delta de la Vjosa, ce projet de luxe a cristallisé les préoccupations environnementales, le sentiment d’injustice sociale et de corruption. Dans le pays entier, des jeunes ont manifesté presque quotidiennement derrière des slogans comme « L’Albanie n’est pas à vendre », « Pas de justice pour le peuple, pas de paix pour le gouvernement », ou « Berisha [ancien président et Premier ministre, principal dirigeant de la droite], Rama [actuel Premier ministre, membre du Parti socialiste] en prison ». Le mouvement a obtenu gain de cause sur sa première revendication : mi-juin, l’UE et l’Albanie annonçaient la suspension du projet hôtelier.
Le 13 octobre, les militants de la « révolution des flamants roses » ont appelé les étudiants à les rejoindre pour manifester devant le ministère de l’Éducation, pour la démission du gouvernement, contre l’augmentation des frais de scolarité, du coût de la vie, les mauvaises conditions d’études et le manque de perspectives dans un pays marqué par le chômage et l’émigration de masse. L’appel, massivement suivi, a mené à plusieurs nuits et journées d’affrontements intenses dans le centre de la capitale, Tirana.
Le 20 octobre, le gouvernement a placé des chaises devant le Parlement pour montrer sa volonté de discuter. Elles ont été promptement détruites, brûlées ou utilisées comme projectiles contre la police. Les 24 et 25, rejoints par des syndicats de l’éducation, les manifestants ont atteint la résidence du Premier ministre et le Parlement, et tenté de forcer leurs portes. La répression, elle aussi, s’est intensifiée, ce dont attestent des vidéos des violences commises par la police. Le Premier ministre, Edi Rama, dit s’inspirer du modèle « casseur-payeur » français, menaçant de lourdes amendes tout manifestant à proximité de dégradations. Le nouveau souffle de la contestation pourrait bien emporter son régime.
Dima Rüger, 26 octobre 2026
Sommaire du dossier du numéro 66 de Révolutionnaires
- La jeunesse et les travailleurs en lutte dans toute l’Europe
- Albanie : après près de six mois de « révolution des flamants roses », la Gen Z repart à l’assaut
- Élections en Serbie : Vučić est dégagé, et maintenant ?
- Allemagne : la Gen Z contre le militarisme
- Italie : « Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir ! »
- Mouvement pour le logement, les salaires et contre les politiques de réarmement dans l’État espagnol
- Grèce — Le 21 octobre devrait marquer le début : brisons l’attente électorale par la lutte !
