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Brèves

L’actualité en bref

À l’occasion de la journée de manifestations et de protestations du 18 septembre le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait fait déployer sur le terrain un nombre inédit de membres des forces de l’ordre : 80 000 policiers et gendarmes mobilisés, dont 6 000 rien qu’à Paris, appuyés par des drones, 26 engins blindés et 10 engins lanceurs d’eau. Au total il y a eu 140 interpellations dont 21 à Paris, 8 blessés légers parmi les forces de sécurité et quelques incidents localisés alors qu’un million de personnes étaient dans la rue. On est bien loin des prédictions apocalyptiques du ministre de l’Intérieur. Mais qu’importe. Retailleau poursuit sa politique de communication visant à faire de lui le meilleur rempart contre le « désordre » dans le pays et un bon candidat à la présidentielle de 2027. Et tout ça aux frais du contribuable.

Sally Rooney, 34 ans, écrivaine irlandaise de best-sellers, n’a pas pu se rendre à Londres où elle devait recevoir un prix littéraire dans le cadre des « Sky Art Awards » pour son dernier roman, Intermezzo. Les autorités britanniques lui ont fait savoir qu’elle serait arrêtée si elle mettait un pied sur le sol anglais. Son crime : soutenir ouvertement l’organisation Palestine Action, récemment interdite pour « terrorisme » par le gouvernement travailliste. Pire, elle a annoncé que les royalties qu’elle touche des adaptations par la BBC Television de deux de ses romans – Des gens normaux et Conversations entre amis – seraient reversées à la cause palestinienne. Suite à l’annulation de son voyage dans la capitale britannique elle a déclaré : « Je veux réaffirmer ma foi en la dignité et la beauté de toute vie humaine, ainsi que ma solidarité avec le peuple palestinien. »

Les États-Unis ont une nouvelle fois bloqué l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent à Gaza, ainsi qu’à la levée des restrictions sur l’aide humanitaire et à la libération des otages. La résolution a recueilli 14 voix pour et une contre (celle des États-Unis qui ont un droit de veto). C’est le sixième veto américain depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza. L’adoption de la résolution n’aurait pas changé grand-chose sur le terrain et n’aurait pas empêché Netanyahou de poursuivre son génocide. Mais c’est à nouveau une démonstration de la volonté de Washington de soutenir jusqu’au bout Israël qui a renforcé son rôle de pièce maitresse dans la stratégie de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, qui poursuit par ailleurs son combat contre les vaccins, a déclaré avoir un plan pour améliorer l’état de santé des enfants américains, qui ont des taux de mortalité très supérieurs à la moyenne des autres pays développés. Dans le détail, le taux de mortalité moyen pour un Américain de un à dix-neuf ans est supérieur de 80 % à la moyenne des membres de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). En cause notamment : l’omniprésence de produits ultra-transformés, trop gras, trop sucrés et trop salés, dans le régime des enfants, produits qui sont un véritable fléau qui contribuent à l’explosion des cas de diabète, d’obésité ou encore d’hypertension artérielle. Sur ce point, le rapport donne des recommandations aux entreprises et en appelle à leur responsabilité… sans obliger à aucun moment l’industrie alimentaire à rendre ses produits plus sains et à cesser de commercialiser des aliments néfastes pour les enfants. Comme l’expliquent deux spécialistes américains de la question, Barry Popkins et Kelly Brownell : « L’administration américaine a de nouveau échoué à résister à la pression des lobbys » et « les industries alimentaires et agricoles ont finalement remporté la victoire ». La santé publique attendra…

Dans le dernier numéro du magazine de France 2, Complément d’enquête, consacré aux subventions aux entreprises, l’ancien président socialiste François Hollande était interrogé sur les 211 milliards d’aides qu’elles touchent de l’État. Il s’est énervé lorsque la journaliste lui a rappelé que c’est sous son quinquennat qu’avait été créé le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui entre 2013, date de sa création, et 2019, où il a été supprimé, avait couté environ 100 milliards d’euros. Ce dispositif avait été notamment critiqué car, comme beaucoup d’autres, il se caractérisait par l’absence de contrôle et de contrepartie demandés des entreprises. En juillet 2025, l’ancien chef d’État avait d’ailleurs séché une audition devant la commission d’enquête du Sénat qui portait justement sur les aides aux grandes entreprises. Sous la gauche comme sous la droite les grandes entreprises se gavent d’argent public.

