Nos vies valent plus que leurs profits

Nous, l’Orchestre — film documentaire de Philippe Béziat

Ce documentaire nous invite à une immersion dans le quotidien de l’Orchestre de Paris – 120 musiciens en formation complète.

Pas de voix off. Pas davantage de ce fil conducteur que serait, par exemple, la répétition d’un spectacle. Là, on est plongé d’emblée au chœur de l’orchestre, dirigé par la baguette énergique de son fougueux chef, Klaus Mäkelä, qui, malgré son jeune âge – il est arrivé à la tête de l’orchestre à 23 ans ! – a su gagner la confiance et le respect des musiciens. On suit ainsi des répétitions et des concerts de différentes œuvres (L’Oiseau de feu de Stravinsky, Le Mandarin merveilleux de Bartok, le concerto en sol de Ravel, etc.) avec le bouillonnement et la tension qui y règnent.

L’originalité du film, c’est de ne pas nous rendre spectateurs mais de ressentir à travers les yeux et les oreilles des musiciens. Car on n’entend ni ne voit la même chose derrière une contrebasse, un saxophone ou des timbales.

Les extraits sont commentés par le musicien dont on nous a invités à prendre la place. Une prouesse réalisée grâce à quatre-vingt-dix micros répartis dans la Philharmonie pour « changer de point d’ouïe chaque fois qu’on change de point de vue », selon les mots du réalisateur.

Pour ne pas interrompre la musique, les confidences de musiciens sur leur parcours, sur ce qu’est le collectif de l’orchestre, apparaissent comme des textos. Tous et toutes sont des musiciens talentueux, premiers prix de conservatoire, venus de loin pour certains, mais l’exigence de l’orchestre, c’est de se fondre dans la masse. Un corniste raconte avec émotion son admiration pour le pupitre des violonistes : « Ce sont dix-huit violonistes qui vont faire le même geste au centième de seconde près ! La force du collectif ! » Car c’est bien le collectif, l’effacement de l’individu, qui sont nécessaires pour produire de la musique de qualité. Et ce n’est pas toujours facile, à en lire certains commentaires rageurs, mais drôles, sur la promiscuité qu’implique des années dans ce collectif. Mais, comme le dit un musicien : « Il faut être un peu plus que collègues, sinon, ça ne prend pas ! »

La caméra parcourt avec fluidité les couloirs, la salle et les extérieurs de la Philharmonie de Paris, mettant en valeur ce superbe bâtiment de la porte de Pantin.

Il n’est pas nécessaire de connaître la musique pour apprécier le film et se dire qu’on en aurait bien voulu plus après 1 h 30, tant images et son nous transportent dans un état de bonheur.

Liliane Laffargue