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Brèves

L’actualité en bref

Il y a quelques jours, Bruno Retailleau pondait une note dans laquelle il affirmait que les journalistes couvrant des manifestations violentes ne pourraient se prévaloir de leur qualité professionnelle pour échapper aux interpellations, voire au matraquage des forces de l’ordre. Cela avait provoqué la colère et l’indignation des syndicats de journalistes et de la Ligue des droits de l’homme qui avaient saisi le Conseil d’État. Sans attendre la décision de ce dernier, le ministre sortant de l’Intérieur a décidé de retirer la référence aux journalistes de sa note. Une petite victoire, mais qui ne garantira pas automatiquement la sécurité des journalistes couvrant les violences urbaines.

L’agence de notation financière Fitch vient d’abaisser la note de la France de AA– à A+, ce qui risque d’entrainer une hausse des taux auxquels le pays peut emprunter sur les marchés internationaux. Aussitôt, l’ensemble de la classe politique de se lamenter depuis Bayrou qui dénonce « un pays que ses “élites” conduisent à refuser la vérité est condamné à en payer le prix » jusqu’à Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l’Assemblée nationale qui voit dans cette dégradation le résultat de « deux mois [d’]un discours catastrophiste sur la situation financière du pays ». Mais personne ne dénonce le rôle de ces agences, étroitement liées à la finance internationale, et dont les jugements sont généralement utilisés par les dirigeants politiques pour justifier les sacrifices qu’ils imposent à leur population au nom d’une pseudo-orthodoxie financière. On l’a vu dans le passé en Grèce et on le voit ici aujourd’hui. Mais jamais, au grand jamais, des agences comme Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s n’ont suggéré de taxer les ultra-riches pour améliorer la situation. Ce qui n’est pas étonnant puisqu’elles sont à leur service.

Le Secours populaire alerte sur la précarité croissante que connaît le pays. Selon son dernier baromètre, 31 % des personnes interrogées rencontrent des difficultés à se nourrir correctement, avec trois repas par jour. Cette situation touche tous les aspects de la vie, selon Henriette Steinberg, la secrétaire générale de l’association. 39 % ont du mal à payer leurs factures d’électricité, 49 % ne peuvent pas partir en vacances au moins une fois par an et 20 % se considèrent en situation de précarité. La situation s’est détériorée depuis 15 ans, avec une stabilisation récente mais elle reste très préoccupante. Ce qui suscite une colère légitime dans les classes populaires mais une grande indifférence chez ceux qui nous gouvernent. Un mouvement social d’envergure pourrait les réveiller et remettre les pendules à l’heure.

L’homme d’affaires franco-libanais Rodolphe Saadé, qui a fait fortune dans le trafic de porte-containers dont son groupe CGA-CGM est le troisième armateur mondial, vient de mettre la main sur le média en ligne Brut. Avec cette acquisition par sa filiale CMA Media, il renforce sa position dans le secteur de la presse. Le groupe possédait déjà la chaîne BFMTV, la radio RMC et les journaux La Tribune, La Tribune dimanche, La Provence et Corse Matin. Le multimilliardaire dirige désormais un groupe médiatique tentaculaire, au même titre que ses concurrents et collègues Bernard Arnault et Vincent Bolloré, tous au service des idées réactionnaires. La liberté de la presse est mal barrée.

Le vicomte Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon, le célèbre créateur du spectacle très Ancien Régime du Puy du Fou (Vendée), vient de lancer une pétition en ligne pour réclamer un référendum sur l’immigration. Il a aussitôt reçu le soutien des réseaux et des médias du groupe Bolloré avec lesquels il partage nombre d’idées d’extrême droite, xénophobes, racistes, homophobes et sexistes. Tout pour plaire. Bien que sa proposition n’ait aucune chance d’aboutir, car elle est anticonstitutionnelle, il a annoncé fièrement avoir déjà recueilli plus 600 000 signatures en cinq jours. Ce qui est parfaitement invérifiable. Car, contrairement à la pétition contre la loi Duplomb, enregistrée sur le site de l’Assemblée nationale et dont chaque signature était soigneusement vérifiée par un organisme indépendant, celle du vicomte apparait sur un site privé (celui de CNews et du Journal du dimanche) où tous les abus sont permis. Des journalistes du HuffPost et de France Info ont pu ainsi la signer plusieurs fois en créant des adresses mails différentes. Un internaute qui voudrait artificiellement gonfler le stock de signatures pourrait générer des milliers d’adresses pour signer autant de fois qu’il le souhaite sans être inquiété. Mais cela importe peu au vicomte qui ne perd pas le nord. En effet tout signataire de ce texte nauséabond reçoit aussitôt une invitation à s’abonner à sa newsletter. Les affaires sont les affaires.