Alors que le carnage continue à Gaza, l’Union européenne, premier partenaire commercial de l’État sioniste, a annoncé par la voix d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qu’elle envisageait de suspendre « partiellement » l’accord d’association UE-Israël. Cette suspension ne concernerait que 37 % des échanges, principalement ceux concernant les importations de produits agricoles comme les dates et les noix. Mais les produits à forte valeur ajoutée – comme les médicaments ou les articles de haute technologie – ne seraient pas concernés. En outre des ministres israéliens et des colons « extrémistes » seraient interdits sur le sol européen. Mais attention rien n’est fait. La suspension de l’accord commercial nécessite en effet une majorité qualifiée (15 États membres représentant 65 % de la population de l’UE) pour être adoptée et les sanctions contre les personnes l’unanimité des 27 États membres. Autant dire que Netanyahou n’a pas trop de mauvais sang à se faire de ce côté-là. Le génocide se poursuit et l’Union européenne continue de se croiser les bras.

La pétition lancée par le très réac Philippe de Villiers pour demander un référendum sur l’immigration aurait, parait-il, dépassé 1,6 million de signatures. Des chiffres absolument invérifiables, de nombreux journalistes d’investigation ayant montré que la même personne pouvait la signer des centaines de fois sans être détectée. Mais elle apparait de plus en plus comme une vaste opération médiatique lancée par le groupe Lagardère, Media News, maison mère des médias appartenant au milliardaire breton d’extrême droite Vincent Bolloré. Tous les titres qu’il contrôle – dans la presse écrite, télévisée et radio – invitent les lecteurs, téléspectateurs et auditeurs à la signer. Mieux, celles et ceux qui signent sont invités à cocher une case qui indique : « Je consens à ce que Philippe de Villiers communique mon adresse e-mail à la société Lagardère Media News afin qu’elle m’adresse des informations, offres, bons plans et avantages promotionnels pour les titres JDD et JDNews. » Bref, la pétition est surtout une opération de communication de Bolloré et compagnie.

Lors d’un échange avec des journalistes la présidente « socialiste » de la région Occitane, Carole Delga, a déclaré qu’à son avis Mélenchon « fait plus peur » que Marine Le Pen « sauf en Seine-Saint-Denis ». De là à penser que les habitantes et habitants de ce département le plus pauvre de la Métropole sont des veaux, il n’y a qu’un pas. Sa déclaration a provoqué des protestations indignées de La France insoumise qui a estimé, avec quelque raison, qu’elle « stigmatise les habitants des quartiers populaires […] perçus comme “étrangers” au reste de la population ». Mais il y a eu aussi des réactions au sein de sa propre formation où le président PS du 93, Stéphane Troussel a jugé que les propos de Delga « banalisent l’extrême droite » et « stigmatisent tout un territoire et ses habitants ». Venant d’une figure de proue d’un parti qui se veut de gauche cela la fiche plutôt mal.

Il y a huit ans, le journaliste Guillaume Coudray publiait un livre, Cochonneries. Comment la charcuterie est devenue un poison, sur le présence de nitrite dans le jambon et autres cochonnailles. Cet additif, utilisé pour faciliter la conservation des aliments, augmente, chez les consommateurs, les risques de cancer colorectal mais aussi de diabète et d’hypertension. Coudray récidive en dénonçant cette fois la présence d’un dérivé du pétrole, l’hexane, un solvant neurotoxique, dans les huiles de consommation courante. Dans son nouveau livre, De l’essence dans nos assiettes. Enquête sur un secret bien huilé, il montre du doigt l’hexane, un hydrocarbure massivement utilisé dans l’industrie pour l’extraction d’huile à partir de diverses graines (soja, arachide, colza, etc.). De plus les restes de graines, présentant également des traces d’hexane, sont utilisés dans l’alimentation animale. Or, la toxicité de ce solvant est connue depuis cinquante ans et peut être responsable de pathologies comme la maladie de Parkinson et la sclérose en plaques. Face à ce nouveau scandale, dénoncé par le quotidien Libération dès octobre 2024, les autorités sanitaires ne semblent pas pressées d’agir.