Le 7 mai 1946, une loi était promulguée qui proclamait citoyens français tous les ressortissants des « territoires d’outre-mer », la nouvelle dénomination des colonies françaises. Portée par le maire de Dakar et député socialiste, Lamine Guèye, elle mettait fin au Code de l’indigénat, en place depuis 1881, et qui considérait les « indigènes » comme des sous-hommes, exploitables et corvéables à merci, alors que les Français étaient les vrais maîtres. Mais si la nouvelle loi constituait un progrès, seuls les Français métropolitains disposaient en réalité de la plénitude des droits civils et politiques. Pour les autres, les droits différaient et l’on pouvait avoir des citoyens français de statut personnel différent – français, musulman ou encore coutumier. Et il fallut attendre encore dix ans, et la loi-cadre Defferre de 1956, pour que le suffrage universel, le collège électoral unique et l’égalité formelle de tous soient pleinement instaurés. Ce qui n’empêcha pas, quelques années plus tard, la plupart des colonies d’opter pour l’indépendance et de rejeter les liens de sujétion à la métropole. Et si aujourd’hui l’empire colonial se réduit à quelques confettis, le capitalisme français continue toujours d’exploiter ses anciennes colonies par le biais de classes dirigeantes locales souvent corrompues et dictatoriales. C’est ce qu’on appelle la Françafrique !