Le journal Elle vient de dévoiler les résultats d’un sondage en partenariat avec l’Ifop sur le consentement entre partenaires. S’appuyant sur un échantillon de 3 000 personnes, dont les trois quarts en couple, l’étude pointe la pression qui pèse sur les relations sexuelles, et le refus pour certains d’admettre la réalité du viol conjugal. Alors que le mouvement #MeToo a remis la question du consentement au cœur de la sexualité, demander l’accord de ses partenaires avant un rapport est-il devenu automatique ? Pas pour 19 % des hommes, qui admettent ne pas s’être « systématiquement » assurés du consentement de leur partenaire. Et chez ceux qui sont en couple, le constat s’aggrave : la proportion passe au quart des hommes ayant répondu. D’après le magazine, ces chiffres sont probablement sous-estimés par les femmes elles-mêmes « tant elles ont pu intégrer la notion de devoir conjugal en tant que norme du couple ». Des chiffres qui montrent l’ampleur du viol conjugal et le déni qui l’entoure malgré son inscription dans la loi. À la question « Selon vous, en tant qu’homme, forcer sa conjointe ou sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle le refuse est-il un viol ? », 31 % des interrogés répondent « Non ». Ils sont 23 %, soit près d’un quart chez les moins de 35 ans, et 43 % chez les plus de 65 ans. Pour que la société accepte une sexualité épanouie et librement partagée il y a encore du boulot.

Alors que la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, annonçait suspendre les nouvelles demandes de regroupement familial pour les réfugiés présents dans le pays, son gouvernement lançait une campagne sur les réseaux sociaux à destination des migrants se trouvant dans le nord de la France. Des spots publicitaires s’affichent désormais sur les comptes Youtube et Facebook des personnes visées et les ciblent en fonction de leur localisation, de leur sexe et de leur nationalité. Le message affirme en plusieurs langues (français, arabe et afghan notamment) : « Attention ! Il existe un nouveau traité entre le Royaume-Uni et la France. Si vous arrivez illégalement au Royaume-Uni à bord d’un bateau, vous risquez désormais d’être expulsé et vous ne pourrez plus revenir au Royaume-Uni, ni rester en France en situation irrégulière. » Peu de chance que cela suffise à convaincre les celles et ceux qui tenteront leur chance malgré tout. Mais c’est surtout un gage donné par le gouvernement travailliste à son extrême droite xénophobe qui ne cesse de se renforcer.

Selon l’agence Santé publique France la canicule qu’a connue le pays du 8 au 19 août dernier a provoqué une surmortalité d’au moins 280 personnes, soit une hausse de 5 %. Ces morts s’ajoutent aux 480 morts en excès enregistrés lors de la première canicule de juin-juillet. L’agence souligne que « cette mortalité en excès n’est observée que chez les personnes âgées de 75 ans et plus » et poursuit que ces premières données « soulignent l’importance de mettre en place des mesures de prévention pour diminuer l’impact de la chaleur, durant les canicules, mais aussi durant tout l’été » alors que les vagues de chaleurs ont tendance à se multiplier sur fond de réchauffement climatique. On est évidemment très loin de la canicule d’août 2003 qui avait causé environ 15 000 décès. Depuis lors certaines mesures ont été prises, notamment dans les Ehpad et les hôpitaux, pour que les personnes âgées puissent trouver refuge dans au moins une salle climatisée lors des grosses chaleurs. Mais les personnes du troisième et du quatrième âges qui vivent seules dans des logements insalubres, mal ou pas du tout isolés, sont toujours aux premiers rangs des victimes. Là ce sont des millions d’euros qu’il faudrait investir. Mais pour ça on ne trouve pas d’argent, contrairement à l’armement.

À l’appel des organisations syndicales (SGJ-FO, SGLCE-CGT, SNJ, SNJ-CGT et SNPEP-FO) une assemblée générale de l’ensemble des employés du Parisien a exprimé la colère et la frustration des salariés face à la décision du propriétaire du titre, le milliardaire Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, de céder le titre à un autre milliardaire, Vincent Bolloré, qui possède déjà de nombreux journaux, des chaînes de télévision et des stations radio auxquels il impose une ligne éditoriale ultra-réactionnaire et proche de l’extrême droite. On comprend l’anxiété des salariés de passer sous la houlette du magnat breton. Sauf qu’une des beautés du régime capitaliste est que celui qui possède la propriété de l’entreprise peut en faire ce qu’il veut. La liberté et la pluralité de la presse, majoritairement aux mains d’un petit groupe d’ultra-riches, peuvent aller se rhabiller.