Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a affirmé à Tel-Aviv que « le seul moyen d’assurer » la sécurité d’Israël était de créer un État palestinien. « La meilleure voie, peut-être même la seule, est celle de deux États pour deux peuples », a déclaré le chef de la diplomatie américaine. Et de poursuivre : « C’est le seul moyen d’assurer une sécurité durable » à Israël et « la seule façon de garantir que les Palestiniens réalisent leurs aspirations légitimes à un État qui leur soit propre. » C’est ce qu’on appelle se moquer du monde. Depuis des décennies, les puissances occidentales, Washington en tête, ont toujours appuyé inconditionnellement l’État sioniste dans sa guerre contre le peuple palestinien, justifiant ou fermant les yeux sur sa colonisation sauvage de la Cisjordanie, son annexion forcée de Jérusalem-Est, son blocus de Gaza et sa répression féroce contre les populations civiles. Mais elles ressortent régulièrement la vieille antienne de deux États vivant pacifiquement côte à côte, alors même qu’Israël par sa politique expansionniste et suprémaciste, que les États impérialistes, dont la France, ont cautionné, a rendu cette solution impossible. Ce qui n’empêche pas Biden et Blinken de continuer à amuser la galerie.

Le Salon du livre de Francfort, en Allemagne, s’est retrouvé au cœur d’une controverse à la suite du report de la remise d’un prix à Adania Shibli, une autrice palestinienne, en raison de la guerre entre Israël et le Hamas. Elle devait recevoir ce prix, le « LiBeraturpreis », pour son roman, Un détail mineur, qui revient sur un viol et un meurtre perpétrés par des soldats israéliens en 1949 sur une jeune Bédouine. Les organisateurs ont décidé de repousser cette année la cérémonie de remise du prix « en raison de la guerre déclenchée par le Hamas », tout en cherchant « un format et un cadre appropriés pour l’événement à un moment ultérieur ». Plus de six cents personnes du monde de la littérature et de l’édition, dont plusieurs prix Nobel, ont publié une lettre ouverte de protestation contre cette décision discriminatoire.

En réponse à un appel des syndicats palestiniens aux travailleurs du monde entier de « s’opposer à la production et l’acheminement d’armes vers Israël », plusieurs syndicats du secteur de la manutention – CNE, UBT, Setca et Transcom – ont, dans un communiqué, exprimé leur « refus de manutentionner du matériel militaire destiné à la guerre en Palestine ». Dénonçant un « génocide en cours en Palestine ». Ils appellent également à un « cessez-le-feu immédiat ».

L’humoriste Guillaume Meurice est au cœur d’une polémique après avoir comparé le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à une « sorte de nazi sans prépuce », dans une chronique diffusée dimanche sur France Inter. Depuis, il est l’objet d’attaques de toutes sortes l’accusant d’antisémitisme. Plusieurs plaintes ont été déposées contre lui et l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, le gendarme de l’audiovisuel, a été saisie. On peut apprécier différemment sa plaisanterie et la trouver très moyenne, voire franchement de mauvais goût. Mais il a touché malgré tout un point sensible à savoir que le fait d’être juif ne protège nullement des idéologies nombreuses et variées de l’extrême droite dans leurs variantes laïques ou religieuses, mystiques ou néo-fascistes. Et le gouvernement israélien est un exemple vivant de cette réalité. De plus, nombre de personnalités publiques, qui soutiennent sans réserve le sionisme en général et Netanyahou en particulier, mettent systématiquement en avant leur identité juive pour assimiler toute critique de leurs positions suprémacistes, racistes, ou anti-palestiniennes à des actes antisémites. Ainsi, dans une période récente, on a vu le procédé utilisé par le leader d’extrême droite, Éric Zemmour, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, le député des Français de l’étranger, Meyer Habib, l’avocat Gilles-William Goldnadel, voire les dirigeants du Comité représentatif des institutions juives de France. Un truc un peu éculé mais qui marche encore.

Lors d’une rencontre avec des étudiants à Astana, au Kazakhstan, un pays majoritairement musulman, le président de la République a expliqué « détester le débat » distinguant la valeur des « vies juives » et des « vies palestiniennes ». Il faisait référence à l’essayiste Caroline Fourest qui avait expliqué lundi dernier sur BFMTV qu’« on ne peut pas comparer le fait d’avoir tué des enfants délibérément en attaquant comme l’a fait le Hamas, et le fait de tuer des enfants involontairement comme le fait Israël ». Affirmer, comme Fourest, que l’armée israélienne tue « involontairement » des enfants, alors qu’elle bombarde sans répit à Gaza les zones peuplées de civils et les camps de réfugiés, est proprement crapuleux, scandaleux et révoltant. Mais faire croire, comme Macron, qu’il est au-dessus de la mêlée tout en allant conforter Netanyahou dans ses entreprises guerrières et criminelles, c’est afficher une bonne dose d’hypocrisie dont le chef de l’État a d’ailleurs l’habitude.

Le vice-président de Médecins du monde, Jean-François Corty, a estimé qu’à Gaza « on est passé d’une prison à ciel ouvert à un charnier à ciel ouvert ». Et d’ajouter : « Ce sont des milliers de morts civils, des centaines d’aidants qui n’ont rien à voir avec des terroristes qui sont en train de mourir sous les bombes. » Et de s’indigner du fait que là-bas les médecins « opèrent à même le sol » et pratiquent des césariennes ou des « amputations de gamins sans anesthésie » du fait du manque de médicaments. Si Médecins du monde, qui compte une vingtaine de salariés sur place, a condamné sans ambiguïté les « atrocités inqualifiables » du Hamas commises le 7 octobre, il souligne qu’« il faut condamner aussi le fait qu’aujourd’hui on assoiffe, on affame, on bombarde des gens sans perspective de sortie d’un territoire de 300 km2 ».