Dimanche 25 octobre au soir, les rues de Belgrade ont vu des scènes de liesse, avec klaxons, chants, danses et fumigènes. Sur la place centrale des manifestations, Trg Slavija, des dizaines de milliers de personnes fêtaient la défaite électorale de l’ex-président Aleksandar Vučić.

Depuis fin 2024, un mouvement de contestation massive secoue la Serbie, déclenché par l’accident mortel de l’effondrement du parvis de la gare de Novi Sad. Caractérisé par des manifestations monstres, mais aussi par des formes durables d’auto-organisation, notamment dans la jeunesse scolarisée, le mouvement réclamait d’abord la démission de Vučić. Ce dimanche 25 octobre, ce dernier a essuyé une défaite écrasante : 39 % et 103 sièges, contre 53 % et 141 sièges pour la liste issue du mouvement étudiant.

Une « liste étudiante »… sans étudiants

Sous la pression du mouvement, Vučić avait démissionné cet été. Un recul pour mieux sauter : il s’est fait proclamer tête de la liste « Serbie unie » aux élections législatives anticipées, transformant les élections en duel entre lui et le mouvement de contestation.

En face, s’est constituée une « liste étudiante ». Son programme, un « plan étudiant » en onze points, comprend la lutte contre la corruption, la liberté de la presse, l’augmentation du budget de l’éducation, la réduction de la durée maximale des contrats précaires et la construction de logements sociaux. Cette liste « étudiante » comporte 250 « experts » (dont… aucun étudiant) de diverses nuances de la petite ou moyenne bourgeoisie : universitaires, journalistes, syndicalistes de professions intermédiaires, ex-athlètes ou acteurs. Sa tête de liste, Ilija Srdanović, est un ancien cardiologue et professeur de médecine à l’université de Novi Sad. Son caractère « fourre-tout » a valu à la liste un soutien tout aussi hétéroclite, allant de petits partis sociaux-démocrates à l’opposition démocratique libérale, en passant par des partis communautaires de minorités nationales et… une partie du Mouvement pour la restauration du royaume de Serbie, bien réactionnaire comme son nom l’indique.

Avant les élections, alors que les sondages annonçaient un tête-à-tête serré, on pouvait douter du bon déroulement des élections. Vučić n’en est pas à son coup d’essai, et les manipulations sont monnaie courante dans le pays : pressions sur les employés du secteur public et les fonctionnaires, allant jusqu’à l’obligation d’envoyer une photo de son bulletin de vote, présence de gros bras avec des barres de fer à proximité des bureaux de vote, manipulation des médias contrôlés à 90 % par Vučić et ses proches, et la pratique courante de « l’argent hélicoptère », des primes de 50 euros payées à chaque citoyen adulte à quelques jours du scrutin.

Élections, piège à cons ?

Les jeunes ont bien raison de se réjouir d’avoir finalement fait tomber celui qui incarnait la corruption, la précarité et l’érosion des droits démocratiques. Les assemblées qui organisaient la lutte à l’université, les « plenums », se sont étendues à certains quartiers populaires et à des grèves, comme dans l’éducation. Elles ont atteint un stade assez développé pour être qualifiées de « bolcheviques » par Vučić, et pour affronter la répression de ses gros bras. La campagne s’est faite dans la dynamique de la mobilisation, avec des discussions en AG, des meetings et des manifs monstres. Mais elle reflète aussi des illusions dans la démocratie parlementaire, ou la prétendue « neutralité » d’un gouvernement technocratique, et un manque de perspectives après deux ans de lutte acharnée.

Pour autant, les étudiants ont montré qu’il était possible de faire chuter un gouvernement honni. De quoi renforcer les nombreuses luttes de la région et du continent entier, sans se cantonner à des gouvernements, qu’ils soient de « gauche » ou « d’experts » !

D. R., 26 octobre 2026

 

 


 

 

Sommaire du dossier du numéro 66 de Révolutionnaires